CTA International prend pied en Corée du Sud

La bouche du canon CT40, seul indice visible du partenariat entre CTAI et Hanwha

La bouche du canon CT40, seul indice visible du partenariat entre CTAI et Hanwha

 

Longtemps resté dans l’ombre, le partenariat entre CTA International (CTAI), coentreprise formée par Nexter et BAE Systems, et le groupe coréen Hanwha s’affiche désormais au grand jour. À l’occasion du salon ADEX organisé à Séoul, ce dernier présentait pour la première fois une nouvelle tourelle antiaérienne modulaire basée sur le canon de 40 mm CTA40 de l’industriel franco-anglais.

 

Baptisée « New Generation Air Defense System » (NGADS) par Hanwha, ce projet préfigure l’arrivée d’une tourelle modulaire et flexible capable de traiter pratiquement tout l’éventail de menaces aériennes, du mini-drone au chasseur, en passant par le missile de croisière et les obus de mortier. Son armement principal reposera sur le canon CTA40, sélectionné pour « sa puissance de feu supérieure, sa compacité et sa large gamme de munitions, » explique l’un des ingénieurs de Hanwha impliqués dans ce projet.

 

Le projet NGADS mise tout particulièrement sur la munition Anti-Aerial Airburst-Tracer (A3B-T) de CTAI dont la qualification devrait intervenir à l’horizon 2022. Cette étape permettra sans doute d’élargir les cas d’usage de manière pour le moins inattendue. De fait, certains au sein de CTAI préfèrent la dénomination de « KEAB », pour Kinetic Air Burst, plutôt que celle d’A3B-T, privilégiée par le client français mais jugée trop limitative au vu des capacités réelles de la munition. Au lieu d’exploser de manière circulaire et uniforme, l’obus KEAB projette un cône de 200 projectiles en tungstène qu’il est possible d’orienter de manière relativement précise pour en maximiser les effets sur une zone établie. Cette capacité permettrait à la munition KEAB d’aveugler les véhicules blindés en détruisant les capteurs dont ils sont de plus en plus dépendants.

 

Malgré des capacités séduisantes, le seul canon CTA40 n’est pas suffisant pour traiter les cibles mieux protégées, plus rapides et capables d’évoluer à haute altitude, tels les chasseurs ou les drones MALE. L’industriel coréen y juxtapose donc un maximum de huit missiles moyenne et courte portées répartis entre deux paniers situés de chaque côté de la tourelle. Une capacité « soft-kill » est aussi à l’étude, elle sera basée sur un tourelleau laser conçu par Hanwha. La suite de senseurs, enfin, repose sur deux radars (rotatif et fixe) reliés à un système de guidage et de poursuite électro-optique (EOTS). Les radars détecteront jusqu’à 40 cibles en simultané dans un rayon de 35 km, quand l’EOTS accrochera un drone jusqu’à 3 km ou un chasseur jusqu’à 7 km. Entre autres options, des discussions sont en cours avec Saab concernant l’intégration du radar 3D AESA Giraffe 1X, « auquel nous apporterons probablement quelques composants internes développés en propre, » note Hanwha. Celui-ci, en misant sur l’universalité des systèmes, veut autoriser l’utilisateur à reconfigurer sa tourelle en fonction des besoins de la mission. La mise en oeuvre du système NGADS nécessitera deux opérateurs. Avec une masse de 5,5 tonnes hors kits de blindage additionnels, son intégration sera limitée aux véhicules blindés 8×8 ou chenillés.

 

Les différentes configurations envisagées par Hanwha

Les différentes configurations envisagées par Hanwha

 

Du côté de Hanwha, on espère proposer un premier prototype « au mieux, l’an prochain ». Dans l’intervalle, les réunions techniques avec CTAI se succèdent afin d’accoler au mieux le canon CTA40 à la philosophie du NGADS. D’après le représentant de Hanwha, il serait par exemple question d’augmenter le nombre de munitions prêtes à tirer à « un minimum d’une centaine », contre 61 aujourd’hui pour l’EBRC Jaguar. « Cela devrait prendre au moins trois ans pour proposer un système NGADS abouti, » prédit Hanwha.

 

Pour CTAI comme pour Hanwha, la manoeuvre consiste premièrement à répondre aux besoins croissants du marché export pour des solutions antiaériennes capables de traiter les nouvelles menaces asymétriques. « Nous voulons notamment répondre à un intérêt grandissant venant des pays du Moyen-Orient, » souligne Hanwha. Du côté du marché domestique, le système NGADS vise avant tout un éventuel programme de remplacement ou de modernisation des véhicules chenillés de défense antiaérienne K30 Biho, dont les canons de 30 mm et le radar TPS-830K de LIG Nex 1 « sont devenus assez limités en terme de performance ». En cas de succès, le groupe coréen explique qu’il pourrait à terme agir en tant que revendeur, à supposer que les deux partenaires reçoivent les autorisations nécessaires de la part des autorités nationales respectives.

 

CTAI explore depuis longtemps la fonctionnalité antiaérienne de son canon. Celui-ci est l’effecteur choisi pour le système RAPIDFire, dirigé par Thales avec Nexter comme intégrateur de la tourelle. D’origine purement terrestre, le système a depuis été rejoint par une version navalisée lors du salon Euronaval 2018. Celle-ci et aujourd’hui proposée à la Marine nationale pour la protection de ses futures ravitailleurs BRF, une réponse est attendue d’ici la fin de l’année. En cas de feu vert, les marins français seraient ainsi les clients de lancement de la munition KEAB, non requise par l’armée de Terre pour son futur parc d’EBRC Jaguar.