Au tour de KNDS de structurer son offre anti-drones. Dévoilé durant Eurosatory, son bouclier s’appuiera sur un arsenal « maison » progressivement renforcé avec les technologies matures venues d’ailleurs.
Chez KNDS France, la lutte anti-drones est désormais rassemblée sous une unique bannière : TARGAS, pour « Tactical Advanced Response for Ground, Air and Surface threats ». De la détection à la neutralisation à l’échelon tactique et des menaces aériennes évoluant à très courte portée aux drones navals et robots terrestres, tout est dans le nom. Plutôt que de s’éparpiller à tout maîtriser, KNDS endosse sa casquette de systémier-intégrateur pour privilégier ce qui s’est imposé comme une norme : compléter le socle maîtrisé en interne avec des capteurs, effecteurs et solutions C2 amenés par d’autres pour constituer un écosystème multicouche, modulaire et évolutif. Au client de définir son bouclier sur-mesure selon ses moyens et les menaces rencontrées, à l’image de ce que MBDA, par exemple, propose au travers de SkyWarden.
En découle une première capacité dévoilée avant l’été lors du salon Eurosatory. À l’intérieur, un éventail de réponses tant pour les unités spécialisées que pour celles uniquement formées à la lutte anti-aérienne toutes armes (LATTA). KNDS mobilise notamment son véhicule Serval TARGAS 30, combinaison d’un radar, d’une antenne RF, d’un tourelleau ARX30 et sa munition airburst de 30 mm. Orienté vers la LAD en mouvement sur l’avant, il se complète du RapidFire conçu avec Thales et plutôt destiné à la zone arrière et à la protection de bases, plots logistiques ou autres infrastructures critiques. Pour le reste, tout est ouvert. « Il y a beaucoup de solutions techniques et opérationnelles. Il y aussi beaucoup de marketing dans la lutte anti-drones, à nous de trier ce qui est pertinent et ne l’est pas », pointe KNDS. Quelques briques ont franchi ce filtre. Le missile MISTRAL 3 de MBDA et le radar G1X de Saab sont d’emblée à bord, car sélectionnés depuis un moment par l’armée de Terre pour reconstituer une capacité de défense sol-air basse couche d’accompagnement.

Ouvrir le champ aux unités non spécialisées exigeait d’aller explorer d’autres horizons. KNDS en aura ramené deux idées. D’une part, un boîtier de guerre électronique RAPTOR développé par NUANCE Technologie et adopté par le GIGN et le RAID, entre autres. Compact mais embarqué sur véhicule, ił permet de prendre le contrôle de petits drones civils et, selon KNDS, de traiter 85% de la menace. D’autre part, un intercepteur de drones « Made in France » hérité de l’AXS-μ1 d’Aerix Systems. La start-up bordelaise s’est dès l’origine écartée du look « fusée » adopté par de nombreuses entreprises pour faire le pari d’une motorisation omnidirectionnelle. Avec ses quatre moteurs indépendants et une couche d’IA embarquée pour la correction de trajectoire, ice drone filant à 200 km/h promet un surplus de finesse dans les derniers mètres précédents l’interception. L’absence de charge militaire réduit le danger tout en autorisant une récupération en cas d’absence d’impact. Remarqué par l’OTAN, Aerix Systems a intégré la dernière cohorte de son accélérateur d’innovation DIANA, tremplin grâce auquel le droniste français prendra part à des expérimentations en République tchèque et au Portugal.
Séduit à son tour, KNDS a rebaptisé le système « TARGAS DSP10 ». DSP pour Droneshield Protector et 10 pour la portée en kilomètres. Lancée plus d’un an avant la grande messe industrielle de juin dernier, la collaboration entre KNDS et Aerix Systems s’est depuis renforcée avec deux campagnes d’essais. L’une a été conduite à Montlhéry. L’autre, en région bordelaise. Réalisées depuis un VBCI, toutes deux se sont avérées concluantes malgré un vent latéral atteignant parfois les 45 km/h. Elles auront au passage permis de progresser sur l’intégration du DSP10 sur véhicule blindé. KNDS l’imagine à partir de ce boîtier ad-hoc sur la tranche arrière du blindé. En développement depuis plus de deux ans et dévoilé en juillet 2025 lors du forum Techterre, ce kit de « fonctions dronisées » entend rester le plus agnostique possible des systèmes qu’il emporte. Ses dimensions l’autoriseraient à emporter de l’ordre de six ou sept DSP10.
