La LPM vue par les PME : « bien, mais peut mieux faire »

La prochaine LPM doit impérativement être ajustée pour offrir plus de visibilité aux start-up et PME de défense sous peine de rester à la traîne, voire de disparaître, s’inquiétait Thierry Gaiffe, président de la Commission défense du Comité Richelieu et PDG du groupe Elno, le 28 février en Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale.

 

Thierry Gaiffe, président de la Commission défense du Comité Richelieu et PDG d'Elno (Crédit photo: Comité Richelieu)

Thierry Gaiffe, président de la Commission défense du Comité Richelieu et PDG d’Elno (Crédit photo: Comité Richelieu)

 

Le Comité Richelieu, l’une des rares structures françaises « légitime pour parler des PME et ETI », représente un bon quart des 300 PME jugées stratégiques par la DGA, explique Gaiffe. Très innovantes, ces sociétés investissent en moyenne 15% de leur chiffre d’affaires dans la R&D, explique Gaiffe, qui ne cache pas son plaisir de « voir que la LPM parle beaucoup d’innovation ». Après avoir longuement interrogé ses membres sur le sujet, le Comité Richelieu tire néanmoins la sonnette d’alarme : trois axes d’amélioration doivent dés maintenant être pris en compte pour que la LPM profite concrètement à l’écosystème de PME, ETI et start-up, maillon essentiel de la BITD française.

 

Certes, la valorisation de l’innovation dans la LPM s’accompagne de chiffres, « et c’est très très bien », relève Gaiffe. De 730M€ actuellement, le financement de la R&D devrait passer à 1Md€, complétant « éventuellement » des leviers industriels tels que RAPID, créé en 2007 au profit des PME. Mais attention au fléchage, déclare-t-il, car il devient urgent de renforcer RAPID et de l’étendre aux ETI. Aujourd’hui, 650M€ sont en effet consacrés aux plans d’études amonts (PEA), donc profitent essentiellement aux grands groupes… quand RAPID n’est doté « que » de 50M€. Hors, le financement de la R&D des PME et start-up « ne se fait qu’au travers des RAPID ». Si la recherche atteint effectivement le milliard, « ce que nous aimerions c’est que l’’éventuellement’ devienne un ‘particulièrement’, et que ça se fasse à la juste proportion », ajoute Gaiffe, qui propose donc que RAPID passe à 110M€.

 

Richelieu rassemble également quelques dizaines d’ETI « très innovantes », mais pourtant « trop petites pour être sélectionnées dans les PEA et trop grandes pour profiter de RAPID », déplore Gaiffe. Il y a donc « un trou dans le dispositif » qu’il convient de combler rapidement en étendant des critères « très sélectifs par nature » aux structures intermédiaires.

 

Grand absent du projet de LPM, le pacte Défense PME, est le second point de vigilance défini par le Comité Richelieu. Lancé en 2013 par Jean-Yves Le Drian pour soutenir les PME en pleine époque de contraction budgétaire, ce dispositif est aujourd’hui « autoporteur des symptômes et améliorations que l’on peut apporter à la relation entre grands groupes et PME de défense », déclare Gaiffe. Ce pacte étant dépourvu de tout levier financier, il ne s’agit pas d’un blocage budgétaire mais bien d’un souci d’acculturation. Ce pacte présente une quarantaine de mesures, dont certaines invitant les grands groupes à respecter les règles en matière de délais de paiement et de propriété intellectuelle. Or, Le Drian étant parti, « on a vu certains comportements à la marge qui montrent que, très vite, on peut revenir en arrière », constate Gaiffe, qui invite la LPM à « rappeler aux grands groupes qu’ils doivent garder en tête que l’argent que l’Etat leur donne (…) doit également être distribué dans l’ensemble de la supply chain ». Si Florence Parly a d’ores et déjà décidé de maintenir et de développer ledit pacte, le Comité Richelieu demande que celui-ci « soit cité et sanctuarisé » dans le rapport annexe de la LPM.

 

Troisième axe, et non des moindres : il faut raccourcir les processus d’adoption d’innovations au sein des forces armées, demande Gaiffe. Depuis 1996, la DGA est organisée de manière programmatique, lançant des processus parfois étalés sur des décennies. « Si nous voulons de l’innovation, ça ne va pas le faire », tance-t-il, car « dans 20 ans, la technologie qui va apparaître sera déjà obsolète depuis 17 ans ».

 

Le calendrier de la LPM doit dés lors être « raccourci » pour mieux correspondre à la visibilité limitée des PME. Ce grand écart de six ans à six mois est « un trou béant, un frein à la construction industrielle de nos sociétés », déplore Nicolas Corouge, vice-président du Comité Richelieu et PDG de Connectiv-IT. Une marge supérieure à six mois permet en effet aux PME de s’industrialiser, d’embaucher et de former. « Tant que cette visibilité, en dégradation actuellement, ne s’allonge pas, la commande restera le seul moteur de développement des PME »,

 

La structure des programmes d’armement n’étant plus adaptée à au « temps de l’innovation », il faut « inventer une structure différente », avance Gaiffe. Qui suggère également de miser l’étape de l’appel d’offres sur un proof of concept au lieu d’attendre l’émergence d’une innovation, lorsqu’ « il est déjà trop tard ». À ce titre, l’accélération du programme Scorpion est une bonne nouvelle pour les entreprises concernées, mais il faut néanmoins s’assurer que celles-ci « sont capables de suivre ». Ce sera le cas « si vous nous donnez de la visibilité. Si pas, on sera toujours à la traîne », prédit Corouge.