Portrait: le général Christine Chaulieu

 

Le général Christine Chaulieu (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Le général Christine Chaulieu (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Christine Chaulieu a été nommée par l’armée de terre le 19 juillet dernier, presque en catimini, au grade de général de brigade, la première femme étoilée d’active dans l’armée de terre depuis 26 ans et la quatrième seulement de l’histoire1 de l’armée de terre.

Hier FOB a pu rencontrer cette femme discrète, sportive et charmante, promue après 34 ans de carrière entre les renseignements et les relations internationales et aujourd’hui chef du bureau activités internationales à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN), un peu gênée que l’on s’intéresse à elle.

Fille de militaire, elle ne se destinait pas du tout à suivre la voie paternelle. Après une maîtrise de langues étrangères appliquées (allemand et anglais) obtenue en Allemagne, sa bougeotte et sa soif d’aventures la mènent aux Bahamas où elle travaille pendant trois ans comme hôtesse de l’air pour Air Bahamas. Mais le manque de perspectives de carrière, « chef de cabine, c’était le plafond », rit-elle, la ramène en France et elle se dit que, finalement, une carrière militaire pourrait lui offrir la mobilité, les perspectives de progression de carrière et le sport qu’elle recherche.

En 1982 l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr et l’École Militaire InterArmes à Coëtquidan sont encore fermées aux femmes, alors elle tente sa chance dans l’école voisine, l‘École militaire du corps technique et administratif.2 Après cette année de formation elle choisit le Groupe de spécialité Etat-major, puis suit une année de formation d’application à l’EAM de Montpellier. Elle gravit les échelons de la hiérarchie, notamment en devenant la première femme attaché de défense quand elle est nommé à ce poste au Danemark en 2005 puis en Autriche en 2013 où elle est non-seulement Attaché de défense mais aussi attaché de défense non-résident pour la Hongrie, la Slovaquie et la Slovénie. C’est sa troisième affectation à l’étranger. Lors de sa première, en Allemagne, fraîchement diplômée de l’EAM, elle y rencontre son mari, militaire français lui aussi. Quelques mois après leur mariage, il est posté à Berlin, mais elle reste comme sous-lieutenant au 20e régiment du train de Baden-Baden. « Il fallait faire 800 km pour se voir », se rappelle-t-elle « et à l’époque de la Guerre Froide il n’était pas aisé de traverser l’Allemagne de l’Est pour aller à Berlin Ouest ».

Comme ses camarades masculins, Chaulieu a gravi les échelons, passé les concours. Promue capitaine en 1990, puis mutée à la Direction du renseignement militaire de Creil de 1993 à 1996, elle est chef de la section « activité » au centre de coordination de l’action renseignement. Mais même 15 ans après le début de sa carrière, elle s’est vu demandé par un camarade au début de ses études au Collège interarmées de défense (devenu l’Ecole de Guerre) en 1997 « si j’avais passé le concours comme lui », s’étonne-t-elle encore.

La principale difficulté de sa carrière a été de concilier sa vie professionnelle et personnelle. Les grand-parents ont été d’un grand secours pour garder sa fille mais elle a quand même eu à payer « des frais de garde très importants ». Comme nombre parmi ses camarades masculins, elle aussi s’est retrouvée célibataire géographique de temps en temps. En dépit de ces quelques difficultés, sa carrière militaire et ses 12 affectations différentes « ont pleinement répondu à mes attentes ».

Si elle a accepté de parler d’elle aujourd’hui c’est pour montrer la voie aux jeunes femmes qui seraient tentées par l’aventure de l’armée de terre mais qui se demandent si les femmes peuvent y trouver leur place.

Les femmes dans l'armée française (Crédit photo: Ministère de la Défense)

Les femmes dans l’armée française (Crédit photo: Ministère de la Défense)

D’après l’OTAN3 la France est le sixième pays avec le taux le plus haut de femmes d’actives dans ses forces armées (15,2%), devancée par la Hongrie (20,2%), la Lettonie (16,2%) la Slovénie (16,1%) la Grèce et les Etats-Unis ex-aeqo (15,5%).

Chiffres: Ministère de la Défense

Chiffres: Ministère de la Défense

Pierre Arnaud, chargé de missions, Direction des ressources humaines du ministère de la Défense explique que : « La représentation des femmes par métier est similaire à ce que l’on observe sur les emplois civils. Les spécialités liées au soutien sont les plus féminisées. En effet le taux de féminisation est de 40% pour la gestion des ressources humaines. A l’inverse en ce qui concerne les spécialités opérationnelles, les femmes ne représentent que 3% des effectifs. Quant au taux de féminisation des unités engagées en opérations extérieures, il est de 8% en 2016, soit 1 500 individus. »

Il ajoute qu’en 2016, « on comptait 30 femmes officiers générales, hors les contrôleuses générales. Cinq femmes seront promues en 2017. L’objectif est d’atteindre 7 % de femmes officiers généraux en 2019 ».

 

Le "kepi" du général Chaulieu qu'il a fallu fabriquer pour elle (crédit photo: Christina Mackenzie)

Le « kepi » du général Chaulieu qu’il a fallu fabriquer pour elle (crédit photo: Christina Mackenzie)

 

 

1 Le général de brigade Andrée Tourne est nommée le 1/12/1988 le même jour que Louise Coppolani (du corps des commissaires qui appartenait à l’époque à l’armée de terre et qui elle a été nommé le 1/08/1991 commissaire général de division). Le géneral de brigade Anne-Marie Meunier est nommée le 1/09/1990.

2 Crée en 1977, l’EMCTA ferme en août 2010 quand elle fusionne avec l’EMSAM (École Militaire Supérieure d’Administration et de Management) à Montpellier pour créer une nouvelle entité : l’EAM (École d’Administration Militaire), elle-même dissoute en juillet 2013.

3 Rapport « NATO Committee on Gender Perspectives » 2015