Le dossier était sur la table depuis un moment. La Direction générale de l’armement (DGA) a enfin commandé quatre sections SAMP/T NG supplémentaires au profit de l’armée de l’Air et de l’Espace, un contrat attribué à Eurosam et par l’entremise de l’OCCAr.
Et de 12. Si la loi de programmation militaire avait ajouté quatre sections au parc actuel, son actualisation doit permettre d’accélérer la manoeuvre. Désormais, « ce seront 10 SAMP/T NG et 9 VL MICA livrés d’ici 2030 », relevait le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace (CEMAAE), le général Jérome Bellanger, dernièrement en audition parlementaire. Les deux systèmes sont appelés à opérés de manière intégrée grâce à la transformation du SAMP/T NG vers un système multi-couches. Cette tranche additionnelle le sera nativement. Les huit premières devront passer par la case rétrofit. Le volet financier n’est pas détaillé, mais près de 2 Md€ ont été affectés au budget 2026 pour, entre autres, matérialiser cette commande. Plus de 220 M€ seront ajoutés l’an prochain pour le soutien initial de ces quatre sections ainsi que pour acquérir un service de tir de cibles.
Une première section rénovée rejoindra les forces en 2027 après une phase d’évaluations opérationnelles portée par le Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM-AWC) de Mont-de-Marsan. Eurosam prévoit de livrer une seconde section l’année prochaine, puis deux ou trois de plus en 2028. Et le rythme, particulièrement soutenu, va se maintenir pour parvenir à clôturer la tranche initiale d’ici fin 2029 et produire la moitié de la tranche complémentaire avant 2031.
Si le calendrier est aussi ambitieux, c’est parce qu’une montée en cadence a su être anticipée en accord avec les deux industriels à la manoeuvre, Thales et MBDA. L’effort doit directement bénéficier à l’export. À bord depuis l’an dernier, le Danemark sera le premier à en bénéficier. La production des différents modules danois est en cours, de quoi atteindre l’objectif de livraison d’une première capacité courant 2028. Même logique pour l’Ukraine, envers qui la France s’est engagée à livrer quatre sections SAMP/T NG « aussi vite que possible ».
Avec son missile Aster 30 B1 NT, sa conduite de tir rénovée et son radar GF 300, le SAMP/T NG est, selon le général Bellanger, « une petite révolution ». Non seulement « capable de traiter la menace balistique de théâtre de manière autonome et sur 360°, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas du PATRIOT », le SAMP/T NG « pourra également être intégré à un dispositif beaucoup plus large, européen ou otanien. On appelle cela l’Integrated Air and Missile Defense », rappelait le CEMAAE. La France participe aux principales initiatives capacitaires lancées à chaque échelon : le projet IMLAMD côté européen, les projets GBAD et SBAMD C2 côté otanien.
« Ce SAMP/T NG a énormément séduit à l’étranger. On est un peu victimes de notre succès. (…) D’autres nations frappent à la porte », soulignait le CEMAAE. Après le succès au Danemark, Eurosam poursuit les discussions avec plusieurs pays, notamment européens. C’est le cas de la Belgique et du Grand-Duché de Luxembourg. La première envisage de fixer son choix l’an prochain. Le second prépare une loi spéciale de financement pour répondre à ce nouveau cap fixé par l’OTAN.
Mais l’un des débouchés les plus immédiats reste la Suisse. En juin, celle-ci a entamé des négociations avec des entreprises française, israélienne et sud-coréenne en vue de l’achat d’un système complémentaire du PATRIOT américain, qui peine à traverser l’Atlantique en temps et en heure. Hormis une disponibilité garantie et une livraison rapide, l’un des critères déterminants consistera à pouvoir produire « dans la mesure du possible » et « à moyen terme », les missiles, la conduite de tir ou « tout au moins leurs composants critiques » en Europe ou en Suisse. Remise durant l’été, l’offre d’Eurosam est aujourd’hui en cours d’analyse. Le Conseil fédéral suisse doit encore décider de la marche à suivre. Plusieurs options sont sur la table, dont une mise en oeuvre dans le cadre du budget 2027 de l’armée ou l’adoption d’un texte distinct.
Entre le marché export et le renforcement des flottes existantes, l’armée de l’Air et de l’Espace a donc créé une école internationale de formation à la défense sol-air autour du système SAMP/T sur la base aérienne 702 d’Avord (Cher). « Cela fonctionne très bien », relève le CEMAAE. Hormis des Italiens embarqués dès l’origine du programme, la structure accueille un détachement danois en vue d’être « prêt à rendre le système opérationnel rapidement dès son arrivée », rappelait il y a peu son Organisation d’acquisition et de logistique de défense (FMI).
Crédits image : DGA Essais en vol