Comment le COS réduit la charge du combattant (2ème partie)

Seconde partie de notre zoom consacré aux innovations présentées par le COS au 1er Forum Innovation Défense et susceptibles de diminuer la charge du combattant. On quitte le plancher des vaches avec le mini-drone V-COAX, conçu par le lieutenant-colonel François. Léger, endurant et compact, ce démonstrateur pourrait bientôt chambouler les doctrines d’emploi des mini-drones en service dans les forces spéciales françaises.

 

Le V-COAX avec son rotor  coaxial déployé, la charge utile est visible à la base du drone

Le V-COAX avec son rotor coaxial déployé. La charge utile est visible à la base du drone

 

Tout démarre d’un brevet déposé en 2012 par le lieutenant-colonel François pour un rotor coaxial sur plateaux oscillants. S’ensuivent cinq années de développement pendant lesquelles cet officier d’état-major crée et assemble, pendant son temps libre, les cartes mères, les circuits intégrés et la structure en carbone. De quoi attirer l’attention de la DGA qui lui octroie, en 2017, un financement de 30.000€ dans le cadre du programme « Mission d’Innovation Participative ». Une vingtaine de configurations différentes et quelques petits accidents plus tard « tout particulièrement lors de la délicate phase de récupération manuelle », le V-COAX est aujourd’hui parvenu au stade du démonstrateur.

 

S’il doit encore être affiné puis militarisé, ce mini-drone présente d’ores et déjà des caractéristiques impressionnantes, à commencer par son endurance. Sa batterie Li-Ion, « clipsable » d’un simple geste, fournit en effet une autonomie d’une heure, contre 15-20 minutes pour un drone quadricoptère « classique ». Limitée à 60 grammes, la charge utile se compose d’une paire de capteurs visibles et thermiques HD gyrostabilisés, le second étant basé sur une caméra infrarouge Boson, dévoilée en 2014 par FLIR. Les données sont transmises par liaison chiffrée dans un rayon de 5 km. Mais le V-COAX ne se contente pas de « voir », il discrimine également. De fait, la fusion des données multicapteurs permet d’entourer les zones de chaleur en rouge et de pointer les menaces difficilement discernables de jour, tel un adversaire caché par des arbres. « Un atout non négligeable lorsqu’il faut localiser une cible dans un paysage monochrome, à l’image du Sahel », explique le lieutenant-colonel François.

 

Le V-COAX "replié" pour le transport

Le V-COAX « replié » pour le transport

 

L’ensemble pèse moins d’un kilogramme et reste confiné dans un volume particulièrement compact grâce, notamment, à des ailes rétractables et un rotor inclinable à 45°. C’est également cette capacité d’inclinaison du rotor, limitée à -/+ 45° pour d’évidentes raisons de stabilité, qui autorise à passer instantanément du mode stationnaire au déplacement horizontal. Cette configuration inédite lui confère non seulement une vitesse maximale de 50 km/h, mais également une étonnante stabilité jusqu’à des vents de force 5 (+- 10 m/s).

 

Et le nano-drone Black Hornet, adopté par le COS en 2016, nous direz-vous ? Si celui-ci remporte logiquement la bataille de l’encombrement, le V-COAX gagne celles de l’autonomie, de la vitesse et, aspect essentiel, de la charge utile. « La qualité de l’image n’est en rien comparable avec celle, plutôt médiocre, du Black Hornet », nous confie-t-on.

 

À l’image du système de bréchage Suprakor, le mini-drone V-COAX devrait à son tour alléger le paquetage du combattant en facilitant au passage la prise en main. Les drones à capacités égales actuellement en dotation dans les Armées nécessitent effectivement d’être transportés dans d’encombrantes valises et donc d’y affecter un ou plusieurs opérateurs. Une fois abouti, le V-COAX autorisera le binôme ou l’équipe à se désolidariser d’un tel « carcan ». « Il peut être porté par n’importe qui dans une simple poche », nous déclare son créateur. Plus léger, plus maniable, ce drone pourra dès lors passer de main en main, d’un opérateur à l’autre, en fonction des paramètres de mission. Autant d’attributs qui devraient permettre aux forces spéciales de gagner en souplesse en compensant l’apparition d’un trou capacitaire entre le Black Hornet et le futur drone tactique issu du programme SDMR, le Spy’Ranger de Thales.

 

Peu versé dans les « questions industrielles », le lieutenant-colonel François aura finalement misé sur le Forum Innovation Défense pour attirer les sociétés susceptibles de lancer la phase d’industrialisation. Un pari gagnant, à voir l’amoncellement de cartes estampillées « Safran », « Thales », ou encore « MBDA » récoltées en à peine 24 heures.