Avis de marché estonien pour des missiles antichars : MBDA candidat ?

Le vendredi 12 octore, l’Estonie a annoncé le lancement d’un appel d’offres pour un montant 40 millions d’euros visant l’achat de missiles anti-char. En termes arides tels que traduits de l’estonien, voici ce qu’indique l’appel d’offres : « Obtention d’un système antichar longue distance avec assurance du cycle de vie ». MBDA y participera-t-il avec son MMP ?

 

Campagne de tir à Djibouti pour valider l'aptitude de ce missile antichar à être utilisé en ambiance désertique (Photo : ministère des Armées)

Campagne de tir à Djibouti pour valider l’aptitude du SA MMP de MBDA à être utilisé en ambiance désertique (Photo : ministère des Armées)

 

Dans le cadre de la passation de marché, au moins 18 systèmes d’armes doivent être achetés avec leurs munitions. L’attributaire du marché devra également fournir du matériel auxiliaire des lanceurs, un support technique et une formation. Le système antichar à acquérir doit avoir une portée d’au moins 4.000 mètres et la nouvelle arme doit être capable de détruire des cibles derrière un obstacle. Précaution prise pour optimiser les garanties de qualité et de fiabilité, les armes doivent être produites en série et utilisées dans l’armée d’au moins un État membre de l’OTAN.

 

Les systèmes d’armes à acheter sont destinés à moderniser l’armement des compagnies antichars des brigades d’infanterie estoniennes. « Le système à acquérir améliorera considérablement les capacités antichars des brigades d’infanterie car leur portée et leur capacité à toucher l’ennemi augmenteront même si ce dernier est hors de vue », a déclaré le Major Alar Karileet, coordinateur des achats au ministère de la Défense, ajoutant que le nouvel équipement doté du mode de fonctionnement « fire and update » est une version améliorée des armes antichar actuellement utilisées par l’armée estonienne : une caméra montée dans le nez du missile permet à l’opérateur de recevoir des informations en temps réel et de mettre à jour les informations sur la cible, même en l’absence de vue directe entre l’opérateur et la cible, a expliqué Karileet, soulignant que l’arme, les munitions et l’équipement auxiliaire devraient être portable à dos d’homme aussi bien qu’utilisable en version montée sur véhicule.

 

De nos jours, la formation à l’utilisation de ce type de système d’arme est (très) rapide, rentable et efficace grâce aux équipements de simulation et d’entraînement modernes. « La formation des instructeurs et du personnel en service actif des Forces de défense estoniennes (FED) constitue également un élément essentiel du marché public », a néanmoins précisé le major Karileet.

 

Outre l’achat de véhicules de combat d’infanterie, d’obusiers automoteurs, de nouvelles armes automatiques et la reconstitution des stocks d’unités de guerre, l’acquisition des systèmes antichars figure parmi les priorités parmi les achats estoniens liés à la défense nationale au cours de la présente décennie. À la suite du marché à présent lancé, un accord-cadre de sept ans sera conclu avec le fournisseur.

 

MBDA va-t-il concourir ? Signalons que, du 25 août au 22 septembre, à Djibouti, la section technique de l’armée de Terre (STAT), la direction générale de l’armement (DGA) et MBDA ont réalisé la campagne d’évaluation du système d’armes missile moyenne portée (MMP). L’objectif de cette évaluation était de vérifier l’aptitude à l’emploi du MMP en milieu semi-désertique, une exigence de plus en plus requise au vu des OPEX effectuées depuis deux décennies (et cela ne vas pas s’arranger…). Les 1.450 militaires des FFDj (Forces Françaises stationnées à Djibouti) disposent là d’un milieu d’entrainement et de conditions climatiques très similaires à ce que l’armée française rencontre dans ses zones d’engagements actuels dans la bande sahélo-saharienne. Les résultats de tirs de cette campagne en milieu chaud autorisent la projection du MMP dans le cadre de la mission Barkhane, dans les semaines à venir.

 

Concrètement, neuf tirs ont été réalisés et tous les missiles ont atteint leur cible, a précisé un communiqué du ministère des Armées. Ces résultats confirment la fiabilité du système d’armes en environnement chaud, pour ne mentionner qu’eux. Deux tirs ont été effectués par des fusiliers marins et commandos à partir de l’embarcation commando à usage multiple embarquable (ÉCUME) : un premier tir de la mer vers la terre et le second de la mer vers la mer. C’est le premier système d’armes de ce type dont la mise en œuvre à partir de l’ÉCUME est possible.

