Combattre les yeux dans les yeux

Des fantassins en opération (crédit photo: armée de terre)

Des fantassins en opération (crédit photo: armée de terre)

« Un chien de guerre/diplomate/technicien supérieur/taillé comme un athlète, bien élevé et poli en toutes circonstances. » Voilà le fantassin d’aujourd’hui tel que décrit le 16 mars par le général de corps d’armée Eric Margail, inspecteur de l’armée de terre, lors de son intervention au colloque organisé à Paris par l’école de l’infanterie de Draguignan. Il ne cacha pas son regret, néanmoins, que ce fantassin soit recruté « au SMIC », un commentaire qui a fait naître un murmure d’approbation dans la salle.

Le générale de corps d'armée Eric Margail (crédit photo: Armée de terre/SLT Cindy Vuillemin

Le générale de corps d’armée Eric Margail (crédit photo: Armée de terre/SLT Cindy Vuillemin

Margail raconta « la très grande évolution » entre l’infanterie d’aujourd’hui et celle d’il y a 36 ans au début de sa carrière même si le cœur de mission : « Combattre un adversaire inatteignable autrement que par un affrontement les yeux ans les yeux en acceptant de s’exposer, » n’a pas changé, comme le dit le général de brigade Pierre Gillet, commandant des Ecoles Militaires de Draguignan.

Margail expliqua qu’il y a quatre décennies les fantassins étaient très nombreux ; l’infanterie moins homogène entre les chars, les VAB et les piétons; elle était en majorité composée de soldats du contingent qu’on envoyait au Liban et en Bosnie avec moins d’un an de service ; et puis elle était équipée assez simplement, les VAB, FAMAS et AMX10 étant tout juste arrivés. Les missions étaient celles de guerre froide et non les 3E2M d’aujourd’hui.

3E2M ? Trois ennemies, deux manœuvres ; les trois ennemies étant les

Crédit photo: Christina Mackenzie)

Crédit photo: Christina Mackenzie)

groupes armés comme ceux qu’on trouve en bande sahelo-saharienne ; les organisations proto-étatique comme Daesh ou Hezbollah ; et les puissances étatiques comme, par exemple, la Russie. Les deux manœuvres sont : les moyens classiques (missile – artillerie -renseignement), et les moyens d’influencer sur les perceptions (cyber – informations -stratégie d’influence).

Le général de brigade Pierre Gillet (crédit photo : Armée de terre/SLT Cindy Villemin)

Le général de brigade Pierre Gillet (crédit photo : Armée de terre/SLT Cindy Vuillemin)

Margail souligna que même si aujourd’hui on peut utiliser des images prises par satellite, ou par avion ou par drone pour voir ce qui se passe chez l’adversaire, rien ne remplace la « nécessité de sentir son adversaire, voir la bouille de la population, la gnaque de l’adversaire. Il faut s’approcher et le drone ou le satellite ne le font pas. »

Le géneral de division Bernard Barrera, qui commanda la force terrestre de l’opération Serval et qui est aujourd’hui sous-chef d’état-major ‘plans et programmes’ de l’état-major de l’armée de terre, était d’accord avec son collègue Margail sur la nécessité de ne pas se laisser prendre par l’ascendance technologique. « Il ne faut pas être techno-dépendant », dit-il en soulignant que « le fantassin doit pouvoir lire une carte, utiliser une boussole et trouver son chemin ». Tout en appuyant sur le fait qu’il « ne faut pas refuser le progrès », Barrera supplia : « Faites-nous des armes simple d’emploi. »

Voici quelques unes des recommendations à tenir en compte pour l'équipement du fantassin (crédit photo: Christina Mackenzie)

Voici quelques unes des recommendations à tenir en compte pour l’équipement du fantassin (crédit photo: Christina Mackenzie)