EDIDP & PADR: les appels à projets européens sourient à la France

(Crédits: Commission européenne)

(Crédits: Commission européenne)

 

La Commission européenne a présenté hier une première série de subventions attribuées au profit de la recherche militaire au titre du dispositif EDIDP*. Avec les huit projets PADR* dévoilés en avril, ce sont en tout 24 programmes collaboratifs qui seront financés cette année par l’Europe pour un total de 205M€. Autant d’axes de R&D dans lesquels la BITD française a su se positionner avec brio.

 

« Ces projets prometteurs démontrent la capacité de l’Union à promouvoir et à soutenir la coopération entre les industries de la défense sur le territoire européen et entre les États membres. En développant des technologies et des capacités de défense de haut niveau, nous renforçons la résilience et l’autonomie stratégique de l’Union », déclarait à cette occasion le Commissaire au marché intérieur, le Français Thierry Breton.

 

Le montant peut paraître insignifiant au vu des enjeux et des 9Md€ de financement projetés pour le futur Fonds européen de la défense (FEDef). C’est néanmoins le premier acte d’ampleur réalisé par l’Europe pour promouvoir la recherche militaire, jusqu’alors exclue des aides communautaires. En investissant ces fonds, l’Europe contribue désormais au potentiel de compétitivité et d’innovation « y compris en incitant les États membres à investir dans la recherche et le développement, grâce à un effet de levier de plus de 113 millions d’euros ».

 

Cette « moisson 2020 » aura tout particulièrement profité à la France. Seuls trois des 24 programmes exposés hier n’incluent en effet aucune entité française. Non contente d’en coordonner cinq, la BITD française est de loin la mieux représentée avec 45 entreprises, laboratoires et instituts de recherche (redondances comprises), contre 25 pour l’Espagne et 22 pour l’Allemagne.

 

« Tous les participants à la chaîne de valeur dans le secteur de la défense, quelles que soient leur taille et leur origine au sein de l’Union, peuvent en retirer des bénéfices », ajoute Thierry Breton. Ces subventions ne profiteront pas seulement aux grands noms de la BITD française, que sont Nexter, Safran, Airbus ou Thales. Maillons discrets mais essentiels à la cohérence de l’offre soumise, plus de 80 PME et ETI européennes sont bénéficiaires du seul financement EDIDP, soit 37% du total. Une dizaine d’entre elles sont françaises, à l’instar d’Earthcube ou de Gatewatcher, spécialisée dans la cybersécurité. D’autres opportunités s’ouvrent à l’écosystème français, alors qu’une nouvelle série de 12 appels à proposition a été publiée en avril 2020 pour un financement de 160M€. Les proposition sont attendues d’ici décembre prochain.

 

iMUGS, coordonné par l'Estonien Milrem avec Nexter et Safran Electronics & Defense comme partenaires (Crédits: Milrem Robotics)

iMUGS, coordonné par l’Estonien Milrem avec Nexter et Safran Electronics & Defense comme partenaires (Crédits: Milrem Robotics)

 

Drones, robotique terrestre, systèmes de missile, etc.: le « made in France » se retrouve dans plusieurs segments majeurs du domaine terrestre. On ne présente plus PILUM, ce projet PADR décroché par un consortium dirigé par l’Institut franco-allemand de Saint-Louis (ISL). Son lancement sera effectif au troisième trimestre 2020. Au rang des autres PME françaises sélectionnées pour un financement PEDID, citons le Lillois Nexedi, chargé de coordonner le projet DRONEDGE-E. Soutenue à hauteur de 1,9M€, cette étude de deux ans envisage le transfert d’un simulateur 3D d’essaim de drones vers une représentation en réel sur la base de plateformes existantes. « DRONEDGE-E étudiera faisabilité d’une nouvelle architecture, qui pourra être appliquée aux systèmes aériens sans pilotes ainsi qu’aux systèmes hybrides », détaille la Commission européenne.

 

Toujours dans les systèmes autonomes, le sujet MUGS (Modular Unmanned Ground System) aura finalement souri au groupement iMUGS emmené par l’Estonien Milrem Robotics. Ce dernier, notamment associé à Safran Electronics & Defense et Nexter, était principalement opposé au consortium TURMA emmené par le Belge John Cockerill Defense et rejoint entre autres par Arquus et Shark Robotics. Les 30,6M€ octroyés par l’Europe au titre du PEDID alimenteront la réalisation d’études, la conception, le prototypage et l’évaluation d’une architecture modulaire et évolutive pour des systèmes pilotés et autonomes hybrides sur une période de 30 mois. Les briques résultantes seront testées sur base d’un système robotisé existant, a fortiori la plateforme THeMIS de Milrem Robotics. Lié au projet UGS de la CSP, iMUGS entend par ailleurs répondre à plusieurs des 11 priorités de l’Agence européenne de défense listées dans la refonte 2018 de son Plan de développement des capacités.

 

Enfin, une proposition portée par MBDA France décroche un financement de 6,45M€ dans le cadre du projet LynkEUs. Une dénomination qui n’est pas sans rappeler le concept présenté en avril 2019 par le missilier et la PME aixoise Novadem, également partie prenante du programme européen. Lancé en 2017, ce concept associe le missile MMP de MBDA au drone NX70 de Novadem pour renforcer les capacités d’observation dans la profondeur et permettre la désignation de cibles au-delà de la vue directe (BLOS). Désormais placés au niveau européen, les deux acolytes poursuivront durant 24 mois les phases d’étude et de test en compagnie de neuf autres entreprises et instituts de recherche, dont les Belges FN Herstal, John Cockerill et Xenics.

 

 

 

*EDIDP: European Defence Industrial Developpment Program (EDIDP), PADR: Preparatory Action on Defence Research (PADR)