Triste centenaire pour l’ex-Manurhin

Triste centenaire pour l’ex-Manurhin, fleuron français des machines de cartoucherie devenu « Manufacture du Haut Rhin » (MHR). Le flou persiste en effet depuis sa reprise en août 2018 par le groupe étatique émirati Emirates Defence Industries Company (EDIC), manifestement peu enclin à communiquer sur le sujet avec les autorités françaises compétentes.

 

Suite au rachat des actifs de la PME mulhousienne, EDIC aurait légalement dû transmettre un rapport d’activité annuel pour analyse par la DGA et la Direction générale du trésor (DGT), révèle le ministère des Armées dans une réponse écrite au député MoDem Bruno Fuchs. Presque 10 mois plus tard, les autorités françaises sont toujours en attente dudit rapport, confirme le ministère des Armées. Pire, celui-ci affirme ne pas avoir été en mesure d’établir un canal direct « ni avec la Manufacture du Haut Rhin, ni avec EDIC, qui ne dispose pas de bureaux en France ». La DGA a pourtant approché le point de contact opérationnel, mais « sans aucun retour à ce jour ». Et ce n’est qu’un élément parmi tant d’autres révélateurs du statu-quo persistant depuis des mois au sein de l’entreprise.

 

En dehors d’un changement de direction et d’une identité visuelle sensiblement renouvelée, l’activité de MHR semble effectivement toujours au point mort. Une situation incompréhensible au vu des objectifs que s’était donné EDIC à l’heure du rachat. Il était alors question d’augmenter la capacité de production de Manurhin, « limitée face aux demandes croissantes du marché dans ce domaine ». Selon le ministère des Armées, le groupe émirati se serait en conséquence engagé à maintenir les capacités industrielles tout en s’assurant « de la modernisation des capacités de recherche et de développement et des méthodes d’industrialisation associées ».

 

EDIC, déjà présent dans le segment des munitions, aspirait par ailleurs à mettre en oeuvre des synergies entre ses activités et « l’expérience, le savoir-faire, les compétences techniques et l’outil de production de la société Manurhin ». Pour relancer la machine, le groupe émirati, dirigé par l’ex-patron de Thales Luc Vigneron, avait alors promis un apport de 10M€ au capital de MHR, dont seule la moitié a été versée à ce jour.

 

L’avenir reste donc incertain pour la centaine d’employés, malgré un carnet de commandes évalué à 100M€ en 2018 et l’octroi de licences d’exportation vers le Pakistan et l’Égypte. Seul signal positif repéré à ce jour: les embauches ont timidement repris, au travers du compte Linkedin de la société. Deux postes seulement sont à pourvoir, ce qui est certainement trop faible pour pouvoir parler d’une véritable embellie. D’après les scénarios les plus optimistes, la production ne devrait pas reprendre avant le début de de l’année prochaine.