Focus sur le GAMSTAT, laboratoire français de l’aérocombat

NH90 Forces Spéciales, Tigre Standard 3, MCO, intégration dans la bulle Scorpion et, bientôt, développement du HIL Guépard: les ingénieurs, techniciens et pilotes du Groupement Aéromobilité de la STAT (GAMSTAT) sont au coeur des grands programmes de renouvellement de l’ALAT. Rapide coup de projecteur sur les développements en cours et à venir au sein de ce laboratoire français de l’aérocombat.

 

L'une des Gazelle opérées par le GAMSTAT (Crédit photo: GAMSTAT)

L’une des sept Gazelle opérées par le GAMSTAT (Crédit photo: GAMSTAT)

 

FOB: Pourriez-vous préciser en quelques chiffres la structure et les missions du GAMSTAT tels qu’ils se présentent en 2019 ?

 

GAMSTAT: Le groupement AERO de la STAT (GAMSTAT) est situé sur la base Général CANNET (accolée à l’aéroport de Valence-Chabeuil). Il est composé de 180 personnes, dont 1⁄4 de civils de la Défense, et d’une dizaine d’hélicoptères de tout type (GAZELLE, TIGRE, COUGAR, PUMA, CAÏMAN). Son personnel est hautement qualifié (diplômés d’école d’ingénieur et/ou essais en vol) et très expérimenté afin de participer aux développements et conduire les expérimentations des matériels aériens de l’armée de Terre. Véritable interface technico-opérationnelle entre la DGA et les industriels, le GAMSTAT a également la responsabilité de la rédaction des documents techniques d’emploi et la formation des premiers utilisateurs. Enfin, la participation du GAMSTAT à des activités de soutien aux exportations des matériels français est également courante.

 

FOB: Entre l’évolution du NH90, l’arrivé du Tigre au Standard 3 et les essais d’interopérabilité NUMALAT*, le programme du GAMSTAT est particulièrement dense, qu’en sera-t-il pour l’année à venir, et avec quelle(s) priorité(s) ?

 

GAMSTAT: Effectivement, le GAMSTAT fait face à un plan de charge qui ne désemplit jamais. La priorité actuelle est de fournir à l’armée de Terre des hélicoptères qui s’intègreront dans la bulle SCORPION. La livraison d’équipements composant la NUMALAT (kit PC* pour HMA*, MPME*, NUMESIM*, SITALAT*) interopérables ensemble et avec le SICS* occupe donc les équipes actuellement tant pour la partie logicielle et transmission de données que pour l’intégration des systèmes dans les hélicoptères. À la fin de l’année 2019, les expérimentations en vol seront achevées, toutes les flottes seront numérisées et les derniers chantiers de modification seront lancés.

 

En parallèle, les équipes de marque TIGRE et CAÏMAN travaillent conjointement avec la DGA et les industriels (NHI et AH*) pour le développement des versions futures de ces deux aéronefs. L’embryon d’équipe de marque HIL* travaille également à la définition de cette version militaire du H160.

 

Au-delà de ces grands programmes, le GAMSTAT œuvre au quotidien :

  • Pour améliorer l’emploi des équipements livrés en conseillant les utilisateurs,
  • Pour améliorer la sécurité des vols en alertant sur les risques ou en participant aux enquêtes sur les accidents,
  • Pour produire ou intégrer des prototypes d’équipements spécifiques (pointeurs lasers, treuils de soute, supports d’armement, kit d’évacuation médical, etc.).

FOB: La question du MCO des plateformes de l’ALAT est au cœur des préoccupations du Ministère des Armées. Le GAMSTAT est-il à son tour inclus dans les développements en cours et, si oui, quelles sont les pistes explorées, notamment en matière de maintenance prédictive ? De même, les conditions particulièrement difficiles vécues par les matériels en OPEX ont-elles engendré une réflexion de la part du GAMSTAT afin d’améliorer à court terme la maintenance dans ces environnements spécifiques ?

