L’industrie allemande dans l’impasse

L’industrie de défense allemande est aujourd’hui coincée « entre deux murs qui se rapprochent. À un moment donné, nous serons pris au piège et, dans dix ans au plus tard, l’industrie de défense allemande sera morte », estime Frank Haun, PDG de Krauss-Maffei Weggman et co-président du géant franco-allemand de la défense KNDS, dans une interview donnée le 5 janvier à l’hebdomadaire d’affaires allemand Wirtschaftswoche.

 

Frank Haun, PDG de KMW et co-président de KNDS (Crédit photo: KMW)

Frank Haun, PDG de KMW et co-président de KNDS
(Crédit photo: KMW)

 

« Scénarios de planification incertains, longs cycles de programmation, une réglementation invraisemblable en Allemagne et une politique d’exportation imprévisible » … rien ne va plus outre-Rhin. Haun estime en effet que les « changements en cours dans les besoins ‘technico-tactiques » ainsi que « l’absurdité d’une réglementation trop lourde des produits de défense » dilatent les calendriers des programmes allemands et en augmentent inutilement les coûts.

 

La réorganisation des processus serait facilitée par un rapprochement avec la France, dont les mécanismes décisionnels en matière d’armement semblent moins complexes, précise Haun. Communaliser ses exigences avec celles de la France permettrait à l’industrie allemande de profiter de leviers économiques, politiques et légaux ayant faits leurs preuves au sein du marché français.

 

La sortie du PDG de KMW est d’autant plus alarmante qu’elle intervient dans un contexte de fortes tensions sociales. Après l’emblématique Porsche, c’était au tour des ouvriers de la métallurgie d’entrer lundi dernier en grève. D’après IG Metal, ils étaient près de 700 000 à débrayer durant une semaine, au risque de contaminer l’environnement de défense allemand.

 

Contrairement à l’Allemagne, il existe en France une position étatique claire au sujet des industries de défense. Les succès engrangés ces dernières années par l’écosystème de défense sont la conséquence directe d’une véritable politique industrielle. Ils sont le résultat d’un arbitrage complexe entre la réponse aux besoins des militaires, les ambitions technologiques portées par la DGA, les contraintes budgétaires et les enjeux industriels, une science du consensus au bénéfice de tous et appelée à perdurer.

 

Ainsi, la Revue stratégique, publiée en octobre 2017, ne dit-elle pas que la BITD française « doit être soutenue et entretenue à tous les niveaux (..) » grâce à « des politiques de long terme en matière de recherche et d’investissement, de coopération, de soutien à l’export, d’acquisition et de protection vis-à-vis d’investissements étrangers ».