De l’auditoire au champ de bataille

Quel militaire n’a jamais rêvé de s’échapper des auditoires et terrains d’entraînement pour parcourir les lieux sur lesquels se sont déroulés les faits d’armes de son unité ? Loin d’être réservés aux historiens, les champs de bataille sont également des classes à ciel ouvert pour l’armée américaine. Dernier exemple en date : l’état-major de la 2e brigade de combat blindée (2nd ABCT) « Dagger » de la 1ère division d’infanterie de l’US Army, venu en France en décembre pour s’inspirer de l’action de leurs lointains prédécesseurs.

 

Les membres de la 2nd ABCT posent dans l'une des embarcations utilisées par les soldats de la Big Red One le 6 juin 1944 à Omaha Beach (Crédit photo: Capitaine Orlandon Howard)

Les membres de la 2nd ABCT posent dans l’une des embarcations utilisées par les soldats de la Big Red One le 6 juin 1944 à Omaha Beach (Crédit photo: Capitaine Orlandon Howard)

 

Version « US Army » de l’excursion scolaire, ces voyages d’apprentissage (ou « Staff Ride ») placent les militaires au cœur des batailles du passé, les confrontent aux situations opérationnelles vécues par leur unité et stimulent leur capacité à tirer les leçons d’une expérience de combat.

 

Du 17 au 20 décembre, ces officiers et sous-officiers de la 2nd ABCT, actuellement déployée en Pologne, ont ainsi découvert les hauts lieux de la bataille de Cantigny (Somme), menée en mai 1918, et de la campagne de Normandie, de juin à août 1944. « Les trois éléments qui importaient le plus dans ces conflits furent l’organisation, la doctrine et les personnalités », explique le sergent James S. Wheeler, « guide touristique » et spécialiste de la « Big Red One ».

 

« Ces évènements sont importants car ils contribuent aussi à [notre] préparation. Le développement professionnel de nos officiers et sous-officiers est un multiplicateur de force, et nous devons en faire une priorité », précise le capitaine Jonathan Hawkins, commandant de compagnie au sein de la 2nd ABCT. Car une fois les visites terminées, les officiers sont ensuite tenus d’appliquer les enseignements tirés à leur spécialité et à leur rôle, afin que leur action au sein des conflits actuels s’inspire de l’exemple des générations passées.

 

Le sergent Michael Hubbard (gauche) et le commandant Christofer Franca découvrent le musée de la bataille de Normandie de Bayeux (Crédit photo: capitaine Orlandon Howard)

Le sergent Michael Hubbard (gauche) et le commandant Christofer Franca découvrent le musée de la bataille de Normandie de Bayeux (Crédit photo: capitaine Orlandon Howard)

 

L’intérêt du Staff Ride, notamment dans le cas de la 2nd ABCT, est même dual, car il offre également aux jeunes officiers et sous-officiers restés en Pologne l’occasion de gagner de l’expérience en matière de conduite des opérations quotidiennes.

 

Loin d’être prises à la légère, ces « excursions », apparues en 1906 aux États-Unis, sont considérées comme de véritables outils éducatifs par le Pentagone. Ceux-ci sont théorisés et dirigés par le Centre d’histoire militaire (CMH) de l’US Army, qui s’inspire en grande partie d’un manuel théorique publié depuis 1987, « The Staff Ride » (version 2014 disponible ici).