La colère des militaires belges

Les militaires belges ne sont pas contents suite à la décision surprise du gouvernement belge d’augmenter progressivement l’âge de leur retraite de 56 à 63 ans. Les images que nous avons vues la semaine dernière à la télévision montrant entre 8 000 et 10 000 militaires en confrontation avec la police, avant de leur serrer la main à la fin de la manifestation, nous ont interpellé.

 

(Crédit photo) CGSP-Défense

(Crédit photo: CGSP-Défense)

Nous avons aussi appris que les militaires belges sont syndiqués, idée très saugrenue pour les forces armées françaises même si les Belges ne sont pas les seuls. D’après Euromil, l’organisation européenne des associations militaires qui siège à Bruxelles, les militaires de presque tous les pays européens (sauf l’Italie, l’Estonie, la Lettonie et la Roumanie) ont le droit de former des associations, mais seuls quelques pays tolèrent que leurs militaires soient syndiqués. Parmi ceux-ci, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l’Hongrie, Malte, les Pays-Bas, la Serbie et la Suède.

En France les militaires ont gagné le droit de former des associations professionnels en juillet 2015 dans le cadre de la loi de programmation 2014-19 suite à deux jugements rendus en octobre 2014 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme: Matelly c. France et ADEFDROMIL c. France.

Nous avons donc voulu savoir pourquoi les militaires belges étaient en colère et comme ils sont syndiqués, rien de mieux que de poser la question à un syndicaliste, Patrick Descy, secrétaire permanent CGSP-Défense.

Ce dernier nous explique que jusqu’à présent « lorsqu’un militaire belge s’engageait à la Défense, il était nommé de carrière et mis d’office à la retraite à l’âge de 56 ans. Il pouvait alors prétendre à une pension complète (75% du salaire calculé sur les 5 dernières années de service) s’il comptait 37,5 ans de service. Aujourd’hui, non seulement, la pension sera plus faible, car calculée sur les 10 dernières années, mais l’âge de la retraite serait de 63 ans ET 42 années de service » d’ici 2030.

Et il précise que « l’emploi du conditionnel s’impose, car dans l’urgence d’un conclave budgétaire, aucune négociation n’a eu lieu au préalable avec les syndicats du personnel militaire et nous n’avons pas le moindre texte pour nous éclairer. Le ministre de la Défense lui-même est incapable de répondre aux questions parlementaires ».

C’est la brutalité de la mesure qui a provoqué une colère généralisée, car durant toute sa carrière on expliquait au militaire belge que s’il n’était pas très bien rémunéré, « sa pension serait un salaire différé, attractif et plus précoce que les autres », nous dit Descy. Il rajoute qu’en « changeant les règles du jeu à deux minutes de la fin du match, cette décision aveugle est pénible pour les militaires en fin de carrière, mais elle est aussi dramatique pour la mise en œuvre du plan stratégique 2016-2030 adopté cet été. Celui-ci visait à rajeunir la pyramide des âges et de réduire les effectifs de 30 000 à 25 000 hommes ». Et il peste qu’en gardant des militaires à 100% du salaire à la place de 75% pour la retraite, le recrutement des jeunes sera bloqué.

Les militaires belges et leurs proches manifestent dans les rues de Bruxelles contre l'augmentation de l'âge de la retraite (Crédit photo: CGSP Défense)

(Crédit photo: CGSP Défense)

Les militaires autorisés à manifester uniquement pendant leurs congés, ils l’ont fait un jour férié. Le 15 novembre est célébrée la Fête du Roi en Belgique. Par contre, tous comme les autres militaires européens, ils ne disposent pas du droit de grève.

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput, a rencontré les quatre syndicats représentant les militaires. Il a souligné dans un communiqué qu’il ferait tout ce qu’il peut «  pour donner au département et à ses collaborateurs l’avenir qu’ils méritent  », tout en ajoutant qu’il ne souhaitait «  pas faire des promesses qu’il n’est pas à même de réaliser  ».

Vandeput a en outre qualifié la présence de 8 000 militaires dans les rues de « signal très important  » et précisé qu’il demanderait «  à son collègue des Pensions, Daniel Bacquelaine, d’entamer cette année encore le dialogue social et de garder à l’esprit la spécificité de la profession militaire  ».