Une touche de vert dans un océan de bleu: rencontre avec le 519e GTM

J-1 avant cette grande messe populaire qu’est le défilé militaire du 14 juillet. Entre deux répétitions, nous avons pu approcher l’une des unités du COMLOG appelées à descendre l’avenue des Champs-Élysées : le 519e groupe de transit maritime (519e GTM). Cette unité du Train à vocation interarmées est chargée  d’assurer la projection et le soutien par voie maritime des armées. Touches de vert dans un océan de bleu, ses militaires sont les seuls capables d’agir sur terre et sur mer pour ravitailler les forces déployées et activer une entrée maritime de théâtre. Coup de projecteur sur un outil capacitaire unique et décisif, en compagnie de son chef de corps, le colonel Samuel Duval.

 

Le colonel Samuel Duval, chef de corps du 519e GTM, à proximité d'un PPLOG, véhicule emblématique des unités du train

Le colonel Samuel Duval, chef de corps du 519e GTM, à proximité d’un PPLOG, véhicule emblématique des régiments du Train

 

Comment définir au mieux cet outil remarquable qu’est le 519e GTM?

 

Col Duval: Le 519e GTM est composé de 380 personnels. Il s’agit de 360 militaires, dont 24 issus de l’armée de l’Air et sept de la Marine nationale, et de 20 personnels civils. Le groupe est installé à Ollioules, juste à côté de Toulon. Pourquoi Toulon ? Parce qu’il s’agit du principal port de projection pour les forces armées françaises. Et puis c’est aussi le premier port militaire européen, donc notre positionnement a tout son sens au vu de notre mission.

 

Le régiment – on l’appelle « régiment » même si sa dénomination officielle est bien « groupe » – est installé à côté de Toulon depuis 2011. Il y eut une réorganisation dans les armées françaises à cette époque-là. De 1981 à 2011, le régiment était basé à La Rochelle. Pourquoi La Rochelle ? Parce qu’il s’agit du seul port en eaux profondes sur la façade atlantique. J’y maintiens toujours un petit détachement de 11 personnes, parce que dans notre mission nous devons pouvoir être capables de travailler sur chacune des deux façades maritimes principales de la France.

 

Quand le régiment est arrivé à Toulon en 2011, dans une base navale où travaillent 20 000 marins, je ne vous cache pas qu’il existait une certaine inquiétude due aux petites différences culturelles, même si on sert tous le même drapeau. Cela s’est très bien passé au final, parce que nos camarades de la Marine nationale nous ont très bien accueillis, nous ont tout de suite laissé une place. Les relations avec les autorités maritimes présentes sur place, notamment le préfet maritime à Toulon, sont réellement excellentes. Il y a également une logique de proximité. Les marins n’hésitent pas à faire appel à nous lorsqu’ils ont besoin d’un coup de main pour des opérations de manutention. Les échanges se créent et s’accomplissent en parfaite harmonie.

 

Nous avons aussi su nous rendre indispensables, notamment lorsque la grue du porte-avions Charles de Gaulle est tombée en panne il y a quelques années. Nous avons alors pu permettre aux marins et aviateurs de débarquer à leur retour de mission. Par après, l’une de nos grues a également embarqué sur le pont du Charles de Gaulle durant toute la durée de son déploiement. Cela reste un grand souvenir pour les militaires du 519 qui y ont participé. Depuis, le porte-avions Charles de Gaulle est doté en permanence d’une grue du même modèle que celui prêté auparavant.

 

Le 519e GTM est unique dans les armées françaises mais aussi bien au-delà, parce que dans l’OTAN, seuls les Britanniques disposent d’une unité comparable à la nôtre, à savoir le 17 Port & Maritime Regiment avec lequel nous sommes d’ailleurs jumelés. Et puis il y a les États-Unis, mais à une toute autre échelle donc il est difficile de se comparer.

 

FOB: Le 519e GTM est un groupe depuis 2011, mais vous militez personnellement pour redevenir officiellement un régiment du Train…

 

Col Duval:  Le 132e bataillon cynophile de l’armée de Terre est devenu début juillet le 132e régiment d’infanterie cynotechnique, nous espérons suivre la même trajectoire. Dans l’armée de Terre, le mot régiment a un vrai sens. C’est une appellation de tradition qui a aussi bien un sens en interne, les soldats s’identifiant plus facilement à cette entité, qu’au sein du monde civil. Le mot régiment est relativement connu, les civils savent qu’il implique le commandement d’un colonel, l’existence d’un étendard spécifique. C’est quelque chose que je souhaite mais qui ne dépend pas que de moi. L’appel a été lancé, la décision pourrait intervenir d’ici un an si le processus se déroule bien.

 

L'insigne du 519e GTM, une roue crénelée de 12 pièces ajourée, symbole des unités du Train, supportant un sampan indochinois qui évoque le lieu de création et d'emploi initial de l'unit, ainsi que la mission de transport

L’insigne du 519e GTM, une roue crénelée de 12 pièces ajourée, symbole des unités du Train, supportant un sampan indochinois qui évoque le lieu de création et d’emploi initial de l’unit, ainsi que la mission de transport par voie maritime

 

FOB: À structure unique, missions uniques. Quelles sont les tâches confiées au 519 GTM ?