 

Il est évident que de telles performances démontrées en environnement désertique ne pèseront guère dans l’évaluation que fera l’armée estonienne pour missiles antichars qu’elle veut acheter mais elles indiquent une polyvalence remarquable de cette arme commercialisée par MBDA. La nécessité d’avoir des missiles de type « tire et oublie » capables d’être tirés à partir de milieux confinés (maisons, terrains accidentés) avait conduit, au détriment du projet MILAN ER de MBDA, à l’achat en urgence opérationnelle de missiles FGM-148 Javelin de Raytheon. Pour répondre à cette nouvelle exigence, MBDA da développé une toute nouvelle gamme de missiles, dont un premier membre, le MMP (pour Missile Moyenne Portée) a été lancé sur fonds propres.

 

Le senseur infrarouge est du type microbolomètre « non-refroidi » ; cela évite la présence d’un système cryogénique avec réserve de gaz qu’il faut percuter plusieurs secondes avant le tir, et cela repousse jusqu’à la dernière limite les actions irréversibles de la séquence de tir. Autre innovation marquante, le missile intègre une unité de mesure inertielle réalisée en technologie MEMS (Micro-ElectroMechanical Systems) dont les informations alimentent à la fois l’autodirecteur et le missile pour les fonctions de pilotage et de navigation. Combiné à la présence d’une liaison de données par fibre optique avec le poste de tir, ce capteur permet une multiplicité de trajectoires (tir tendu ou attaque par le haut, ce deuxième mode permettant d’attaquer les chars par le dessus où ils sont plus vulnérables), et de modes de tir (tire-et-oublie, homme dans la boucle, accrochage avant ou après tir) avec une efficacité optimale constante, y compris pour le tir au-delà de la vue directe.

 

Les capteurs visible et infrarouge de cet autodirecteur bi-mode sont montés dos à dos sur un axe réversible, un arrangement original qui a pour effet de doubler le champ de vision du missile par rapport à un arrangement où les deux capteurs seraient montés côte à côte. Avec un champ de vision plus large, l’autodirecteur du MMP est capable de détecter et poursuivre des cibles rapides ou à fort défilement pendant son vol.

 

Enfin, le missile emporte une nouvelle charge militaire tandem de 2 kg aux performances remarquables et qui intègre au choix deux modes de fonctionnement avec effet anti-personnel dans les deux modes : anti-blindage ou anti-infrastructure avec une capacité de détruire des épaisseurs de plus de 2 mètres de béton armé ou plus d’un mètre de blindage homogène laminé RHA (Rolled Homogenous Armour) après ERA (Explosive Reactive Armour).

 

Le poste de tir du fantassin dispose d’un capteur infrarouge haute définition et d’une voie vidéo jour multi-champs, d’un GPS, d’un chercheur de Nord et, en option, d’un télémètre laser. Ces équipements intégrés distinguent le MMP des missiles de générations antérieures. Pour les tirs à vue directe, la désignation de la cible est originale et unique. Elle se fait grâce à la corrélation automatique entre les images du poste de tir et celles de l’autodirecteur missile, diminuant le temps de mise en œuvre avant tir, améliorant la capacité de verrouillage sur cible en particulier à portée longue, et limitant de fait les risques d’erreurs.

 

Le pilotage s’effectue via quatre gouvernes déployables. Le missile utilise un système d’éjection permettant la mise en sécurité du tireur en cas de tir en espace confiné. Le propulseur Roxel est déclenché plus tard (lancement froid) et emporte le missile à une vitesse de croisière de 160 m/s. Le vol « Boost & Glide » contribue à la discrétion du missile lors de la seconde partie du vol qui se fait sans propulsion donc sans émission de fumée ni de chaleur. Le système MMP est portable par fantassin, le missile ne pesant que 15 kg dans son tube avec ses bouchons de protection et le poste de tir 11 kg avec sa batterie et son trépied. Le missile MMP est tirable depuis un véhicule blindé.

 

L’armée française a reçu ses 20 premiers postes de tir et ses 50 premiers missiles entre le 15 et le 23 novembre 2017. Le système d’arme remplace progressivement les missiles Milan, ainsi que le VAB Mephisto et en partie l’Eryx. Il équipera les unités d’infanterie et de cavalerie de l’armée de Terre, dont les EBRC Jaguar, ainsi que les forces spéciales des trois armées. Les premiers matériels livrés avec leurs moyens de simulation servent à la formation des futurs utilisateurs. Suite à la campagne de tir effectuée à Djibouti, le missile va connaître son premier déploiement opérationnel dans les semaines à venir.