L’AID en quête de textes fondateurs

« Ce n’est pas parce que l’innovation est à la mode que l’innovation est une mode », rappelait le directeur de la jeune Agence de l’innovation de défense (AID), Emmanuel Chiva, ce mercredi devant la Commission de la défense nationale du Sénat. Bien au contraire, l’innovation de défense « Made in France » se veut être une lame de fond dont la cohérence et la durabilité reposent sur un pilotage et des leviers agiles et audacieux, bientôt consolidés par l’arrivée de trois documents fondateurs.

 

(Crédit photo: Ministère des Armées/AID)

(Crédit photo: Ministère des Armées/AID)

 

« Il faut oser », « accélérer » et « imaginer », martèle Chiva. Le chemin sera long mais l’AID, forte d’une centaine d’employés – dont 38% de femmes – et d’un budget annuel de 1,2Md€, se donne progressivement les moyens indispensables à l’accomplissement de ce triptyque d’objectifs, à commencer par l’élaboration d’un corpus de textes fondateurs.

 

L’agence planche, premièrement, sur un « plan stratégique » qui donnera les leviers nécessaire pour faire émerger l’innovation et la valoriser. Ce plan sera accompagné d’un « Document d’orientation de l’innovation de défense » (DOID) destiné à structurer l’innovation planifiée et à définir les grandes priorités de l’innovation ouverte en cristallisant les grands objectifs stratégiques qui permettront de traduire la politique globale de soutien à l’innovation. Il traitera notamment de la préparation des grands programmes structurant ayant dernièrement défrayé la chronique, à savoir le SCAF, le PANG, le MGCS. Ce DOID fixera en outre les efforts dans les grands domaines innovants, que sont l’intelligence artificielle, la robotique, le cyber et le renseignement. Enfin, une instruction ministérielle de l’innovation de défense définira les processus et la gouvernance de l’innovation au sein du ministère des Armées avec un accent particulier mis sur l’innovation ouverte. De nombreux modes d’actions sont encore en cours d’élaboration en vue d’une présentation en avril à la ministre des Armées, Florence Parly, précise Chiva.

 

Bien qu’ardemment attendus, ces documents n’étaient pour autant pas au coeur de la présentation offerte aux sénateurs par le directeur de l’AID. En revanche, celui-ci s’est attardé sur la gouvernance de l’agence, dont certaines composantes se sont récemment étoffées, ou sont appelées à le faire dans un futur proche. C’est tout d’abord le cas du pôle « Innovation ouverte » qui, tout en s’appuyant sur des mécanismes anciens (RAPID, Astrid, etc), fait la part belle à l’innovation participative avec une nouvelle cellule dédiée. Celle-ci sera prochainement renforcée par la mise en place de référents innovation au sein des forces et des laboratoires « qui vont contribuer à faire émerger et à accompagner les projets », annonce Chiva. L’AID prévoit en outre la mise en place d’une véritable politique d’entrepreunariat au sein du ministère des Armées « afin d’encourager les initiatives » en coopération avec tous les acteurs clé, que sont la DGA, le SGA, et les Armées. Si elle n’en est aujourd’hui qu’au stade préliminaire, cette politique permettra à terme, selon Chiva, de mieux prendre en compte « les spécificités qui sont liées au statut militaire ».

 

Une fois l’innovation créée, mûrie et apte à l’industrialisation, reste à la vendre. Étape des plus critiques, l’achat d’une innovation par l’utilisateur « reste un frein à l’innovation, c’est potentiellement un facteur de frustration pour les innovateurs ». Le service des achats de la DGA a en conséquence créé début 2019 une cellule « acquisition innovation » dédiée à l’AID et hébergée en son sein, et qui passera et exécutera les marchés « pour des projets d’accélération de l’innovation portés en propre par l’agence et en particulier pour les besoins de réactivité et de flexibilité du pôle ‘innovation ouverte’ ». De même, cette cellule devra s’interroger sur l’adaptation des dispositifs et des vecteurs contractuels existants afin qu’ils répondent mieux aux contraintes présentes et futures vécues par les innovateurs.

 

« L’objectif est complexe », admet Chiva, car « il signifie de passer d’une culture du zéro risque à une culture de la maîtrise du risque, puisque le risque fait partie inhérente de l’innovation ». À l’instar de la DARPA américaine, l’AID doit dès maintenant s’attacher à transformer la crainte de l’échec en son encouragement, procédé idéal pour motiver les inventeurs potentiellement frileux à sortir du bois. Car si l’intelligence et, parfois, la chance, permettent d’allumer la flamme de l’innovation, seule la persévérance est susceptible de l’entretenir.