Pas d’ « aéronefs convertibles » pour les Armées, mais…

Le projet RACER d'Airbus Helicopters, scruté de près par la DGA et les armées (Crédit photo: Airbus Helicopters)

Le projet RACER d’Airbus Helicopters, scruté de près par la DGA et les armées (Crédit photo: Airbus Helicopters)

 

La France « n’entend pas acquérir l’aéronef de transport V280-VALOR ou tout autre appareil de type convertible, » rappelait le ministère des Armées dans une réponse écrite au député LR Franck Marlin publiée le 15 octobre. Pour autant, les armées et la DGA ne restent pas les bras ballants et étudient d’autres pistes liées à « l’apport de la grande vitesse pour les hélicoptères ».

 

Développé par Bell, le V-280 Valor est l’une des plateformes à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) proposées pour le programme Future Vertical Lift de l’US Army. Grâce à ses deux rotors basculants, le prototype a atteint la vitesse de 556 km/h en mars dernier. Un succès d’autant plus retentissant que la BITD européenne est aujourd’hui clairement à la traîne dans ce domaine. « En Europe il n’existe aucune offre industrielle tant sur les hélicoptères lourds que sur les aéronefs à décollage et atterrissage verticaux (…), qui incarnent manifestement le prochain trou capacitaire, » déplore le député Marlin, qui oublie manifestement l’existence du programme AW609 dirigé par l’Italien Leonardo Helicopters.

 

La France, il est vrai, a tourné le dos aux aéronefs VTOL. Elle conserve néanmoins un intérêt pour d’autres types de propulsion, à commencer par celui envisagé par le démonstrateur RACER d’Airbus Helicopters. Développé dans le cadre du projet de recherche civil européen Cleansky II, le RACER présente une motorisation « combinée » conçue sur base d’une voilure tournante classique et de deux hélices latérales fixées sur un modèle d’aile innovant. Un prototype devrait voler en 2020 pour viser, à terme, une vitesse de pointe de 410 km/h. Hormis les applications civiles, le RACER a été offert à l’armée américaine dans la perspective du Future Attack Reconnaissance Aircraft (FARA). Sans succès, le Pentagone ayant d’emblée choisi de privilégier les propositions américaines.

 

La militarisation du RACER n’est pas à l’ordre du jour coté français et l’aérocombat continue officiellement de reposer sur la motorisation conventionnelle du futur trio Tigre Standard 3-Guépard-Caïman Standard 2. Ce dernier sera livré au 4e RFHS à compter de 2025 pour les six premiers appareils. Le Tigre Standard 3 arrivera dans les forces à partir de 2025, suivi un an plus tard des premiers Guépards. En parallèle à ces programmes de renouvellement, des études sont aujourd’hui menées afin de moderniser les systèmes d’autodéfense destinés à équiper « l’ensemble des flottes d’hélicoptères et d’avions de transport tactique » à l’horizon 2030 au travers du programme SAHAT. Selon le ministère des Armées, ces évolutions permettront de compenser l’absence de gain en terme de vitesse par un niveau accru de protection « afin de contrer le développement des systèmes d’armes destinés à l’interdiction de l’espace aérien ».

 

Le déclic devra donc provenir du développement d’une nouvelle plateforme, ce qui pourrait intervenir plus tôt qu’espéré. Dans sa réponse au député Marlin, le ministère des Armées signale en effet que les études préliminaires au lancement du « programme hélicoptère de manoeuvre de nouvelle génération » démarreront en cours de LPM 2019-2025. Celui-ci permettra de pourvoir au remplacement « après 2030 » des Caracal et des Cougar en service au sein des forces françaises. La LPM ne mentionne nulle part un tel projet et l’information disponible s’arrête donc là, réduisant la réflexion à de prudentes suppositions. Le mode de propulsion des trois hélicoptères évoqués plus haut étant fixé depuis longtemps, ne subsiste que le scénario d’une intégration sur une future plateforme issue d’une feuille blanche.

 

Si cette option l’emporte, l’un des prétendants naturels resterait le X6 d’Airbus Helicopters, à condition que celui-ci redécolle un jour. Annoncé en 2015 lors du salon du Bourget, le X6 devait succéder au H225 Super Puma et à sa variante militaire à l’horizon 2025. Ambitieux et risqué, son développement devait théoriquement profiter d’une avance remboursable de 377M€ octroyée par l’Union européenne. Ce prêt ne s’est jamais concrétisé et l’évolution du marché, en particulier la crise du secteur offshore, de même que le manque de maturité des technologies disruptives nécessaires, ont conduit à sa mise au frigo sine die en janvier 2018. Et si la recherche d’un successeur aux Caracal  et Cougar était l’électrochoc nécessaire au réveil de ce projet ? Qu’il s’agisse ou non d’un X6 auquel Airbus accolera la propulsion du RACER, gageons en priorité que l’alignement des planètes s’opèrera durant la prochaine décennie pour que l’aérocombat français ne soit pas pris de vitesse par les menaces émergentes.