On a pu approcher le Jaguar !

Tels des observateurs animaliers qui s’enfonceraient dans la jungle mexicaine, équipés de notre appareil photo et de notre petit carnet, nous nous sommes approchés de la bête endormie, encore inoffensive. Face à ce prédateur, impressionnant de beauté et de férocité, après l’émerveillement nous vint un frisson : ses futures proies risquent de passer un moment difficile.

 

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Musclé et agile, ces deux qualités peuvent suffire à résumer le véhicule Jaguar, nouvelle attraction développée par les Français de Nexter Systems, Renault Trucks Defense (ou Arquus) et Thales, et qui équipera d’ici peu l’Armée de terre conformément aux besoins du programme Scorpion.

 

Présenté à la presse au siège de Nexter Systems, le premier prototype Jaguar devrait être la vedette du salon Eurosatory qui s’ouvrira le 11 juin prochain. Effectivement, le remplaçant des AMX-10RC, ERC-90 Sagaie et VAB Hot, est prévu pour la « Reconnaissance » et le « Combat », il a donc été équipé en conséquence, ce qui attire l’attention.

 

« Par rapport à sa taille, la morsure du jaguar est la plus puissante des grands félins. Chasseur agile, l’animal est capable de transpercer les os de sa victime en un seul coup de croc », c’est ainsi que le magazine National Geographic présente l’animal qui a donné son nom au nouveau véhicule blindé français. Pour l’agilité, la Direction générale de l’armement (DGA) a fait appel à RTD qui fournit le chassis. Pour les muscles, ce sont Thales et Nexter qui y intègrent leurs dernières technologies.

 

Pour mordre, le Jaguar est suffisamment équipé : son armement principal est un tourelleau T40, 40mm donc pour le canon à chargement automatique, et ses diverses munitions téléscopées (explosives, anti-blindage, air burst), capable de tirer en rafale et d’engager des cibles le surplombant, voire le survolant. 65 munitions sont prêtes au tir quand 115 autres attendent sagement leur tour, un stock assez conséquent permis par la faible taille des obus.

 

Dans une situation de combat, il faut imaginer le canon – co-produit par Nexter et BAE Systems sous le nom de CTAS, Cased Telescoped Armament System – percer le blindage des véhicules ennemis avec ses « obus flèche », détruire des murs de béton de 20 cm ou faire exploser ses munitions dans les airs, formant ainsi une volée de projectiles aussi menaçante pour le personnel retranché que pour les véhicules aériens imprudents.

 

Pour griffer, la tourelle est surmontée d’une mitrailleuse 7,62mm téléopérée, ce qui signifie qu’aucun occupant n’a à s’exposer pour faire feu dans un contexte de défense rapprochée (400 munitions sont prêtes au tir).

 

« La force de morsure du jaguar correspond à sept fois son poids. Et pour ne laisser aucune chance à sa victime, le jaguar cible son attaque au niveau du cerveau ou de la colonne vertébrale de sa prise, dans le but de la paralyser »

 

Si le Jaguar venait à engager un char lourd, le tireur fixera la cible avec les missiles moyenne portée (MMP) de type sol-sol 5ème génération. Nouveau bijou de technologie des ingénieurs de MBDA, un MMP peut détruire un char posté à plus de quatre kilomètres, sans être gêné par le relief du paysage.

 

« Sa morsure foudroyante n’est pas le seul atout du jaguar. Le fauve pratique l’affût : la victime repérée, il s’approche tout doucement pour mieux la surprendre, avant de lui fondre dessus » 

 

« Véhicule de reconnaissance au contact », il dispose d’une architecture de char (pilote à l’avant, tourelle au milieu, propulsion arrière) à la différence près qu’on lui préfère les roues aux chenilles, et ce pour des questions évidentes de mobilité. La cavalerie blindée française est habituée aux véhicules à roue et finalement, le dessin du Jaguar n’est pas sans rappeler ceux de l’AMX10 RC et du Sagaie qu’il remplace.

 

Avec 7,8 mètres de longueur par 3,5 de hauteur et 3 de largeur, les 25 tonnes du Jaguar se déplacent à 80-90 km/h grâce à un moteur Volvo de 500 chevaux et 6 roues qui peuvent fonctionner en motricité totale, ou avec des pneus crevés – quelques dizaines de kilomètres grâce à la technologie run-flat. Dans le cas où il se verrait obligé de reculer d’urgence, son système de transmission permet au pilote d’inverser le mouvement lui offrant alors l’efficacité d’une marche avant.

 

Pour approcher la « proie » en toute discrétion, les industriels ont travaillé sur la signature du véhicule, et ses suspensions réglables laissent au pilote la possibilité de l’abriter derrière une tranchée, l’abaissant pour ne laisser dépasser que les systèmes de surveillance, ou l’élevant pour engager l’ennemi. L’observation et le repérage se font par une lunette panoramique stabilisée optique, dite PASEO, un viseur video de jour et de nuit (caméra thermique), une fonction télémètre pour cibler l’ennemi, le tout, dupliqué pour le tireur, ainsi que sept périscopes assurant au chef de char une vision à 360° et deux pour le tireur.

 

Si cela ne suffisait pas, le Jaguar est également équipé du système Antarès de Thales projetant sur les écrans de l’équipage une image de la zone sur 360 °. Il faut y ajouter cinq caméras périphériques intégrées sur les côtés du châssis et à l’arrière. Le pilote dispose lui de trois périscopes ainsi que d’un senseur thermique pour la conduite de nuit (et peut si il le souhaite, conduire la tête à l’extérieur). Sur la tourelle on peut aussi apercevoir le système de détection acoustique Pilar V produit par l’industriel Metravib pour localiser la direction des tirs d’armes ennemies (originellement développé pour détecter et reconnaître les tirs d’armes légères, il devrait évoluer pour reconnaître d’autres types de menaces). Les capteurs installés sur le véhicule servent de détecteur d’Alerte Laser (ce qui signifie le ciblage du Jaguar par l’ennemi) et de détecteur de « Départ Missile ».

 

Pour le reste, le Jaguar fonctionne en kit. Bien que de base, il soit équipé d’une armure STANAG 4569 Niveau 4 qui offre une protection contre le feu des armes légères, les éclats d’obus d’artillerie et les explosions de mine, on peut y intégrer un brouilleur dit « Barrage » pour lutter contre les engins explosifs improvisés ou des grilles de protection contre les RPG. Sur un total de quinze différents kits, on retrouve également un système de treuil ou des capteurs supplémentaires.

 

Sur les champs de bataille futurs, outre son équipement déjà conséquent, il bénéficiera du système dit Diamant qui agira comme une protection active du véhicule en faisant exploser les projectiles ennemis avant qu’ils n’atteignent leur cible. Du point de vue tactique, c’est tout le système de vétronique (Thales), pierre angulaire du combat collaboratif Scorpion, qui l’aidera à se sortir des situations difficiles : dit simplement, par l’échange d’informations en temps réel entre tous les véhicules, via les radios CONTACT et le SICS d’Atos, un premier véhicule menacé pourra transmettre les données aux systèmes des véhicules à proximité, proposant alors aux équipages les ripostes prioritaires. C’est tout un système d’algorithmes développés par la DGA et l’industriel Mars apportant une capacité de calcul de la situation aux futurs Jaguar, Griffon et autres Leclerc modernisés : attention, il y a telle menace, elle se trouve à tel endroit, voici ce que vous pouvez faire…

 

Sur une cible totale de 248 véhicules, l’armée française devrait en recevoir 110 à l’horizon 2025.

 

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