À la recherche de furtivité, l’Armée de terre s’inspire du caméléon

Le caméléon est le roi du camouflage. Pour surprendre sa proie, ou pour se protéger d’un prédateur, il adapte la couleur de sa peau à son environnement pour s’y fondre. Logiquement alors, c’est le nom qui a été donné au projet de camouflage que Nexter Systems développe pour la Direction Générale de l’Armement. Réduction de la signature visuelle et thermique, adaptation à l’environnement du moment, application de la technologie sur tout type de véhicule ou sur la tenue d’un fantassin, si elle est viable, cette innovation d’avenir sera d’ici peu produite massivement sur le plateau de Satory pour une livraison aux forces dans quelques années.

 

Le camouflage évolutif Caméléon 2 présenté sur maquette sur le stand du Ministère des Armées à Eurosatory (Crédits : Forces Opérations Blog)

Le camouflage adaptatif/évolutif Caméléon 2 présenté sur maquette sur le stand du Ministère des Armées à Eurosatory (Crédits : Forces Opérations Blog)

 

Commençons d’abord par éliminer de notre vocabulaire l’expression de la cape d’invisibilité qui, dans les faits n’est rien d’autre qu’une utopie, et l’utopie n’a pas sa place dans le monde militaire. Le projet Caméléon 2 vise à réduire la signature visuelle et infrarouge d’un véhicule (on pense aussi au treillis des fantassins), ce qui tend à réduire la visibilité, mais l’objectif réaliste reste la furtivité, non pas l’invisibilité.

 

Le projet développé par Nexter Systems à l’attention de la DGA, qui pense à la guerre du futur et veut profiter des révolutions technologiques, doit déboucher sur un camouflage adaptatif basé sur des écrans pixélisés que l’on appliquerait sur le blindage de tout type de véhicule mais aussi, si c’est réalisable, sur tout le personnel de combat.

 

Sur un principe de fonctionnement en réseau, le système intelligent de camouflage analyse l’environnement dans lequel il se trouve et par un calcul d’algorithme, il propose lui-même un camouflage adapté à la situation. Tout simplement, alors, le véhicule a moins de chance de se faire repérer, pouvant alors surprendre l’ennemi ou alors, lui échapper.

 

Pour le moment le contrat passé entre Nexter Systems et la DGA en est à l’étude de faisabilité, c’est à dire que les ingénieurs de Nexter, suite à des études amonts, ont jusqu’à 2020 pour proposer à la DGA un prototype à l’échelle 1/5 ème. D’après le très pédagogue ingénieur de Nexter qui présente le projet sur le stand du Ministère des Armées, si l’on est capable d’intégrer la technologie sur un prototype à l’échelle 1/5ème, on est capable le faire à l’échelle 1, ce qui dans les faits rend la technologie opérationnelle. Dès lors, ce sera le moment pour la DGA de donner son feu vert (qualification), et Nexter pourra lancer la production.

 

Le projet Caméléon 2 fait suite au projet Caméléon lancé au début des années 2010. Si il y a peu de communication sur celui-ci, il est d’importance pour les forces terrestres et la DGA qui ont besoin de crédits suffisants (et d’idées) pour conserver une « allonge sur l’adversaire », entretenir la « rupture technologique ». Évidemment, les Français ne sont pas les seuls à s’intéresser au camouflage adaptatif, il y a les Britanniques, les Brésiliens mais aussi les Chinois, et il serait impensable que les Américains ne développent pas une technologie similaire.

 

Bref, le Caméléon 2 est déjà en expérimentation sur le terrain, d’ailleurs visible sur les écrans du Ministère des Armées à Eurosatory. Un petit véhicule terrestre se déplace dans une plaine avec ses 100 modules – les plaques qui ressemblent à des panneaux solaires – composés de 4 pixels chacun et 8 couleurs par pixel (quand Caméléon 1 ne proposait qu’un pixel par module). D’ailleurs cette ressemblance avec un panneau solaire est logique, puisque l’un des avantages de la technologie développée par Nexter est que le camouflage est reflectif : n’émettant pas de lumière, mais l’absorbant il ne consomme quasiment pas d’énergie.

 

À suivre !