Inquiétudes sur la filière munitions française

La Commission de la défense nationale et des forces armées du parlement français s’est penchée le 16 décembre 2015 sur la filière munitions, consommables au cœur de toutes les opérations, car un Rafale, un blindé Leclerc où une frégate sans munitions sont des plateformes qui peuvent, certes, remplir leurs missions mais ne peuvent ni attaquer, ni se défendre.

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Des cartouches de 5,56mm

Les rapporteurs ont cité un certain nombre de préoccupations telles que les délais de livraison, le maintien en fonction des chaînes de production et leur éventuelle réactivation après un arrêt, et la pérennité de l’approvisionnement de l’industrie en matières premières.

Mais, ont-ils ajouté, « une inquiétude majeure est l’absence de moyen industriel de production de munitions de petit calibre en France », conséquence directe, d’après eux, de la disparition de la capacité de production d’armes de calibre 5,56 mm qui a cessé en 1999, « essentiellement pour des raisons financières ». Ils ont souligné que « le couple arme/munition doit rester au centre des analyses lors de la prise de décision ».

Les rapporteurs expliquent que ce manque de moyens de production de munitions de petit calibre en France est dû en premier lieu au fait qu’aucun acteur industriel ne se soit saisi de ce segment, et ensuite parce que le marché mondial étant abondant et proposant des prix très compétitifs, les approvisionnements seraient garantis quoi qu’il arrive. « C’est sur ce point que porte notre désaccord », écrivent-ils, arguant que dans un contexte international « aussi mouvant et aussi incertain qu’aujourd’hui », on ne peut se reposer sur un approvisionnement venant exclusivement de l’étranger « alors que nous sommes dans une situation de totale dépendance ». Et d’expliquer que : « La majorité des pays européens ont conservé, voire créé de toute pièce leur industrie de munitions de petit calibre et exporte, notamment vers la France. Nous estimons qu’il va de notre souveraineté de disposer de cette capacité de production ».

Suite à des discussions entretenues avec « un acteur industriel important de ce domaine », les députés ont révélé qu’il faudrait investir 100 millions d’euros et que la rentabilité serait assurée à partir d’une production de 60 millions d’unités par an sous réserve de commandes garanties pendant les cinq premières années. « Nous estimons que ces montants, somme toute modestes au regard du budget de la Défense, méritent qu’on s’y arrête et nous souhaitons que cette option soit étudiée très sérieusement, en coopération avec nos industriels, étant entendu que la consommation annuelle moyenne cumulée en munitions de petit calibre des trois armées et de la gendarmerie est bien supérieure à 60 millions de cartouches », ont-ils écrit.

Rappelons que l’un des grands champions mondiaux de fabrication de machines-outils destinées à la production de munitions de petit calibre  notamment le calibre 5,56 mm  est français : il s’agit de la société Manurhin.

Mais le rapport concède que cette production nationale de petit calibre « serait probablement un peu plus chère que les prix mondiaux », et qu’il est donc « particulièrement important de donner à l’industrie une certaine visibilité sur le marché, au moyen de contrats-cadre ». Et de prévenir que « sans une garantie de commande pour cinq ans, les industriels n’investiront pas ».