Scorpion, cet « instrument de la victoire »

Levant, Sahel et Ukraine, trois théâtres d’opération riches en enseignements pour l’élaboration des doctrines de demain, rappelait le général de division Pascal Facon, commandant du Centre de doctrine de l’enseignement du commandement (CDEC)* de l’armée de Terre, le 25 septembre devant la Commission défense de l’Assemblée nationale.

 

Le général de division Pascal Facon, commandant du CDEC (Crédit: Ministère des Armées)

Le général de division Pascal Facon, commandant du CDEC (Crédit: Ministère des Armées)

 

Retour de la masse, agilité, coopération et influence, force morale et endurance, et conjonction du commandement et de la compréhension du théâtre des opérations… tels sont les principaux Facteurs de supériorité opérationnelle (FSO) issus des RETEX de la BSS, du Levant et d’Ukraine, expliquait le général Facon. Conflit « aux caractéristique dimensionnantes », l’Ukraine a en effet vu le retour des combats approchant la haute intensité. « C’est une bataille de blindés qui justifie la réflexion d’aujourd’hui sur l’après-char Leclerc, le programme Main Ground Combat System (MGCS) », ajoute-t-il. Le FSO « compréhension », quant à lui, est nécessaire pour éviter l’aveuglement, comme l’a démontré un état-major ukrainien n’étant, par exemple, pas parvenu à visualiser son propre dispositif dans le Donbass. D’où l’importance de disposer de systèmes tels que le SICS et le Blue Force Tracking « permettant de savoir où sont les amis, où sont les ennemis et comment manœuvrer ». Mais si la technologie « est la condition sine qua non pour pouvoir rentrer dans la mêlée ou résister au premier choc, (..) in fine, c’est l’homme qui fait la différence, pas seulement parce qu’il est physiquement bien préparé, et collectivement bien entraîné, mais parce qu’il sait qu’il dispose des instruments de la victoire », précise le général Facon. Et selon celui-ci, cet instrument de la victoire se résume en un mot: Scorpion.

 

Mais Scorpion ne saurait se cantonner à la seule partie « visible » de son spectre, à savoir les Griffon, Jaguar, Serval et autre système SICS. À l’image d’une maison, ces briques technologiques ne donneraient rien sans un ciment unificateur, autrement dit une doctrine d’emploi robuste, cohérente, pertinente. C’est ici qu’intervient le CDEC.

 

Bien plus qu'un éventail de hautes technologies, Scorpion est avant tout une doctrine qui permettra de les faire s'interagir

Bien plus qu’un éventail de hautes technologies, Scorpion est avant tout une doctrine qui permettra de les faire s’interagir idéalement

 

Fondateur d’un combat collaboratif rendu possible par l’info-valorisation, le programme Scorpion garantira non seulement une appréciation de situation plus rapide et affinée, mais également « une masse agile autorisant des reconfigurations que le champ de bataille et l’adversaire nous impose » et fournira un outil permettant d’optimiser l’emploi des effecteurs et d’assurer « un usage efficace et contrôlé de la force ». Scorpion permettra aux forces « de comprendre plus vite la situation, plus longtemps, malgré le stress, la fatigue, les pertes et la pression psychologique qui s’exerce ». Le tout sous la direction de « chefs augmentés », profitant d’une meilleure formation opérationnelle et d’une information correcte communiquée « au bon endroit et au bon moment ».

 

La « doctrine Scorpion » est aujourd’hui élaborée au sein du « Laboratoire du combat Scorpion », ou LCS (Non, aucun rapport avec la frégate légère de l’US Navy). Nuls éprouvettes ni microscopes mais des ordinateurs et des systèmes de simulation. Depuis deux ans, le LCS teste une doctrine exploratoire qui sera ensuite appliquée par 28 militaires de la Force d’expertise du combat Scorpion (FECS) de Mailly-le-Camp. Dès 2019, le travail du LCS sera en parti repris par le Commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes (COM E2CIA) de Mourmelon-le-Grand afin de tester sur les terrains de manœuvre ce qui a été simulé par ordinateur. Les résultats permettront d’élaborer une doctrine provisoire à l’échelle du SGTIA avant de passer, en 2021, au groupement tactique proprement dit puis, deux ans plus tard, au niveau de la brigade Scorpion.
*Le CDEC rassemble quatre écoles, trois divisions, deux pôles et une chaire de tactique, tous orientés vers un double objectif : élaborer la doctrine de l’armée de Terre et former les futurs chefs des armées.