Quant au C2 chargé de manoeuvrer l’ensemble, des discussions sont en cours avec MBDA et Thales. Le premier pourrait sa solution LICORNE C2, quand le second pourrait pousser son système ControlView. Ce ne sont que quelques pistes parmi bien d’autres à l’étude. TARGAS a vocation à élargir son spectre à d’autres effecteurs, tels que le système RBS70NG de Saab ou des roquettes guidées laser de Thales récemment entrées dans l’arsenal français. Les alliances établies ne sont pas exclusives. « On ne s’interdit rien aujourd’hui », souligne l’industriel tout en rappelant que le besoin de l’utilisateur primera. La modularité s’étend en quelque sorte à la famille Serval. Si l’objectif sera de privilégier la plus grande communalité avec les configurations françaises pour favoriser l’interopérabilité et faciliter le soutien, rien n’empêche de discuter avec le radariste local, d’installer le tourelleau déjà en service ou encore d’intégrer des éléments de TARGAS dans un C2 national existant. « Eurosatory nous aura permis de rencontrer les industriels identifiés auparavant. Nous avons pu prendre des contacts au sujet de technologies que l’on va suivre et qui ont besoin de monter en maturité », précise KNDS.
« Il y a énormément de marques d’intérêt, de la part de l’OTAN et des pays du nord et de l’est de l’Europe notamment ». Passée au second plan depuis la fin des années 1990, la défense sol-air est revenue sur le devant de la scène depuis février 2022. Chaque nouveau conflit, chaque attaque, chaque survol ou « chute » d’un drone non identifié ne fait qu’accentuer la pression sur les industriels. Mais si « la demande est présente », KNDS constate aussi que « la contractualisation demande encore aux utilisateurs de franchir certaines étapes sur les aspects doctrinaux. Nous sentons qu’il y a encore beaucoup de réflexions en cours ». Selon le groupe franco-allemand, le marché doit en effet gagner en maturité pour basculer d’achats ciblés réalisés en urgence vers une solution d’ensemble pérenne.

En France, le principal enjeu consiste à poursuivre les dynamiques en cours. Plusieurs objets de TARGAS sont contractualisés. Ce sont ces RapidFire vendus à la Marine nationale et, sauf écueil, bientôt à l’Armée de l’Air et de l’Espace pour la variante terrestre semi-mobile. Ce sont aussi les Serval LAD (ou TARGAS 30) et DSA, dont les premiers exemplaires sont attendus pour fin 2028. La plupart des véhicules commandés à ce jour arriveront en 2029. L’actualisation de la loi de programmation militaire contribuera théoriquement à accélérer le déploiement des deux variantes. Elle annonce la réception d’au moins 36 Serval LAD à fin 2030, soit au moins 24 de plus que prévu. Même logique pour le Serval DSA, mais à un horizon plus lointain. Si la cible à 2030 est bloquée à 24 exemplaires, l’armée de Terre en attend 15 de plus que prévu à horizon 2035. Sauf écueil, elle disposerait alors d’un parc de 60 véhicules, dont seule une moitié a jusqu’à présent été commandée. Le Serval C2 et le Serval de détection reposant sur un radar G1X seront quant à eux bientôt lancés.
« Nous allons continuer à ajouter des briques manquantes », indique KNDS en référence aux programmes français. Après des essais visiblement convaincants avec le CEPA-10S de la Marine nationale, le TARGAS DSP10 sera mis à l’épreuve ce mois-ci par le Battle Lab LAD. Il sera accompagné du brouilleur associé. Côté français, la bataille à mener sera aussi budgétaire. Au total, les travaux d’actualisation amènent 1,6 Md€ de crédits supplémentaires sur 2026-2030 à la défense sol-air toutes couches confondues, de quoi porter l’enveloppe globale à 6,9 Md€. Sauf que, dans les faits, la part accordée à la LAD demeure minime. Selon un récent rapport sénatorial, seuls un peu plus de 350 M€ ont été engagés pour le sujet depuis 2024, annuité en cours comprise. Et, toujours d’après ce rapport, seuls 170 M€ supplémentaires seront effectivement amenés par la refonte de la LPM au profit de la LAD. Bien qu’en hausse, « l’effort engagé demeure encore insuffisant au regard des transformations observées sur le champ de bataille », estiment dès lors les sénateurs.
L’intérêt pour un système de systèmes n’est pas limité à la France. D’autres pays ont franchi le pas, en témoignent les succès engrangés dernièrement par SkyWarden. D’autres encore s’apprêtent à suivre le mouvement. La Belgique, notamment, est en phase finale dans le processus d’acquisition d’une capacité LAD complète et évolutive axée vers les drones de classe 1, ceux de moins de 150 kg. Avec un budget de 1,1 Md€ annoncé, la présence de près de 130 candidats, dont KNDS, à la séance d’information du printemps dernier n’a rien d’étonnant. L’approche présente néanmoins deux exigences centrales. Non seulement la couche de C2 en constituera le coeur, mais celle-ci doit reposer sur un code source maitrisé localement. Pour KNDS, la stratégie consistera plutôt à s’accoler à plusieurs consortiums pour y intégrer certaines briques de TARGAS. L’une d’entre-elles est d’ailleurs déjà dans le viseur de la Défense belge : le Serval LAD, intégré dans une nouvelle tranche d’acquisition du programme CaMo potentiellement actée avant 2027.