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Une carapace anti-drones “maison” pour le VBCI

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La carapace du VBCI va se renforcer pour mieux résister aux drones armés et autres munitions téléopérées. L’équation privilégiée par l’unité derrière ce bouclier en phase de production, le 16e bataillon de chasseurs à pied (16e BCP) ? De la récup’, de l’internalisation et un peu d’huile de coude. 

Tout démarre il y a environ deux ans à l’initiative du capitaine Jonathan, l’un des chefs d’unité du 16e BCP. Les affrontements en Ukraine n’ont pas échappé à ce chasseur à pieds. La menace vient alors plutôt d’en haut. Drones largueurs et munitions téléopérées prolifèrent et cherchent à exploiter l’un des rares points faibles d’un blindé lourd. La tourelle habitée du VBCI est rapidement armée d’une « cope cage », ce grillage rigide ou souple censé stopper net ou faire détonner un drone ou certaines munitions antichars « top attack ». Très bien, mais la manoeuvrabilité acquise, entre autres, grâce au pilotage immersif a rapidement rebattu les cartes. L’ensemble du véhicule devient une cible, à commencer par ses flancs. Il fallait donc compléter la copie. C’est là qu’apparaît l’idée du hérisson, cette tige métallique conçue pour piéger les petits drones responsables de la majorité des pertes. 

Ce hérisson né en régiment, ce sont 440 tiges creuses au bout desquelles sont simplement sertis des filaments métalliques. Un sabot et ses quatre pas de vis permettent ensuite d’accrocher autant de tige. Quatre pas de vis sur un sabot fixé sur les accroches de protection balistique du VBCI. Pas besoin de qualification particulière. Un peu d’huile de coude et le tour est joué. Il n’aura fallu qu’une demi-journée à trois personnels pour déboucher sur l’exemple présenté cette semaine à Paris à l’occasion de la Présentation de l’armée de Terre. Ou trois fois moins avec les 11 combattants d’un groupe embarqué. Une simple clef de 24 permet de retirer ou de moduler la disposition des hérissons à volonté.

Hors de question de passer par un développement coûteux et chronophage. L’heure est à l’économie et à l’accélération des processus. Pour aller vite, « nous nous sommes appuyés sur les ressources à notre portée », expliquait un capitaine du 16e BCP lors de la PAT. Son bataillon s’est tout simplement tourné vers l’enveloppe de subsidiarité allouée à chaque chef de corps, mais pas seulement. Les chasseurs à pied a su rester fidèle à l’un des crédos de l’armée de Terre, malheureusement de plus en plus actuel : faire beaucoup avec peu. Simple et rustique, le prototype initial est le fruit d’un recyclage. La tige ? Un pied de lit des militaires du rang, destinés à la casse. Les filaments ? Des morceaux de torons des treuils de remorquage du VBCI. Son étendue ? « Sur chaque pas de vis, donc partout », résume l’officier d’infanterie. 

Affiner l’idée exigeait de se tourner vers des spécialistes, une mission confiée en début d’année au 8e régiment du matériel (8e RMAT) de Mourmelon. Chaudronniers et peintres, militaires et civils de la défense ont été mis à profit pour améliorer les trois prototypes successifs et déboucher sur un kit complet prêt à l’industrialisation. Son coût ? À peine 2000€ l’unité, cage comprise. Il n’aura pas fallu davantage pour attirer la Section technique de l’armée de Terre (STAT) de Terre à Bitche. Conduite en juin dernier, son expérimentation aura permis d’éprouver l’outil au maximum de ses capacités. Soit plus de 1400 hérissons recouvrant la totalité des emplacements disponibles. Mais avec ses deux tonnes au compteur, cette version maximaliste conduit aussi le VBCI à s’approcher de sa limite de masse. 

Si le nombre de hérissons se réduit à un tiers du format, c’est pour mieux les compléter d’un filet de camouflage. Apparu en cours de route et lui aussi sorti des stocks, il suffira de le poser sur une cage renforcée d’un support circulaire et de l’étendre sur les hérissons pour casser la silhouette du VBCI et, avec une version multispectrale, atténuer la signature infrarouge. D’avis de chasseurs à pied, il sera potentiellement moins évident pour le télépilote adverse ou l’IA embarquée d’identifier l’avant de l’arrière, le point sensible du point dur. Une fois combiné aux structures fixes, le filet offre aussi une première barrière cinétique contre certains petits drones. Les tests auront démontré que le piège fonctionne pour des drones volant jusqu’à 80 km/h. Au-delà, il contribuera à le ralentir avant de passer le relais aux hérissons, qui le bloqueront à leur tour et tenteront de le faire détonner à une quarantaine de centimètres de la caisse pour réduire l’onde de choc ou perturber la charge creuse. 

Le système n’est pas parfait. Chaque ajout « maison » reste un compromis. Celui du filet se fait au prix d’une silhouette accrue et d’une capacité de débattement et d’observation moindre pour le tireur. Rien n’empêche celui-ci de prendre en compte cette donnée et de se réserver quelques secteurs d’observation en découpant le filet. Et en cas de contact et d’obligation de riposte, cette protection repassera naturellement au second plan pour mieux laisser la main à la capacité d’agression.

« Ce n’est pas optimal, mais cela apporte une solution viable et cohérente à un problème pour lequel nous n’avions de réponse jusqu’à maintenant », estime-t-on du côté du 16e BCP. Des améliorations ne sont pas exclues. Sur le filet par exemple, l’une des évolutions reviendrait à combiner la couche de camouflage avec d’autres plus résistantes, à l’image des filets de pêche abondamment mobilisés en Ukraine. Hasard du calendrier, le groupe suédois Saab a justement lancé en 2026 une variante spécifiquement anti-drones de son système Barracuda. Au camouflage multispectral de base s’ajoutent des couches supplémentaires pour déboucher sur un système à trois épaisseurs théoriquement résistant à des drones de 12 kg évoluant à 250 km/h. 

Sans être parfaite, l’idée a bel et bien convaincu l’armée de Terre de passer à l’échelle. La production de 70 kits complets a été confiée à la 13e base de soutien du matériel (13e BSMAT) de Clermont-Ferrand par le Service de la maintenance industrielle terrestre (SMITer). Aucun industriel n’est impliqué, de quoi réduire les contraintes de coût ou de délai. Les 10 premiers exemplaires sont attendus en 2026, le reste l’an prochain. Le tout permettrait d’équiper au moins une compagnie par régiment d’infanterie mécanisée. D’autres véhicules pourraient en bénéficier. Ce qui a été imaginé pour un VBCI pourrait éventuellement être étendu à un VBL ou à un PVP, observe-t-on dans les rangs des maintenanciers. Quant à étendre le champ aux Griffon ou Serval du programme SCORPION, cette piste demandera de revoir la logique de fixation. En attendant, la focale vers le segment blindé devrait s’amplifier l’an prochain. Après le char Leclerc, au tour du VBCI de bénéficier d’une rénovation. Le budget 2027 des armées devrait en théorie permettre de lancer la rénovation d’une première tranche de 70 véhicules. Le mystère reste entier sur l’étendue des travaux à venir mais la question de la survivabilité, par exemple, semble plus que jamais au centre des préoccupations. 

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