Une étude prospective sur l’industrie de défense américaine

Le ministère des Armées a lancé un appel d’offres pour la réalisation d’une nouvelle étude prospective, la cinquième sur une série de 12 pour l’exercice 2019, intitulée « Comment les autorités américaines structurent et protègent l’industrie de défense américaine ? ».

 

Une chaîne d’assemblage de véhicules JLTV (Crédit: Oshkosh Defence)

 

Tout comme la France, les États-Unis appliquent une politique industrielle impliquant un certain niveau de protection de leur écosystème de défense. Au travers de cette étude réalisée au profit du bureau de la stratégie industrielle (BSI) de la DGA, le ministère des Armées souhaite comprendre le rôle, les outils et les pratiques des autorités américaines et, en particulier, du département américain de la défense (DoD) « dans la structuration et la protection de l’industrie de défense américaine, aux États-Unis et hors des frontières américaines », précise l’annonce.

 

Cette étude devra répondre à deux objectifs. Premièrement, il s’agira de décrire le rôle, les principaux leviers et la réalités des pratiques spécifiques aux institutions américaines, et en particulier celles mises en oeuvre par le DoD américain envers l’industrie nationale. Elle devra en exposer les forces et faiblesses éventuelles et en définir les perspectives d’ici trois à cinq ans. Il s’agira ensuite de comparer les politiques à l’oeuvre au sein du DoD américain et du ministère des Armées vis-vis de leurs industries respectives. Pour ce faire, il est recommandé au prestataire sélectionné de réaliser « des entretiens avec des autorités du DoD et des dirigeants d’entreprises américaines ».

 

Les conclusions devront pouvoir nourrir les réflexions menées au sein du ministère des Armées « pour la mise en place de mesures de structuration et de protection de la base industrielle et technologique de défense (BITD) nationale ». Elles devront également contribuer au renforcement de la stratégie commerciale d’un membre de la BITD française. Les prestataires intéressés sont invités à soumissionner au plus tard pour le 8 juillet 2019. Un rapport final de 60 pages est attendu neuf mois après la réunion de lancement du projet.

 

Hasard (ou non) du calendrier, cette annonce intervient à l’heure où les tensions commerciales entre industriels américains et européens ne font que s’accroître. Entre sanctions économiques et réglementation ITAR, Washington dispose en effet d’un arsenal d’épées de Damoclès susceptibles de couper net les exportations des entreprises européennes. C’est notamment le cas de MBDA, qui s’est récemment vu interdire l’exportation de missiles SCALP vers l’Égypte et le Qatar.

 

Et l’implémentation du Fonds européen de défense (FED) et de la Coopération structurée permanente (CSP) ne vont pas dans le sens d’une accalmie. Dans une lettre envoyée en mai dernier à la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, le DoD américain dénonçait ainsi « un recul spectaculaire de trois décennies d’intégration croissante du secteur de la défense transatlantique ». Opposés aux dispositions du FED et de la CSP, les États-Unis menacent désormais d’instaurer de nouvelles mesures protectionnistes afin d’exclure les entreprises européennes des contrats d’armement du Pentagone.