Sept pays s’unissent pour développer un drone terrestre européen

Le drone THeMIS de Milrem, choisi par l'Estonie pour illustrer le programme européen MUGS (Crédit: Milrem Robotics)

Le drone THeMIS de Milrem, choisi par l’Estonie pour illustrer le programme européen MUGS (Crédit: Milrem Robotics)

 

Sept pays européens se sont officiellement associés vendredi dernier pour créer un nouveau « système autonome terrestre modulaire » (MUGS), annonce un communiqué publié par l’Estonie. Celle-ci, de même que la France, la Belgique, l’Espagne, la Lettonie, l’Allemagne et la Finlande vont maintenant soumettre ce projet aux arbitrages financiers de l’Union européenne.

 

« Nous sommes parvenus à un accord sur les besoins opérationnels militaires des drones terrestres. C’est le résultat d’un an et demi et de milliers d’heures de négociations. L’ambition n’est pas moins que de développer le F-16 des drones terrestres, » s’est félicité Kusti Salm, directeur général du Centre estonien des investissements de défense.  Cette accord arrive à point nommé, la date limite de soumission du projet étant fixée au 20 septembre en vue de décrocher une subvention de 30,6M€ auprès du Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense (EDIDP). Un financement sur lequel les États participants viendront accoler leurs fonds propres.

 

Véritable programme pilote, l’EDIDP a été doté d’un budget de 243M€ pour l’exercice 2019 afin de subventionner quatre catégories de projets dont l’une, consacrée à la préparation, à la protection au déploiement et au soutien, reprend le programme MUGS. Dans un an, l’EDIDP laissera place au Fonds européen de défense (FED), théoriquement pourvu de 13Md€ pour la période 2021-2027. MUGS fait par ailleurs partie de la deuxième tranche de 17 projets de recherche collaboratifs adoptés en novembre 2018 par le Conseil des affaires étrangères de l’UE et devant être entrepris au titre de la Coopération permanent structurée (CSP, ou PESCO). Quatre* des onze États impliqués à l’origine semblent s’être depuis désolidarisés du projet, sans raison apparente.

 

Les sept pays signataires plancheront sur une plateforme autonome modulaire, ainsi que sur un système C2, des solutions de cyberdéfense et un réseau intégré de senseurs. Ces fonctions initiales viseront à améliorer la reconnaissance de la situation sur le champ de bataille et à optimiser les capacités de manoeuvre et de transport des unités. Outre l’allègement de la charge du soldat, le drone sera en mesure d’intégrer différentes charges utiles, tel qu’un drone aérien filaire. L’effort portera également sur la sécurisation des liaisons de données, qui permettra de planifier des missions complexes en vue de fournir une capacité de navigation autonome ou semi-autonome. L’interface C2 sera quant à lui résilient aux systèmes de guerre électronique, capable de gérer un essaim de drones et interopérable avec les systèmes C4 existants. La présentation d’un premier prototype est attendue pour 2021.

 

Le calendrier se veut donc serré et présuppose la sélection d’une plateforme existante sur laquelle au moins deux industriels non-estoniens et de nationalités différentes viendront greffer certaines des capacités requises. Difficile, à l’aune de cette hypothèse, de ne pas se tourner spontanément vers le drone THeMIS de l’Estonien Milrem Robotics. Démonstrations en France, en Espagne et au Royaume-Uni, EVTO au Mali, vente aux Pays-Bas, etc. le THeMIS est de tous les fronts et devrait logiquement jouer un rôle central dans ce programme. Hormis le vecteur, le groupe estonien dispose aussi de solides attaches industrielles en Finlande et en Lettonie, partenaires de la première heure au sujet de MUGS. La maison-mère, Milrem LCM, appartient en majorité au Finlandais Patria, tandis que la filiale Milrem SIA fournit des services de MCO au profit de l’armée lettonne. Enfin, heureux hasard ou indice grossier, le THeMIS de Milrem est tout simplement rebaptisé…. Modular Unmanned Ground System par la Défense estonienne dans son communiqué. Pour autant, la BITD française conserve une solide marge de manoeuvre. Celle-ci compte dorénavant des entreprises capables de proposer une solution mature, ou à tout le moins des briques technologiques innovantes, à commencer par Shark Robotics et SERA Ingénierie. Leur participation serait d’autant plus appréciée que les règles édictées par la CSP prévoient d’accorder jusqu’à 10% de crédits supplémentaires aux groupements comprenant des PME basées en Europe.

 

*République tchèque, Pologne, Hongrie et Pays-Bas.