Une plateforme ISTAR commune pour le BENELUX ?

Les unités ISTAR des Pays-Bas, de Belgique et du Grand-Duché de Luxembourg pourraient à moyen terme remplacer leurs véhicules de reconnaissance par une plateforme commune, suggère le colonel Yves Kalmes, commandant du Centre militaire de l’armée luxembourgeoise à Diekirch.

 

Un véhicule de reconnaissance Fennek déployé au Mali par l'armée de Terre royale néerlandaise (Crédit photo: ministère de la Défense des Pays-Bas)

Un véhicule de reconnaissance Fennek déployé au Mali par l’armée de Terre royale néerlandaise (Crédit photo: ministère de la Défense des Pays-Bas)

 

Les Dingo luxembourgeois, Fennek néerlandais et Pandur belges « vont, à moyen terme, devoir être remplacés », explique le colonel Kalmes dans le dernier numéro de la Revue militaire belge. « Nos besoins sont comparables et permettent donc d’envisager des actions communes », tels que « la définition commune des besoins dans ce domaine et le développement commun d’une nouvelle capacité autour d’une même plate-forme technique ».

 

Petits Poucets de l’OTAN, la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg n’en sont pas moins engagés dans des politiques de réinvestissement au profit de leurs forces armées. À l’instar de la Vision stratégique belge validée en juin 2016, le Grand-Duché s’est doté en juillet 2017 de Lignes directrices de la défense luxembourgeoise à l’horizon 2025, premier document stratégique définissant les orientations à long terme pour la politique de défense luxembourgeoise. Entre autres mesures, ce livre blanc prévoit un effort accru en matière de coopération entre les forces terrestres du BENELUX. Même son de cloche du côté de Bruxelles, dont la Vision stratégique insiste sur « la coopération étroite entre les pays du Benelux concernant l’organisation commune de formations et d’entraînements ainsi que l’appui des systèmes ».

 

« En anticipant ce remplacement, une collaboration au sein du BENELUX offrirait une opportunité remarquable sur le chemin d’une meilleure interopérabilité et pourrait aboutir à une success story », ajoute le colonel Kalmes. Inutile de rappeler qu’un achat commun rimerait en outre avec d’importants coûts d’échelle. Ce facteur est d’autant plus important que, malgré les efforts soutenus du BENELUX pour augmenter les acquisitions de matériels militaires neufs, la question des investissements militaires reste assujettie aux politiques de prudence budgétaire appliquées par les gouvernements.

 

Si les Pays-Bas et le Grand-Duché de Luxembourg n’ont à ce jour évoqué aucun calendrier de retrait pour leurs véhicules, il est néanmoins certain que le remplacement des Pandur belges n’est pas pour demain. En janvier dernier, la DGMR a en effet notifié deux contrats, l’un à Thales Belgium et l’autre à Steyr GmbH, en vue de la modernisation des Pandur RECCE utilisés par le bataillon ISTAR. Le premier est chargé de de moderniser la suite de systèmes ISR, tandis que le second se voit attribuer le remplacement du bloc moteur obsolète et l’intégration d’un nouveau tourelleau téléopéré. Un programme budgétisé à hauteur de 31M€ et dont l’objectif sera de prolonger la durée de vie du Pandur RECCE jusqu’à l’horizon 2024.

 

Le scénario d’un achat conjoint, à supposer qu’il se concrétise, ouvrirait par ailleurs une réelle fenêtre d’opportunité à la BITD française. Celle-ci est en effet l’une des seules en Europe à oeuvrer au développement d’un véhicule – le VBMR-Light Serval – capable de répondre aux futurs besoins des pays du BENELUX. Conçu par Nexter et Texelis et destiné en priorité aux unités de renseignement et de reconnaissance de l’armée de Terre, le Serval représente un bond technologique majeur, porté par une capacité d’emport plus importante, une chaîne cinématique renforcée, ainsi qu’une vétronique, un BMS et des systèmes de communications (SICS, Contact) similaires à ceux installés sur les futurs Jaguar et Griffon de la Composante Terre.

 

À ce titre, la Vision stratégique belge mentionne l’achat d’ « une version légère de la plateforme motorisée internationale commune » (AKA VBMR Griffon) au profit de la capacité ISTAR pour un montant de 38M€. Du VBMR au VBMR-L, il n’y a qu’un pas. Un glissement vers le Serval pourrait sans doute être envisagé par les autorités belges sans pour autant trahir les préceptes défendus par le projet CaMo. Côté français, la LPM 2019-2025 prévoit la livraison de 489 Serval, les premiers exemplaires devant arriver en régiment en 2022. Toute éventuelle commande des pays du BENELUX gonflerait donc considérablement ce chiffre et diminuerait au passage les coûts de production et de soutien, au bénéfice de tout le monde. Et permettrait, par la même occasion, de répondre concrètement à l’incohérence et à la fragmentation des flottes de blindés constatées parmi les armées européennes.