Démissions en cascade aux Pays-Bas

Coup de tonnerre aux Pays-Bas, où la ministre de la Défense Jeanine Hennis-Plasschaert et le chef de la défense, le général Tom Middendorp ont remis hier leur démission suite à la diffusion le 28 septembre d’un rapport par le Conseil néerlandais de sécurité (OVV*) pointant certaines erreurs fatales commises lors de la mission MINUSMA à Kidal, au Mali.

 

La ministre Jeanine Hennis-Plaschaaer et le général Tom Middendorp, victimes collatérales de l'accident du 6 juillet 2016 (Crédit photo: ANP)

La ministre Jeanine Hennis-Plasschaert et le général Tom Middendorp, victimes collatérales de l’accident du 6 juillet 2016 (Crédit photo: ANP)

 

Petit retour en arrière. Le 6 juillet 2016, l’explosion accidentelle d’un obus de mortier de 60 mm tuait deux soldats et en blessait gravement un troisième lors d’un entraînement. S’il rappelle que « les missions militaires comportent toujours des risques », les 107 pages du rapport de l’OVV estime néanmoins que le commandement néerlandais a volontairement négligé la sécurité et le suivi médical de ses soldats en raison d’un besoin opérationnel urgent.

 

« Je reconnais que, par moments, l’action et l’inaction ont constitué le contexte des évènements tragiques par lesquels deux de nos militaires ont été tués et un troisième gravement blessé. C’est intolérable« , a-t-elle déclaré le 3 octobre dans un communiqué officiel. « Je demanderai donc à Sa Majesté le Roi d’accepter ma démission avec effet immédiat« .

 

L’obus en question, acheté en urgence en 2006 et à travers le programme de « Foreign Military Sales » du département d’État américain, présentait en effet de nombreuses faiblesses. Les militaires néerlandais, pensant disposer de munitions utilisées et certifiées par l’armée américaine, ont volontairement omis les contrôles de qualité et de sécurité. Sauf que ce type de munition n’était jamais entré en service au sein des forces armées américaines, qui ne disposaient donc pas des spécifications techniques nécessaires, révèle le rapport.

 

Selon l’OVV, les obus, produits par le bulgare Arsenal JSCo sur base de plans datant de l’ère soviétique, présentaient une fragilité constitutive ayant pu laisser l’humidité pénétrer au cœur de la charge explosive HE80. Combiné à une chaleur élevée, cela a contribué à l’instabilité des explosifs et des systèmes de détonation, devenus particulièrement sensibles aux chocs. Lors du lancement de l’obus par l’équipe d’artilleurs, le choc occasionné a déclenché la charge d’allumage, dégradant automatiquement la charge principale. Celle-ci s’est accidentellement déclenchée, entraînant la destruction du mortier type Commando fabriqué par Hotchkiss Brandt, compagnie française fusionnée en 1966 avec la « Compagnie française Thomson-Houston », et depuis devenue… TDA Armements (Thales). Voici, pour mieux comprendre, une vidéo explicative diffusée par l’OVV:

 

Mais la fronde à l’égard de la ministre ne s’arrête pas à cet accident. Le rapport cite également les achats d’équipements irraisonnés du ministère, effectués sur fond de coupes budgétaires. Une remarque qui n’est pas sans rappeler la récente polémique concernant l’obsolescence du matériel utilisé par les forces spéciales néerlandaises.

 

Les Pays-Bas, qui avaient été jusqu’à déployer des hélicoptères Apache et Chinook au Mali, ont considérablement réduit leur contribution suite à différents accidents, dont l’un impliquant l’un des Apache. Ceux-ci avaient en conséquence été rapatriés en janvier 2017, suivis en mars par les Chinook. Le contingent restant de 368 militaires devrait également être amputé d’ici la fin de l’année.

 

 

*Onderzoeksraad Voor Veiligheid