 

GAMSTAT: La maintenance prédictive fait partie des sujets suivis au titre de la veille technologique. Tout l’enjeu est d’être sûr que les données recueillies et analysées ne produiront pas plus d’actes de maintenance qu’à l’heure actuelle. Nos hélicoptères de nouvelle génération TIGRE et CAÏMAN en sont déjà dotés (EPC* notamment). Le déploiement de ces technologies est tout particulièrement suivi dans le cadre du HIL. Les théâtres d’opérations extérieurs actuels sont effectivement très corrosifs. Le CARACAL a déjà fait l’objet de modifications structurelles et moteurs pour améliorer la durée de vie de ses turbines. Pour le reste des flottes, il n’y a pas d’études spécifiques.

 

FOB: Le NH90 Caïman est une plateforme en constante mutation. Quels sont les grands chantiers prévus pour cette année et, surtout, quels sont les jalons établis concernant la version Forces Spéciales (FS), très attendue des opérateurs ?

 

GAMSTAT: La version FS du CAÏMAN s’appelle désormais NH 90 TFRA Standard 2 (TFRA = version Terre française). Cette appellation contribue à appuyer sur le fait que cette évolution, même si elle équipera les FS en premier et même si elle a été pilotée par l’adaptation du porteur aux missions FS, n’a pas vocation à demeurer captive de ce domaine.

 

Au contraire, les FS joueront leur rôle de précurseur opérationnel et le standard 2 du CAÏMAN a bien vocation à essaimer vers l’ensemble de la flotte à plus ou moins long terme (au plus tard lors de la rénovation mi-vie planifiée à l’horizon 2032-35).

 

Les principaux jalons de cette évolution sont :

  • Le projet a été validé dans le cadre des travaux de la LPM 2019-2025.
  • La réalisation d’une étude de développement (MIRANDA) a été notifiée en septembre 2018 et est encours d’exécution. Le but est l’évaluation et la montée en maturité d’un système de pilotage par caméra grand champ Eurofl’Eye dont le PUMA de DGA EV est le banc d’essai. Par ailleurs, un travail des équipages opérationnels (GAMSTAT, 1er RHC et 4e RHFS) sur la simulation de l’IHM* doit permettre d’obtenir le système le plus ergonomique possible dès sa livraison.
  • La phase d’essais en vol et de qualification débutera à partir de 2023.
  • Les livraisons au 4e RHFS auront lieu en 2025 (6 appareils) et 2026 (4 appareils).

FOB: Toujours concernant la version FS du NH90, vous avez récemment évalué une première brique technologique: le système Eurofl’Eye de Safran (MIRANDA). Quels sont les premiers retours et quels sont les autres systèmes dont l’évaluation est attendue au travers de ce programme ? 

 

GAMSTAT: Les premiers retours du programme MIRANDA sont excellents. Le système Eurofl’Eye est particulièrement prometteur et sa montée en maturité est fluide et satisfaisante. Un démonstrateur fidèle à la réalité a été déployé sur le stand MINARM au Salon du BOURGET.

 

Le triptyque « caméras grand champ – casque TopOwl – FLIR de mission » est considéré par l’ensemble des acteurs qui l’ont approché comme le prochain « Game Changer » tactique en termes d’aérocombat.

 

Les autres adaptations attendues sur le NH 90 Standard 2 ne sont pas couvertes par le programme MIRANDA mais feront l’objet d’arbitrages techniques dédiés et de développements particuliers. Il s’agit de sujets également importants mais techniquement moins complexes :

    • Adaptation de la soute aux missions FS, en particulier pour disposer en simultané des capacités de mises à terre, ou d’extractions (y compris par aérocordage), et d’emploi des armements petits calibre d’autoprotection (MAG 58). L’essentiel de ces évolutions repose sur l’amélioration de l’utilisation de l’issue axiale (tranche arrière).
    • Amélioration de la connectivité au travers de l’intégration d’un système d’informations tactique et de systèmes de communication spécifiques aux FS.

