Un programme ambitieux pour les futurs véhicules de reconnaissance des US Marines

L’US Marine Corps (USMC) est une branche à part entière de l’armée américaine qui dispose de son propre budget et de ses propres programmes pour mener à bien sa mission : déployer de manière autonome une force expéditionnaire rapide et efficace aux moyens de navires, d’aéronefs, d’hélicoptères, de blindés ou encore de systèmes d’artillerie. Engagé dans toutes les opérations militaires des États-Unis, le corps des Marines sert d’avant-garde. Leur réussite est déterminante pour la suite des opérations, l’ennemi devant être affaibli un maximum avant l’arrivée du reste des forces. Pour « maîtriser » le champ de bataille en un éclair, les généraux de l’USMC comptent sur leur futur véhicule de reconnaissance, un bijou de technologie encore dans les cahiers des officiers de programme, mais qui devra être opérationnel dans dix ans. 

 

Dessin imaginant diverses versions de l'ARV en combat collaboratif avec des drones aériens (Source : USMC)

Dessin imaginant diverses versions de l’ARV en combat collaboratif avec des drones aériens (Source : USMC)

 

Dans le même temps que l’US Army se concentre sur le programme de Next-Generation Combat Vehicle, l’US Marine Corps a besoin d’un nouveau véhicule blindé de reconnaissance sur roue de type 8×8 (dit ARV pour Armored Reconnaissance Vehicle) le plus vite possible. Selon Breaking Defense, d’ici 2023, l’USMC veut des prototypes d’une « version terrestre du F-35 » pour une unité de reconnaissance « radicalement nouvelle » dont les missions seront évidemment la reconnaissance en territoire hostile, la transmission des données au reste de la force mais aussi l’élimination de cibles clés. Loin d’un simple remplacement de la flotte actuelle vieillissante des LAV (Light Armored Vehicle), où on ne ferait que remplacer du vieux par du neuf, les généraux des Marines veulent avant tout « résoudre le problème de la reconnaissance et de la contre-reconnaissance » du futur, ce sont les mots du Lieutenant-général Robert Walsh en charge du « combat development ».

 

Sur ce besoin, les Marines ont reçu 282 travaux de la part des industriels intéressés (suite à une journée de rencontre du 9 janvier dernier dont les présentations sont disponibles ici en bas de page), qui ne proposent pas un simple véhicule nouveau, mais tout un éco-système de combat terrestre avec des drones, des capteurs, des systèmes de guerre électronique, des systèmes d’armes qui évolueraient tous ensemble par un réseau connecté. En fait, les Marines ont relancé leur programme de remplacement où les industriels n’avaient, à l’époque, pas satisfait en ne proposant que des évolutions légères pour les LAV. Walsh a l’idée de s’appuyer sur le cas du F-35 qui est passé d’un « simple » avion furtif à une plate-forme électronique globale pouvant transmettre ses données au reste de la force.

 

Walsh voit – et compte bien obtenir – un véhicule capable de déployer un drone aérien, « éclaireur profond », pour ensuite utiliser « des tirs de précision » ainsi que « la guerre électronique » pour détecter et bloquer les transmissions ennemies. Sa conception elle celle d’une « architecture ouverte » où l’ARV et les systèmes coopérants pourraient être constamment améliorés avec les nouvelles technologies dès qu’elles seront disponibles. Côté équipements, Walsh veut du très lourd. Le véhicule devra être apte à fonctionner pendant de longues périodes avec un minimum de réapprovisionnement. Sa « performance amphibie » devra être supérieure à celle des LAV sans que sa taille ou son poids deviennent un obstacle à son transport sur mer. Et il devra être équipé d’un canon automatique de calibre moyen type 30mm ainsi que d’une puissance de feu « anti-blindage contre les chars lourds ». Walsh veut aussi des ARV équipés de missiles à longue portée type Spike ou de drones kamikaze type Switchblade, et qui seraient capables d’abattre les drones ennemis. Les besoins de protection sont tout aussi exigeants : un système de protection active, comme le Trophy israélien, ainsi que les défenses anti-EEI (Engin Explosif Improvisé).

 

Il n’est pas précisé si tous les ARV seront aussi lourdement équipés, et il parait logique que non car, comme c’est le cas pour les LAV actuels, l’ARV sera la base d’une « famille de véhicules de reconnaissance blindés de prochaine génération » qui répondront chacun à une mission spécifique (il y a des LAV transporteurs de troupes, d’autres de type poste de commandement, mortier, antichar, antiaérien etc). Ces véhicules seront accompagnés de plusieurs types de drones, qu’ils soient aériens ou terrestres, de combat ou de reconnaissance, voire de « mini-robots ». Rappelons-le, malgré l’attirail prévu pour les ARV, le but premier de ce programme reste de faire progresser les missions de reconnaissance des « éclaireurs » de l’USMC, ils n’ont pas vocation à être des véhicules « de combat » bien qu’ils devront être capables de détruire des ennemis faiblement protégés ou des blindés, les Marines ayant terminé le mois dernier les phases de test pour le remplacement de leur véhicule spécifiquement de combat.

 

Si les militaires et les observateurs constatent que le projet est presque surréaliste (technologies disparates, coût, délais), il serait réalisable car les Marines n’en veulent que 500 (sans compter les drones), un « nombre relativement faible pour un programme de défense » selon les journalistes de Breaking Defense. Les 50 premiers véhicules devront être produits entre 2026 et 2027 et les 450 restants devront être livrés avant l’année 2033 (selon Walsh, la cadence pourrait être encore plus élevée « si l’argent était là »). Walsh, qui souhaite rompre avec le processus classique où l’on s’adressererait à un seul maître-d’oeuvre spécialisé dans la production de véhicules terrestres, est ouvert à toute soumission d’idée par les industriels de tous les horizons, de toutes les spécialités : « Lorsque vous vous ouvrez à beaucoup de gens, vous allez trouver beaucoup d’idées différentes. »