Une première pierre a été posée hier matin au coeur d’un quartier militaire du sud de la Belgique, étape symbolique d’un autre pan du partenariat franco-belge CaMo : celui de la construction d’infrastructures dédiées au soutien des véhicules de nouvelle génération acquis au travers de la France.
Après Bourg-Léopold, au tour du camp Roi Albert de Marche-en-Famenne de changer de visage. Plusieurs centaines de Griffon, Serval, Jaguar, Griffon MEPAC et CAESAR vont progressivement renouveler et renforcer les capacités de combat existantes. Une bonne partie d’entre eux prendront la direction de ce camp majeur de la Force Terrestre, terre d’accueil de la 7e brigade blindée récemment recréée. « Cette nouvelle génération de moyens nécessite de nouvelles infrastructures », déclarait le vice-chef de la Défense belge (VCHOD), le lieutenant-général Frédéric Goetynck.
Un complexe d’environ 22 000 m2 sort depuis peu de terre pour accueillir, soutenir et entretenir des véhicules de nouvelle génération en cours de livraison. Un bâtiment de 12 000 m2 et ses 40 travées seront dédiés à la maintenance. Deux autres de 5000 m2 au remisage de jusqu’à 101 blindés Griffon, 12 engins Jaguar et 10 canons CAESAR. D’autres installations sont prévues pour la mise en oeuvre d’outils de simulation pour la formation et l’entraînement des équipages.
« Nous franchissons aujourd’hui une étape importante dans la modernisation de la Force Terrestre », expliquait le lieutenant-général Lieven Vanheste, en charge des infrastructures et des systèmes d’information au sein de la Direction générale des ressources matérielles (DGMR). Matérialisé par des investissements qui « ont été reportés pendant de trop nombreuses années », ce projet « illustre l’ambition de la Défense de mettre à disposition de son personnel un environnement de travail moderne et fonctionnel et en adéquation avec les exigences opérationnelles et les défis de demain », poursuivait-il.
Après les études préparatoires et les travaux de démolition de l’existant, place à une phase de réalisation concrète qui s’achèvera en fin d’année 2027 avec la réception des bâtiments. Valorisé à 110 M€, ce marché a été attribué l’été dernier au consortium BeMoTeam emmené par Democo, Galère et Equans. Lancé dans la foulée, le chantier doit s’achever pour la fin 2027. Il comprend non seulement la conception et la construction des infrastructures, mais aussi leur maintien pour une période initiale de 10 ans. La transformation de la Force Terrestre n’en étant qu’à ses débuts, le complexe repose par ailleurs sur une architecture évolutive « qui permet des développements futurs », notait le général Vanheste.

« Ces bâtiments constitueront un élément essentiel de la modernisation de notre force terrestre », indiquait pour sa part le major-général Gert Van Goethem, à la tête la Force Terrestre depuis fin juin. Qu’il s’agisse du « F » de DOTMLPFI ou du « S » de DORESE, ces infrastructures participeront à leur tour à achever l’opérationnalisation de la brigade médiane d’ici à 2030 et à accélérer la mise sur pied d’une brigade légère, conformément au cap fixé par l’OTAN. L’évolution matérielle est désormais bien visible. Le bataillon Libération – 5e de Ligne a mis le pied à l’étrier et s’entraîne désormais avec ses Griffon. Le bataillon de Chasseurs Ardennais de Marche-en-Famenne s’apprête à suivre le mouvement. « Nous verrons ce que donneront les premiers essais sur le terrain mais tout se passe bien grâce à nos contacts et à l’appui fourni par la France », observe le général Van Goethem.
