Eurodrone : un plan B proposé par General Atomics en cas d’échec

Un MQ-9B SkyGuardian acquis sur étagère, ou modifié en EuroGuardian en cas d'échec du programme Eurodrone ? (Crédit : GA-ASI)

Un MQ-9B SkyGuardian acquis sur étagère ou modifié en EuroGuardian, telles sont les deux alternatives proposées par GA-ASI en cas d’échec du programme Eurodrone (Crédit : GA-ASI)

 

Trop lourd, trop cher, le projet de drone MALE européen (Eurodrone, EuroMale, MALE RPAS, MALE 2020, etc.) mené par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne peine à convaincre. À tel point que du côté du groupe américain General Atomics, fournisseur des MQ-9A Reaper opérés par l’armée de l’Air, on planche déjà sur un plan B en cas d’une éventuelle mise au placard du programme.

 

« Les industriels le savent, je veux leur dire que ce programme ne pourra aller au bout que si le drone qu’ils proposent est compétitif », déclarait la ministre des Armées Florence Parly à l’ouverture du dernier salon aérien du Bourget, près de Paris. Quatre mois plus tard, la question des coûts de développement de l’Eurodrone est à nouveau revenue sur le devant de la scène lors des discussions parlementaires menées dans le cadre du budget 2020. « Le litige repose aujourd’hui sur les écarts en matière de coût de développement. J’ai bon espoir d’obtenir à ce sujet une convergence avant la fin de l’année, car nous ne ferons pas le MALE à n’importe quel prix. Les discussions sont en cours, les échanges des derniers jours me semblent plutôt encourageants. En bref, j’ai de l’espoir, mais pas de garanties, » soulignait ainsi le DGA Joël Barre face au Sénat.

 

L’inquiétude est également palpable dans les rangs des parlementaires. Selon le sénateur LR Cédric Perrin, chargé d’évaluer les crédits alloués au programme 146 pour l’an prochain, « il semble qu’il y ait une difficulté majeure sur le prix. Il semble que l’écart entre le prix attendu par la DGA et le prix proposé par les industriels soit de près de 30 %. Autant dire qu’il y a péril, car le risque est grand, qu’à ce prix-là, les États qui participent au programme n’achètent pas […] ». À tous les niveaux, le message adressé au maître d’oeuvre, Airbus Defence & Space, et ses partenaires, Dassault et Leonardo, est limpide : hors de question d’augmenter davantage l’enveloppe budgétaire ou de réduire les coûts au détriment des spécifications opérationnelles.

 

Il faudra attendre la mi-décembre et la fin des négociations entre la France et les trois industriels avant d’espérer sortir de la zone de turbulence. En cas d’échec, certains n’hésitent plus à évoquer l’éventualité d’une décision politique sur la poursuite ou non du programme au premier semestre 2020. « La tentation pourra alors exister, même pour les pays qui ont participé à ce programme, soit d’acheter un matériel non-européen, soit du moins d’acheter un vecteur sur étagère, pour y greffer une charge nationale, » estime Perrin. À juste titre, car ce sont précisément les deux alternatives crédibles proposées à la France par la division « Systèmes aéronautiques » (GA-ASI) de General Atomics.

 

La premier scénario, celui d’un achat sur étagère, enterrerait pour longtemps toute volonté de souveraineté européenne en la matière. Il a néanmoins le mérite d’assurer la livraison d’un système certifié et éprouvé en temps et en heure, et pour une enveloppe budgétaire potentiellement diminuée de moitié. Pour GA-ASI, cette offre reposera en priorité sur le MQ-9B SkyGuardian, successeur naturel du Reaper. Sélectionné par le Royaume-Uni, la Belgique et, la semaine dernière par l’Australie, le SkyGuardian est similaire au Reaper mais présente une autonomie plus que doublée grâce au développement de nouvelles ailes. En comparaison, l’Eurodrone tel qu’il est maintenant spécifié serait plus large, deux fois plus lourd et deux fois moins endurant, pour une capacité d’emport et une vitesse maximale presque identiques. Il serait finalement deux fois moins cher. Malgré la perte d’autonomie stratégique qui en résultera, la DGA conservera néanmoins la possibilité d’y intégrer une poignée de capteurs « Made in France » au travers du futur « NATO pod » sur lequel planche GA-ASI en partenariat avec une société espagnole. Adapté à la famille des drones MQ-9, ce pod devrait être disponible à l’horizon 2021.

 

La seconde solution est celle d’une plateforme également achetée sur étagère, mais cette fois « vidée » de ses capteurs, systèmes de mission, armements et liaisons de données. Un appareil que GA-ASI a d’ores et déjà baptisé « EuroGuardian ». Celui-ci permettrait à l’utilisateur de venir y intégrer ses propres systèmes et donc de garder la mainmise sur la majeure partie des capacités opérationnelles du drone tout en développant la BITD nationale. Certes, ce schéma ne confèrera pas une souveraineté totale à la France, du moins en ce qui concerne la plateforme. Il n’en reste pas moins que cette option respecte visiblement les préceptes établis en 2017 par la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale. Il n’était alors pas question de développer une autonomie pleine et entière dans le domaine des plateformes aériennes, que celles-ci opèrent en milieux permissifs ou non. Au contraire, le document stipulait que, si la coopération devait prévaloir, « la préférence européenne est recherchée, sans pour autant exclure des partenaires de confiance hors Europe ».

 

Qu’il s’agisse d’un achat sur étagère, de l’EuroGuardian ou de tout autre plan de secours, « la faisabilité d’une telle solution de repli resterait évidemment encore à expertiser. Mais la question du prix se pose aujourd’hui de façon aigüe. Il reste quelques semaines aux industriels et à la DGA pour se mettre d’accord. Il faut souhaiter que ce dossier puisse évoluer de façon favorable, car rappelons que l’Eurodrone devrait être une des composantes du SCAF, » pointe le sénateur Cédric Perrin.