Generate, trois ans et 44 pépites plus tard

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Carton plein pour Generate, l’accélérateur d’innovation du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT). Trois ans après son lancement, le dispositif peut se targuer d’avoir contribué au développement d’une quarantaine de startups issues de huit promotions, dont certaines sont déjà parvenues à s’imposer en France et à l’étranger. Bilan et perspectives en compagnie de son créateur et responsable, François Mattens.

 

44 pépites plus tard

 

D’un modeste « label » lancé le 17 mars 2017 avec Aleph-Networks, Cerbair, Linkurious, Numalis et Sterblue, Generate s’est converti en un outil incontournable pour l’écosystème de défense français. Deux ans après son lancement, les cinq startups de cette promotion inaugurale ont toutes atteint le stade de la PME, avant d’accéder au statut de membre à part entière du groupement industriel. Aujourd’hui, les 44 pépites tricolores soutenues par Generate représentent un chiffre d’affaires cumulé de 11M€, dont 40% réalisés à l’export. Depuis leur lancement, elles ont levé un total de 47M€ et emploient à présent 210 salariés, dont 120 engagés sur la dernière année.

 

Nombreux sont ceux qui, grâce aux outils fournis par le GICAT, sont maintenant en mesure d’offrir des solutions matures capables de répondre aux besoins opérationnels. Et François Mattens, également directeur des affaires publiques et de l’innovation du GICAT, de citer quelques exemples. « Earthcube d’une part, pour sa capacité à réussir son développement dans une niche du secteur de la défense, là où beaucoup ne les attendaient pas. Malgré cela, ils connaissent de belles réussites en France mais également auprès de ministères de la défense étrangers et d’organisations internationales, » détaille-t-il. Repéré par la Direction générale de l’armement (DGA), Earthcube conduira deux projets d’étude dans le cadre de l’initiative Man Machine Teaming (MMT) avec pour objectif de fournir des solutions exploitant l’intelligence artificielle dans le cadre de la détection de cibles par les avions de chasse.

 

« Je tire également mon chapeau à CerbAir, évoluant dans le secteur ultra-concurrentiel de la lutte anti-drones, qui ma bluffé par sa capacité à contracter rapidement avec des unités spécialisées et a remporté un très beau contrat export en Colombie récemment. Ce ne sont que deux exemples parmi des pépites françaises qui réussissent très bien comme Diodon, Internest ou encore Outsight, » ajoute Mattens. Ainsi, CerbAir travaille désormais main dans la main avec le RAID, le microdrone gonflable SP2 de Diodon Drone aura su convaincre le CPA 30 lors d’une évaluation menée en juin 2019 au Mali et Outsight s’est rapproché de Safran pour le développement de technologies de mobilité autonome grâce à une caméra 3D sémantique. Car cette trajectoire se traduit aussi par les partenariats actés avec des acteurs majeurs de la BITD terrestre. Hormis Outsight et Internest, la startup MIM&TECH, dirigée par un ancien du 13e RDP et spécialisée dans les technologies de camouflage sur mesure, signait en novembre dernier avec Groupe Marck.

 

Preuve s’il en est du succès de la formule, d’autres secteurs ont depuis repris le concept. Le GICAN par exemple, pendant naval du GICAT, lançait SEAStart en 2019, « unique accélérateur français de startups du naval et du maritime ». Douze startups ont été sélectionnées l’an dernier par le cluster naval, dont certaines déjà épaulées de longue date par Generate.

 

Quant à une éventuelle 9ème promotion Generate, la patience reste de mise. « Il est impossible de vous dire de quoi sera fait notre prochaine promotion. Elle sera le fruit d’échanges avec des industriels, de retours d’expériences avec des opérationnels, de rencontres plus ou moins fortuites en France ou sur un salon à l’autre bout du monde. Une chose est sûre pour les startups visées : Qui ose gagne !, » annonce le GICAT.

