Berlin s’éloigne des objectifs de l’OTAN

Une augmentation de 7,3% et un budget qui plafonne à 37Md€ cette année, 10Md€ d’investissements d’ici 2020, une armée de 200 000 soldats pour 2024 : la nouvelle trajectoire annoncée en 2016 pour les dépenses militaires allemandes a – en théorie – de quoi susciter l’envie des armées voisines. Mais de nouveaux éléments présentés dans un brouillon du budget fédéral allemand pour 2018 tendent à relativiser l’effort budgétaire de la troisième puissance militaire européenne.

 

L'Allemagne tournerait-elle le dos aux objectifs financiers demandés par l'OTAN?

L’Allemagne tournerait-elle le dos aux objectifs financiers demandés par l’OTAN?

 

Après le sursaut enregistré en 2017, Berlin envisage désormais une hausse de « seulement » 3.9% (1.4Md€) pour ses dépenses militaires en 2018. Exit également les 10Md€ d’investissements supplémentaires annoncés l’année dernière pour la période 2017-2020, le budget dévoilé vendredi prévoit maintenant de n’investir que 5,3Md€ entre 2018 et 2021. Loin de la flambée financière du cru 2017, le brouillon de budget 2018 semble dorénavant annoncer la défaite de l’Allemagne dans la course aux 2% de PIB consacrés à la défense demandés par l’OTAN d’ici 2024.

 

L’Allemagne, pour respecter cet engagement, devrait pratiquement doubler son budget militaire pour que celui-ci atteigne 65Md€, voire davantage si l’économie allemande continue sa progression.  Cette dernière, engagée dans une période de croissance jusqu’au moins 2021, limite en effet artificiellement l’ampleur du pourcentage d’investissements militaires. Ainsi, si l’effort budgétaire programmé pour 2018 se concrétise, les dépenses militaires allemandes n’atteindront « que » 1,23% du PIB, soit une augmentation de… 0,03% par rapport à 2017, et resteront donc bien en deçà de l’objectif fixé en 2014 par l’OTAN. À ce rythme là, l’Allemagne ne franchirait le niveau requis par l’Alliance que vers 2045… De son côté, la France, qui consacre 1,78% de son PIB à son armée, ne devrait fournir qu’un effort supplémentaire de 2Md€ par an pour atteindre le palier OTAN dans cinq ans. Dés lors, si les finances sont disponibles, quels sont les freins à une augmentation progressive du budget militaire allemand ?

 

L’opposition est à la fois politique et culturelle. La ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen doit en effet affronter une opposition politique particulièrement virulente, qui accuse le gouvernement de consacrer plus d’argent au réarmement lorsqu’il faudrait faire davantage d’efforts en matière d’éducation et de sauvegarde de l’environnement. La crise migratoire capte également une partie des bénéfices, le ministère des Finances allemand estimant à 20Md€ par an le budget nécessaire pour mener à bien la politique sociale à l’égard du million de migrants à qui Berlin a offert l’asile. Plus encore, une partie de la population reste sceptique face à l’appareil militaire national, et demeure donc opposée à toute politique favorisant un réarmement de l’Allemagne.