Trump et la défense, 3/3

Une réunion au siège de l'OTAN à Bruxelles en décembre 2015 (crédit photo: OTAN)

Une réunion au siège de l’OTAN à Bruxelles en décembre 2015 (crédit photo: OTAN)

Concernant l’OTAN : « Je demanderai aussi aux nations membres de l’OTAN de payer promptement leurs factures, ce que beaucoup d’entre eux ne font pas actuellement. » Une déclaration un peu mystérieuse et, au fond, assez drôle qui signifiait probablement qu’il voudrait que tous les pays de l’OTAN dépense au minimum 2 % de leur PIB pour leur défense. Il eu raison de souligner que seuls cinq pays sur les 28 atteignaient ce seuil : les Etats Unis (3,61%), la Grèce (2,38%), la Grande Bretagne (2,21%), l’Estonie (2,16%) et la Pologne (2%). La France figure en sixième position avec des dépenses atteignant 1,78 % de son PIB (les chiffres proviennent de l’OTAN). « Ils le comprennent, ils savent qu’ils doivent le faire, ils ont les moyens de le faire, ils n’ont aucun respect pour notre leadership, ils n’ont aucun respect pour notre pays. Ils le feront. Ils seront heureux de le faire », s’exclama-t-il mais sans menacer, cette fois, de quitter l’Alliance si les mauvais payeurs ne s’exécutent pas. Dailleurs le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a expliqué en conférence de presse le 9 novembre que « le leadership des États-Unis est plus important que jamais », qu‘une « OTAN forte est dans l’intérêt des États-Unis et dans l’intérêt de l’Europe » et que « la garantie de sécurité fournie par l’OTAN est un engagement du traité et tous les Alliés ont pris l’engagement solennel de se défendre les uns les autres et c’est quelque chose d’absolu et d’inconditionnel ».

Puis Trump s’est gravement trompé en déclarant qu’il demanderait « respectueusement » a des pays tels que « l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud et l’Arabie Saoudite de payer plus pour la sécurité considérable que nous leur fournissions » et « qu’ils le comprendront entièrement, ce sont des monstres économiques, des pays incroyablement performants mais nous les subventionnons à hauteur de milliards et de milliards de dollars » ! En fait, d’après les chiffres du Département d’État, en 2014 les Etats-Unis ont octroyé 5,9Md$ en financements militaires et 105,6M$ en formations militaires dont 75 % ont été reçu par l’Israel et l’Egypte, suivis de l’Iraq, la Jordanie et le Pakistan. L’Arabie Saoudite a reçu 10 000$, les autres pays cités par Trump n’ayant rien reçu du tout. Il reste vrai que les Etats-Unis maintiennent des bases militaires importantes dans ces pays, à un coût de 10Md$ par an, d’après la Commission des Forces Armées du Sénat, dont 70 % ont été dépensé en Allemagne, en Corée du Sud et au Japon mais, comme le souligne la Commission, une belle part de ce budget serait dépensé si ces bases militaires étaient rapatriées sur le territoire national.

Le système anti-missile THAAD (credit photo: US Army)

Le système anti-missile THAAD (credit photo: US Army)

Trump a continué a se tromper en déclarant que « nous allons construire un système de pointe anti-missiles », comme si les Etats-Unis n’en détenait pas déjà un et il promit à son auditoire que la modernisation de navires de guerre pour un coût de 220M$ chacun et l’achat de nouveaux navires, créeraient des emplois. Manifestement il ne s’est jamais penché sur le programme Aegis et méconnaît la Missile Defence Agency.

Il évoqua aussi le « ré-outillage » militaire, qui constituerait un effort partagé par les 50 états « pour que le travail et les emplois irriguent tous les états », ainsi qu’un effort supplémentaire pour « améliorer nos capacités cyber » notamment des investissements « lourds » dans les capacités cyber « offensives ».

Ce qui demeure frappant dans ce discours, c’est certainement ce style a l’emporte pièce qui a su séduire son électorat, la simplicité du phrasé, comme on parlerait à une classe de primaire. En l’écoutant, ce sujet pourtant compliqué semble simple, limpide… simplement, le sujet ne peut l’être ; il nous reste a espérer qu’il s’en rende compte avant le 20 janvier 2017.