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Eurosatory 2026 : LORAS, premier pas de KNDS vers le système d’artillerie de demain

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Le secret aura été bien gardé. KNDS a dévoilé aujourd’hui à Eurosatory ce qui pourrait un jour devenir le successeur du CAESAR : un système d’artillerie de 155 mm / 58 calibres qui permettra de « taper » jusqu’à 100 km.

C’était l’un des enjeux du « Common Indirect Fire System » (CIFS), cet effort formalisé en 2017 par les ministres de la Défense de France et d’Allemagne pour concevoir conjointement l’artillerie de demain. Une décennie plus tard, CIFS a disparu des radars mais l’idée subsiste – KNDS oblige – dans un cadre franco-allemand. Le besoin n’a en effet pas disparu. Il s’est même renforcé à l’heure où l’Europe se retrouve confrontée à « un nouveau type de guerre qui demande plus de portée, quel que soit le système ». Confrontée à une « kill zone » saturée de drones, missiles et autres effecteurs, l’artillerie doit reculer pour se mettre à l’abri. Sa portée devait donc mathématiquement augmenter. 

Frapper toujours plus loin, voilà l’objectif principal de ce « Long Range Artillerie System » (LORAS). Après les canons de 39 puis 52 calibres, place à un tube de 58 calibres qui permettra de tirer un obus hautement explosif (HE) jusqu’à 60 km, un gain de plus de 20 km par rapport aux moyens actuels. Idem avec des munitions spécifiques. Un utilisateur étranger a su atteindre une cible à 75 km avec un obus Vulcano tiré depuis un CAESAR. Le LORAS permettra de traiter une cible jusqu’à 100 km. 

Un tel canon n’ira pas sans des munitions dédiées. Développée en parallèle, cette nouvelle famille d’obus ressemble grosso modo à l’actuel obus LU 220. Ses parois, sa construction, son acier ont néanmoins été revus mais en gardant à l’esprit une double condition : rester en dessous du mètre et des 50 kg. Le LORAS devra par ailleurs être compatible des obus existants. « Tout le monde passe au 52 calibres et tout le monde fait des stocks énormes de munitions de 155 mm », précise le groupe franco-allemand. Pas question de s’en passer, d’autant plus que le LORAS n’est pas appelé à tirer qu’à portée maximale. 

Avec son petit mètre supplémentaire, le tube du LORAS présentera un volume interne de 29 litres contre 23 litres pour le CAESAR. Étendre la portée impliquera d’utiliser jusqu’à huit charges modulaires, soit deux de plus que le maximum autorisé sur le système actuel. La pression interne va augmenter, alors KNDS a travaillé sur un frein de bouche pour mieux dissiper le surplus de force créé et maîtriser le recul. D’autres challenges techniques apparaissent, dont l’un portant sur la ceinture des munitions ad-hoc. Le tube est lui aussi sensiblement revu en s’inspirant de celui du système ASCALON, une arme soumise à des niveaux de pression autrement plus élevés.

KNDS s’est directement attaqué à l’option d’intégration la plus complexe : celle sur chenillé RCH 155. Avec son équipage limité à deux servants, son module inhabité et son chargeur automatique,  il garantit une cadence de huit tirs à la minute. Il peut également faire feu en mouvement. Sa capacité d’emport ? Jusqu’à 30 obus et 144 charges modulaires. « Le LORAS, c’est une famille. Le canon est aujourd’hui intégré à une tourelle, mais nous le développerons aussi sur un châssis à roues », nous explique-t-on. Une version 6×6 n’est techniquement pas exclue, mais reviendrait à réduire considérablement une réserve de masse utile pour faire évoluer le système par la suite. En version « légère », le LORAS se rapprocherait plutôt d’un CAESAR 8×8 tout en adoptant un système de rechargement optimisé et en revoyant l’emport des charges modulaires à la hausse. De même, plusieurs concepts sont à l’étude pour, pourquoi pas, réduire l’équipage à trois servants. 

Bref, les challenges ne manquent pas mais « nous sommes très confiants sur le fait de pouvoir les résoudre », indique KNDS. CIFS n’aura pas servi à rien. Les projets de technologie de défense (PTD) alors alloué par les armées auront soutenu les études paramétriques menant à fixer le format idéal. En est ressorti un optimum compris entre 58 et 61 calibres. L’option basse l’aura finalement emporté. Depuis, le projet se poursuit intégralement sur fonds propres. Derrière la maquette 1:1 présentée à Eurosatory, KNDS a déjà usiné des tubes et réalisé des campagnes de tirs en Suède. C’était au Bofors Test Center et un sur un affût fixe. Plusieurs dizaines de tirs instrumentés y ont été réalisés pour caractériser tant le canon que ses munitions. 

L’US Army s’était cassée les dents sur le dossier ERCA, concept similaire mis au placard en 2024 sans dépasser le stade du prototype. Le saut générationnel sera mieux maîtrisé par KNDS, qui entrevoit par la même occasion sa sixième génération de système d’artillerie depuis 1945. Surtout, il s’agit de se positionner à l’heure où tout le monde sort du bois sur la question des frappes. Le LORAS désormais suffisamment mature, l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir et confirmer que KNDS est bien au rendez-vous. « C’est vraiment le premier pas vers l’artillerie du futur », résume l’industriel.

KNDS envisage un système qualifié et prêt à être produit en série à l’horizon 2032-2035. Reste, d’ici là, à convaincre au moins un client. L’éventuelle adoption du LORAS par l’armée de Terre n’est pas pour tout de suite. Celle-ci attend le premier des 109 CAESAR Mk 2 commandés à ce jour pour l’an prochain. S’ouvrira alors un nouveau cycle de prise en main, de déploiement en régiment et d’utilisation d’un parc entièrement renouvelé. Il n’empêche. Bien que très amonts, les échanges restent réguliers pour capter les réflexions et s’assurer d’être idéalement aligné le moment venu. Mis sur le marché avant que la France n’exprime son besoin, le LORAS va en priorité s’attaquer au grand export et notamment à la douzaine de pays désormais dotés du CAESAR Mk 1. Qui sautera le pas le premier ? Mystère. En attendant, chaque salon Eurosatory sera le créneau choisi pour témoigner de l’avancement du sujet. 

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