Le 1/3 bataillons de Lanciers (1/3L) sera quant à lui le premier à mettre la main sur le Jaguar, nouveau pas dans la recréation d’une cavalerie belge. Un premier engin est attendu en octobre pour ensuite l’intégrer dans la mécanique CaMo. Tout comme pour le Griffon l’an dernier, l’objectif sera de pouvoir le présenter officiellement lors du prochain Land Day organisé mi-novembre à Heverlee. L’arrivée des prochains exemplaires permettra d’entamer la transformation du 1/3L avec pour objectif de disposer rapidement d’un premier peloton. Soutenue par la création d’une école de cavalerie, la dynamique se poursuivra avec le 2/4 bataillon de Lanciers de Bourg-Léopold nouvellement créé et, enfin, avec le bataillon des Guides – Chasseurs luxembourgeois (Bn G/ChL), cette unité de reconnaissance belgo-luxembourgeoise opérationnel à l’horizon 2030.
Le premier des 28 CAESAR Mk 2 acquis à ce jour est attendu au tournant de 2027-2028. Ce système d’artillerie de 155 mm est attendu « avec impatience » par les artilleurs belges. L’espace de remisage en construction à Marche-en-Famenne confirme au passage l’intention de créer un second bataillon d’artillerie côté francophone. Après trois contrats signés, une nouvelle « tranche CaMo » est sur la table avec pour objectif de la notifier avant 2027. Elle amènera essentiellement un complément de Serval, dont des versions spécialisées de lutte anti-drones (LAD) et de noeuds de communication tactiques (NCT).
« Il y a beaucoup de projets qui se présentent à nous », nous rappelle celui qui a pu découvrir certaines solutions en juin à Eurosatory. L’une des priorités relève du génie de combat. Entre appui à la mobilité et contre-mobilité, les moyens manquent pour soutenir les unités de mêlée au plus près. L’enjeu immédiat consistera à renforcer les premiers échelons avant de hausser le niveau au-delà des bataillons, voire des brigades. L’OTAN demande en effet à la Belgique d’investir dans des capacités encore trop rares, à l’instar des moyens de franchissement lourds. « Toutes ces études sont en cours », résume le général Van Goethem.
« Il n’y a plus de ‘business as usual’. Il n’y a plus de statu-quo. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une situation sécuritaire qui évolue rapidement. Nous devons également nous renforcer, nous adapter d’urgence », estime le commandant de la Force Terrestre. « Nos adversaires ne nous laisseront peut-être pas le temps d’achever tous nos plans d’adaptation », pointe celui qui a fait de « Fit for tomorrow and ready to fight tonight » son motto pour les mois à venir. Ce double enjeu – et la double temporalité qu’il induit -demandera de « trouver le bon équilibre entre innovation, transformation, adaptation et préparation opérationnelle ». Le temps n’est plus aux arbitrages, l’effort doit porter sur tous les segments et à tous les niveaux pour s’assurer de « toujours disposer d’unités solides ». Voilà pourquoi les infrastructures et les flottes de matériels majeurs, par exemple, sont dimensionnées pour en finir avec la logique de « pooling » et s’assurer d’équiper entièrement chaque bataillon.
« Comme nous pouvons l’observer dans le conflit en Ukraine, la technologie évolue elle aussi rapidement », complète le général Van Goethem. L’autre enjeu sera donc de capter, porter et déployer plus rapidement l’innovation tout en tirant les leçons des retours d’expérience ukrainiens. Ce sont la dronisation massive, le déploiement de l’intelligence artificielle ou encore cette robotisation du combat pour laquelle la Force Terrestre suit de très près le projet français Pendragon. Le tout, en misant davantage sur ceux qui expriment le besoin : les militaires, qu’importe le grade et la fonction. Ce chantier ne fait que démarrer. Il demandera d’adopter « le bon état d’esprit, cette mentalité visant à aller plus vite ». Il s’agira en parallèle d’attirer les talents. Pour générer « le bon mélange pour une équipe gagnante », la Force Terrestre aura besoin tout autant de combattants que de geeks et de « fixers », autrement dit de ceux qui trouveront des solutions innovantes aux nouvelles embûches qu’amène un environnement sécuritaire de plus en plus incertain.
Crédits image : BeMoTeam