FOB:  Enfin, le développement de la version FS est l’objet d’une coopération internationale entre certains membres du pool NH90. Comment s’organise ce dialogue et quels sont les apports spécifiques du GAMSTAT à cette réflexion commune ?

 

GAMSTAT: La règle d’or de ce projet, y compris en termes de coopération, est la souplesse. Ce dossier avance en s’appuyant sur des coopérations renforcées entre les membres de la communauté NH 90 qui le souhaitent. La France est clairement leader de cette petite communauté mais un consensus général sur les choix et arbitrages a été trouvé entre les premières nations intéressées (Australie / Belgique / Finlande) par ce projet ambitieux. D’autres nations ont manifesté leur intérêt mais n’ont pas encore rejoint le projet.

 

FOB: Lancée en 2018, la rénovation à mi-vie du Tigre (Standard 3) devrait aboutir à un premier vol à l’horizon 2023. Qu’a déjà réalisé le GAMSTAT à ce sujet et quel sera le travail à venir dans les prochains mois ?

 

GAMSTAT: Le GAMSTAT a défini le besoin opérationnel du Tigre standard 3. Il a participé à des groupes de travail avec les industries concernées afin de leur expliquer ce besoin. Il contribue actuellement directement à la définition de l’architecture, à l’orientation des études de ses nouveaux équipements et aux choix d’interface homme-machine au cours d’études de levée de risque. À l’avenir, il suivra la bonne conduite du développement puis conduira l’évaluation technico-opérationnelle sur le premier de série afin de le faire déclarer apte à l’engagement opérationnel par le CEMAT. Tout au long de ce processus, le GAMSTAT contrôle que les travaux conduits permettent d’honorer le besoin opérationnel formulé.

 

FOB: Reste le remplacement, entre autres, des Gazelle par le futur Hélicoptère Interarmées Léger. Si les commandes ne sont attendues que pour 2022, le GAMSTAT est-il d’ores et déjà intégré dans la boucle décisionnelle ? Avez-vous déjà entamé les réflexions conduisant à adapter le futur HIL aux spécificités et requêtes de l’ALAT ?

 

GAMSTAT: Le programme HIL, visant à équiper les trois armées avec une version militarisée du H160 d’Airbus, baptisé Guépard, est en pleine phase de conception. Cette dernière vise l’adéquation des besoins militaires avec les capacités de la plateforme tout en garantissant une « communalité » la plus étendue possible entre les appareils des trois armées.

 

Le GAMSTAT est bien évidemment au cœur de ce processus, il capte le besoin des opérationnels, le confronte aux spécificités du porteur et dessine avec les industriels et la DGA les solutions techniques adéquates. En parallèle, une attention particulière est portée sur les aspects maintenances en alliant étroitement les spécialistes des armées au processus afin de définir le plan de maintenance de l’aéronef. Enfin, le GAMSTAT est au cœur des décisions visant à bâtir une « capacité opérationnelle » autour de ce nouvel aéronef. Il assure ainsi la cohérence des aspects formation (pilote et maintenanciers), maintien en condition opérationnelle, infrastructure et doctrine.

 

Cette phase de conception devrait se conclure aux alentours de 2022 pour entamer alors une phase de réalisation proprement dite qui pourrait se matérialiser par les premières commandes à cet horizon.

 

 

 

*Dans l’ordre d’apparition: Numérisation de l’ALAT / Poste de commandement / Hélicoptère de manoeuvre et d’assaut / Module de préparation des équipages / Numérisation simplifiée qui va équiper les Puma, Tigre et les Caïman (Caracal à l’étude) / Système d’information terminal de l’ALAT qui équipe les Gazelle Viviane et les Cougar / Système d’information du combat Scorpion / NATO helicopters industrie AIRBUS helicopters / Hélicoptère interarmées léger / Engine power check : vérification de la puissance moteur / Interface homme machine