L’Europe finance ses premiers projets de recherche militaires

À l’heure où les appels au renforcement de la défense européenne se multiplient, l’Agence européenne de défense (AED) montre à nouveau l’exemple en finançant pour la première fois à hauteur de 1,4 M€ des projets de recherche dans le domaine de la défense. Trois projets ont été sélectionnés parmi 21 présentés par 12 pays au terme d’une sélection rigoureuse entamée le 23 juin 2016. Tous trois sont dotés de budgets pratiquement identiques, chacun avoisinant les 433 000 €. Ce n’est sans doute qu’une goutte dans l’océan des 155 Md€ alloués en 2016 au fonctionnement global de l’Union Européenne, mais cette goutte est « un test important pour [voir] davantage de recherches de défense financées à partir du budget de l’UE dans le futur », a précisé Jorge Domecq, le directeur de l’AED.

 

Jorge Domecq, directeur de l'EDA, et

Jorge Domecq, directeur de l’AED, et Pierre Delsaux, directeur adjoint de la direction générale marché intérieur, industrie, entrepreunariat et PME de l’UE

 

Le premier de ces trois projets, baptisé SPIDER, consiste à prouver la pertinence d’un système innovant pour fournir aux soldats le plan de l’intérieur d’un immeuble en utilisant des capteurs miniaturisés et mobiles disséminés dans le bâtiment.  Le système proposé sera composé d’un sous-système statique à l’extérieur et d’un autre mobile à l’intérieur qui enverront les informations captées par des caméras vidéos et des senseurs de profondeur, entre autres capteurs, à une station qui pourra alors établir ce plan de l’intérieur de l’immeuble. En visualisant ce dernier, les soldats auront une connaissance essentielle leur permettant de se déplacer sans danger. Le système devra être extrêmement robuste pour une utilisation en environnements hostiles.  SPIDER a été confié à un consortium dirigé par le portugais TEKEVER et composé d’IT-Aveiro (Portugal), d’Aralia (Espagne) et de l’Institut Bulgare de Défense.

 

Le projet TRAWA visera quant à lui à développer les standards nécessaires pour la création d’un système de détection et d’évitement performant et abordable pour les drones. TRAWA déterminera également une méthode pour identifier quel type de drone est susceptible d’évoluer dans l’espace aérien avec d’autres catégories d’aéronefs, et vice versa. Ce programme est dirigé par le Centre aérospatial néerlandais, en partenariat avec le Centre aérospatial allemand, l’italien Deep Blue, la société britannique Tony Henley Consulting et EuroUSC (Italie).

 

Quant au programme EuroSWARM, celui-ci tentera de démontrer que des missions militaires typiques peuvent être réalisées par un « essaim » de systèmes robotisés autonomes, en mettant à profit des technologies émergentes. En faisant collaborer des drones aériens, terrestres et navals avec des senseurs et des systèmes de protection statiques et mobiles – et en excluant tout armement – EuroSWARM espère favoriser un usage à plus grande échelle afin de permettre à l’Europe de faire face aux grands défis actuels, telle la surveillance des frontières. Le projet EuroSWARM est dirigé par un consortium composé de l’université de Cranfield (UK), l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) français, l’agence de recherche suédoises FOI et l’université de Patras (Grèce).

 

Entièrement gérés par l’AED au nom de la Commission européenne, ces projets sont d’ores et déjà entrés dans une phase de mise en œuvre qui aboutira en novembre 2017 pour SPIDER et EuroSWARM et en mai 2018 pour TRAWA.

 

En finançant pour la première fois des recherches en matière de défense dans le cadre du Projet Pilote de l’Union Européenne, l’UE concrétise ce qui « était encore pratiquement inconcevable il y a quelques années pour les institutions européennes, les États membres et la communauté de défense. Le Projet Pilote est dorénavant le précurseur d’une nouvelle ère », s’est félicité Pierre Delsaux, directeur adjoint de la direction générale marché intérieur, industrie, entrepreneuriat et PME de l’UE.