Et si la France devenait n°2 de l’OTAN en Europe? (Mis à jour)

Des inexactitudes, en particulier concernant l’organisation du comité militaire de l’OTAN, s’étant malencontreusement glissées dans l’article que nous avions publié le 11 janvier dernier, nous vous proposons aujourd’hui cette mis à jour qui les corrige grâce aux informations essentielles que nous avons récoltées auprès d’une source haut placée au sein de l’Alliance. 

 

Voici une conséquence plutôt inattendue du Brexit : le Royaume-Uni pourrait perdre sa place traditionnelle de n°2 au sein du Commandement allié Opérations (ACO) de l’OTAN au profit d’un autre pays européen. C’est en tout cas ce que laisse suggérer un rapport du think thank britannique « Royal United Services Institute » (RUSI), qui révèle l’existence d’une discussion « sur la possibilité que le siège de Commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe (DSACEUR), que le Royaume-Uni détient depuis 1951, puisse être transféré à un pays de l’OTAN restant membre de l’Union européenne ».

 

Le général britannique Sir Adrian Bradshaw, actuel DSACEUR de l'OTAN (Crédit photo:  SHAPE Public Affairs Office)

Le général britannique Sir Adrian Bradshaw, actuel DSACEUR de l’OTAN (Crédit photo: SHAPE Public Affairs Office)

 

Selon le Times, la France pourrait être la grande bénéficiaire d’un tel scénario et aurait par ailleurs déjà commencé à exploiter cette probabilité en envoyant une « délégation officieuse à Washington afin de convaincre les officiels américains que les Forces armées françaises étaient mieux placées que leurs homologues britanniques pour être un allié privilégié des USA en Europe après le Brexit ». Ces informations, abondamment relayées dans la presse britannique, sont cependant pour le moins biaisées.

 

Petit rappel. La structure de commandement militaire de l’Alliance est chapeautée par le Comité militaire, composé des chefs d’état-major de la défense des 28 pays membres et présidé par le général Tchèque Petr Pavel. Le second échelon est constitué de l’ACO, dirigé depuis 1951 par un Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) américain, et du Commandement allié Transformation (ACT), supervisé depuis 2009 par…un général français. Responsable notamment de la réflexion stratégique et du développement des capacités, l’ACT est dirigé depuis le 30 septembre 2015 par le général d’armée aérienne Denis Mercier. Stricto sensu, la France est donc déjà non seulement « n°2 de l’OTAN », mais occupe également un rang supérieur à celui du DSACEUR, le général Adrian Bradshaw.

 

Qu’il soit avéré ou non, le scénario dévoilé par la presse britannique a au moins le mérite de braquer les projecteurs sur un problème bien réel. Un éventuel retrait britannique menacerait en effet l’équilibre structurel actuel et empêcherait le maintien des deux seules puissances nucléaires européennes au plus haut niveau décisionnel de l’Alliance. À contrario, le maintien d’un officier britannique à ce poste compromettrait en outre le rôle central du DSACEUR, à savoir la conduite de certaines missions militaires de l’Union européenne organisées dans le cadre des arrangements « Berlin + ». Ces derniers permettent en effet à la Force de l’Union Européenne (EUFOR) de tirer parti de l’expérience de l’OTAN en matière de planification ainsi que des moyens matériels et autres capacités de l’Alliance, à l’image de l’opération EUFOR Althea en Bosnie à laquelle la France participe.

 

Adoptés en 1999, « ces accords pourraient néanmoins être aisément modifiés pour permettre au Royaume-Uni de garder son poste », explique notre source au sein de l’OTAN. L’Alliance pourrait également choisir de revenir à la situation qui prévalait avant 1994 en rétablissant un second poste de DSACEUR autrefois dévolu à un général allemand. Voire, ajoute le RUSI, permettre au Royaume-Uni d’accéder au poste de SACEUR.

 

Dès lors, feu de paille ou crise structurelle en devenir ? Qu’importe la réponse, quand le seul fait de poser la question implique déjà une certitude : le Brexit aura nécessairement des répercussions sur le rôle et l’influence du Royaume-Uni au sein de l’OTAN.