 

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Ouvrir à d’autres, gagner la bataille du financement

 

« Le repli sur soi n’a jamais fait bon ménage avec l’innovation. Bien qu’étant ancré dans une démarche de soutien à des sociétés innovantes françaises, notre programme a rapidement mis en place une stratégie de partenariats avec des acteurs étrangers de l’innovation, pour partager nos enjeux communs et les bonnes pratiques, » explique un GICAT fier « des excellentes relations et synergies avec le NATO Innovation Hub avec qui les échanges sont réguliers ». Soutenu par le Commandement allié Transformation (ACT) de l’OTAN, ce hub basé à Norfolk s’applique à rassembler utilisateurs finaux, fournisseurs et innovateurs au travers de projets, de workshops et de challenges technologiques réguliers.

 

Et pourquoi ne pas aussi exporter un concept gagnant en allant capter quelques jeunes pousses étrangères, là où les clusters nationaux n’offrent pas un tel levier ? C’est notamment le cas en Belgique, où l’unique groupement industriel national, le Belgian Security & Defence Industry (BSDI), est totalement à la traîne en matière de soutien à l’innovation. « Au même titre que les relations stratégiques que peut avoir la France avec ses partenaires européens, il y a une réflexion à mener pour renforcer le lien « innovation » avec nos camarades belges et allemands, » suggère Mattens.

 

Un second chantier subsiste et non des moindres : celui du financement de l’innovation, « un axe majeur sur lequel nous travaillons afin d’accompagner au mieux nos startups dans leur développement ». La question des finances reste en effet « un obstacle au développement des startups qui souhaitent évoluer dans la défense. 2019 aura pour cela été une année de prise de conscience, notamment des pouvoirs publics, pour mettre en œuvre des mécanismes renforçant ceux déjà existants ».

 

« Le ministère des Armées est sur ce point fascinant, car capable à la fois de réfléchir, d’anticiper et de préparer des enjeux sur 20, 30 ou 40 ans et, en même temps, de se réformer et de s’adapter aux crises presque tous les ans, » commente Mattens. Au risque, à vouloir bien faire, de se perdre dans le foisonnement des initiatives lancées ces dernières années. D’ASTRID (Accompagnement spécifique de travaux de recherche et d’innovation défense) à ASTRID-Maturation, en passant par RAPID (Régime d’appui pour l’innovation duale) et Definvest, créé en 2017 avec Bpifrance, le soutien à l’innovation s’avère « trop complexe, peu lisible et mal adapté, » relevaient les sénateurs Cédric Perrin et Jean-Noël Guérini dans un rapport publié à l’été 2019.

 

« Dans ce sens, la création de l’Agence Innovation Défense [AID] a le mérite d’ancrer et de sanctuariser la stratégie innovation du ministère, d’améliorer la visibilité et les mécanismes de soutien à l’innovation. Pour autant, ne soyons pas naïf : bien qu’ayant doté l’AID d’un budget conséquent et de prérogatives étendues, le principal défi du ministère n’est pas tant organisationnel que culturel, » ajoute le pilote de Generate. L’arrivée de Definnov, annoncé en janvier dernier par la ministre des Armées Florence Parly, devrait à son tour contribuer à clarifier le paysage. Conçu en partenariat avec l’AID, ce nouveau fonds souverain sera exclusivement destiné à soutenir la croissance et le développement des startups porteuses d’un projet innovant.

 

Tout sauf simpliste, le processus d’innovation nécessite d’évoluer sur plusieurs tableaux aux temporalités parfois radicalement différentes, et celui des financements est sans doute celui qui exigera le plus grand effort de patience. « Il faut être un peu patient, donner du temps pour que les méthodes de travail évoluent, que les échecs nourrissent les succès futurs, que ces premiers succès en engendrent d’autres, etc. Une nouvelle culture ne se décrète pas au Journal Officiel, elle se construit chaque jour, » conclut Mattens.