 

Col Duval: Nous avons deux missions principales. La première est l’appui à la projection par voie maritime. Il s’agit d’accueillir tous les matériels, tout le fret et tous les véhicules que l’on va conditionner puis charger sur des navires civils affrétés par le Service du commissariat des armées, ou alors même sur des navires de la Marine nationale, cela peut arriver. Ensuite, ce matériel va être acheminé par voie maritime sur, par exemple, un théâtre d’opérations. Le dernier exemple en date, c’est l’opération Serval en 2013, durant laquelle nous avons rempli cette mission pour la projection au Mali. Le matériel a été débarqué à Dakar, au Sénégal, puis amené par voie terrestre vers le Mali. Nous avons également rempli cette mission dans un tout autre cadre, en septembre 2017 suite au passage de l’ouragan Irma dans les Antilles. Pour le coup, on a vraiment travaillé avec un porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale. En terme d’ampleur, c’était une première pour nous parce que ça s’est fait dans l’urgence. Moins de 24 heures après le déclenchement de l’opération, nous commencions à accueillir le fret et le navire de la Marine nationale est parti trois jours plus tard. Cela a été très rapide et nous avons en plus eu un détachement du régiment embarqué sur le PHA, et qui a ensuite travaillé à la mise à terre des éléments et à leur rembarquement en fin de mission.

 

La seconde partie de notre mission, c’est le ravitaillement par voie maritime. Les armées françaises sont déployées partout dans le monde, que ce soit en opération extérieure, par exemple en Afrique avec l’opération Barkhane et au Levant avec Chammal, ou avec des forces prépositionnées, notamment à Djibouti. Nous avons en outre des forces de présence dans nos différentes communautés d’Outre-mer. Il faut ravitailler toutes ces troupes, ce qui est essentiellement réalisé par voie maritime. Il existe deux lignes principales. La première comprend le chargement du navire à Toulon, qui va ensuite desservir la côte occidentale de l’Afrique suivant cinq escales. Il traverse ensuite l’Atlantique et se rend aux Antilles et en Guyane, puis il revient. Cette ligne s’appelle la COAAG, pour « côte occidentale d’Afrique-Antilles-Guyane ». Nous en effectuons cinq à six de ce type par an. Et puis il existe une deuxième ligne que nous appelons « Indien ». Le navire démarre aussi de Toulon, puis dessert Beyrouth, Djibouti, Abou Dabi et descend l’océan Indien vers les îles de la Réunion et de Mayotte.

 

FOB: De quels matériels disposez-vous pour réaliser ces missions ?

 

Col Duval: Nous disposons de deux types de matériels. Tout d’abord, des matériels purement de la gamme tactique, un peu comme tous nos camarades des armées, avec des véhicules de transport légers type P4 pour l’instant, mais la flotte évolue doucement vers le modèle VT4. Mais aussi des véhicules de type transports de troupes comme des VAB et des camions, tout simplement. Comme tous les régiments du train, nous avons des camions logistiques que sont les porteurs polyvalents logistiques.

 

Et puis nous avons une deuxième gamme de matériels qui sont spécifiques aux missions portuaires et que l’on va retrouver sur n’importe quel port commercial dans le monde. C’est une spécificité du régiment. Nous travaillons par exemple avec toute la gamme de chariots élévateurs, du plus petit jusqu’au Super Stacker, qui est un engin pesant 45 tonnes et qui peut transporter des containers jusqu’à quatre fois leur hauteur.

 

FOB: Depuis l’opération Albatros, quels sont les RETEX ayant permis de faire évoluer votre manière de travailler ?

 

Col Duval: On réfléchit beaucoup à notre mission principale. C’est à dire que notre mission en opération, c’est d’armer un point d’entrée maritime sur un théâtre d’OPEX. On appelle ça un « SPOD » en anglais, pour « Sea Port of Debarkation », car on travaille aussi dans le cadre de missions de l’OTAN. Nous nous concentrons en majorité sur la façon avec laquelle nous allons déployer notre SPOD sur un pays dont les infrastructures sont potentiellement dégradées et notamment les infrastructures portuaires. Ce fut le cas dans les Antilles après le passage de l’ouragan Irma, où les quais n’étaient pas accessibles. Toute la mise à terre s’est donc faite par moyens amphibies, ce qui est de fait un véritable retour d’expérience. Nous nous entraînons d’ailleurs régulièrement avec nos camarades de la flottille amphibie de la Marine nationale, qui disposent d’EDAR et de CTM pour mettre à terre notre matériel.

 

FOB: Scorpion monte en puissance, quel sera votre rôle au sein de ce programme ?

 

Col Duval: En terme de matériels, il n’y aura pas de changement radical nous concernant. Nous devrions toucher un nouveau chariot élévateur lourd de gamme tactique, que l’on devrait commencer à voir arriver à partir de la fin de l’année 2019. Il sera déployé sur les théâtres d’opérations. Et puis, comme tous les autres, nous sommes concernés par le système d’information du combat Scorpion, le SICS. Pour ce qui est des véhicules, il n’y aura pas de grandes transformations pour le 519e GTM. En revanche, l’arrivée des nouveaux matériels roulants dans les autres régiments aura des conséquences parce que ceux-ci sont généralement plus volumineux, plus lourds et nécessite une logistique plus importante, par exemple en termes de pièces de rechange et de carburant. Tout cela, il va falloir que nous l’acheminions sur les théâtres d’opérations et à ce titre, je pense que nos missions ne vont pas diminuer, bien au contraire.

 

FOB: Vous défilez pour la première fois depuis 2015, est-ce que vous vous sentez prêts à relever le défi ? 

 

Col Duval: Je pense que nous sommes prêts, parce que ce matin [jeudi 11 juillet] le gouverneur militaire de Paris, le général Le Ray, était présent et s’est dit satisfait. La répétition de l’après-midi a d’ailleurs été annulée, donc je pense que c’est bon signe. Nous sommes prêts mais, ceci étant dit, nous restons vigilants parce que c’est à chaque fois une affaire de détails, nous en sommes presque à régler les différentes positions des mains. Il ne faudrait surtout pas que l’on se relâche d’ici à dimanche.