Un prototype de « Tank Boat » attendu pour 2020

Le « Tank Boat » indonésien verra bel et bien le jour, et il embarquera avec lui la division défense du belge John Cockerill (ex-CMI Group). Un consortium formé par l’industriel liégeois et les sociétés locales PT Pindad et North Sea Boats (PT Lundin) s’est en effet vu notifié la réalisation d’un démonstrateur au profit du ministère de la Défense indonésien.

 

Le Tank Boat en version 105 mm, un appui-feu appréciable en cas d'opération amphibie (Crédit photo: North Sea Boats/PT Lundin)

Le Tank Boat en version 105 mm, un appui-feu appréciable en cas d’opération amphibie (Crédit photo: North Sea Boats/PT Lundin)

 

Plus vaste archipel au monde, l’Indonésie comprend plus de 18 000 îles réparties sur quelque huit millions de km2. Un espace qu’il faut protéger contre la piraterie maritime et, surtout, contre l’appétit grandissant du voisin chinois. La question de la surveillance des côtes et de la zone économique exclusive (ZEE) est donc au coeur des réflexions du ministère de la défense indonésien. Entre autres scénarios, Jakarta mise sur l’acquisition d’un nouvelle génération d’embarcations rapides multirôles susceptibles de combiner la vitesse d’un semi-rigide et la puissance de feu et l’autonomie d’un patrouilleur côtier.

 

Ce projet, baptisé « Antanesa » par les militaires indonésiens, est conduit depuis 2011 par PT Pindad, North Sea Boats et John Cockerill. Il repose principalement sur le catamaran X18 Fire Support Vessel de North Sea Boats que, pour des raisons plutôt évidentes, le consortium a officiellement rebaptisé « Tank Boat ». Son architecture a été gelée en 2016 après deux années d’étude de faisabilité. Depuis, le projet était en attente d’un contrat gouvernemental pour la réalisation d’un prototype équipé soit d’une tourelle 3105 (105 mm), soit d’une tourelle CPWS 25/30 mm.

 

Trois ans plus tard, Jakarta a tranché: exit la version lourde, le démonstrateur sera une variante « APC » armée d’une tourelle CPWS Gen. 2 de John Cockerill. Ce premier prototype sera livré d’ici la fin de l’année 2020 au ministère de la Défense, avec l’armée de terre  (TNI-AD) pour futur bénéficiaire. Si l’essai s’avère concluant, le consortium espère élargir le champ d’évaluation aux unités de la Marine et des forces spéciales.

 

Prédestiné, dans un premier temps, à offrir un appui-feu à l’infanterie lors d’opérations amphibies et de patrouille fluviale, le Tank Boat pourrait à terme recouvrir un spectre capacitaire bien plus large. De la surveillance des infrastructures offshore et de la ZEE, en passant par les « raids insulaires » et les missions VBSS (Visit, Board, Search, Seizure), « l’Indonésie a bien compris tout l’intérêt de disposer de ce catamaran de conception nouvelle », explique un responsable de John Cockerill. « Nous pensons que cela va être un « game changer » qui permettra une presence militaire nouvelle dans des territoires jusqu’alors difficilement accessibles », ajoute-t-il.

 

La version "APC-60" du Tank Boat, équipée d'une tourelle CPWS Gen. 2 de John Cockerill (Credit photo: North Sea Boats/PT Lundin)

La version « APC-60″ du Tank Boat, équipée d’une tourelle CPWS Gen. 2 de John Cockerill (Credit photo: North Sea Boats/PT Lundin)

 

Le X18 repose sur une coque composite faite d’un alliage de fibre de carbone et de résine vinylester. Une architecture légère et effilée qui offrira au Tank Boat une vitesse de pointe de l’ordre de 40 noeuds grâce aux deux hydrojets MJP 450. Son autonomie est estimée à 600 milles marins (1110 km), soit la distance à vol d’oiseau entre Paris et Madrid.

 

Baptisée « APC-60 » par le consortium, la variant armée d’une tourelle CPWS Gen. 2 sera capable d’embarquer jusqu’à 60 soldats. Son pont arrière « multi-mission » présente par ailleurs une surface suffisante pour l’emport de microdrones aériens, de lance-missiles, ou d’un semi-rigide. Plus encore, cet espace pourrait servir à convoyer de l’aide médicale d’urgence en cas de catastrophe naturelle ou d’opération humanitaire, insiste John Cockerill.

 

Seul hic: pour des nécessaires questions de flottabilité, le Tank Boat n’est doté que d’un blindage très léger. Dans ce sens, cette plateforme est davantage un « boat » qu’un « tank ». Se pose dès lors la question de la pertinence d’un tel dispositif lorsqu’il est censé engager des cibles nécessitant au minimum un canon de 25/30 mm, voire du 105 mm. Sans oublier la probabilité d’un naufrage en cas d’impact, complexifiant grandement l’évacuation de l’équipage et, a posteriori, l’éventuelle récupération de la plateforme.

 

Dévoilée en juin 2018 au salon Eurosatory, la tourelle CPWS Gen. 2 repose sur un blindage balistique en aluminium soudé. Elle retient les avantages offerts par la génération précédente: téléopérabilité et rechargement de l’intérieur du véhicule et poids plume permettant une intégration sur véhicule 4×4. John Cockerill y ajoute une large trappe unique qui, lorsqu’elle est partiellement relevée, autorisant à l’équipage de conserver une vision à 360° de son environnement direct tout en restant partiellement protégé, voire d’utiliser son armement personnel. En position totalement relevée, le système permet aussi de patrouiller de manière volontairement exposée, lors d’opérations autres que la guerre, et d’évacuer rapidement le véhicule. Cette tourelle ne nécessite que l’installation d’une station de conduite de tir et n’empiète dès lors pas sur le volume de la passerelle.

 

Cette nouvelle génération conserve la modularité qui lui est propre, avec un éventail d’armement principal allant de la mitrailleuse de calibre 12,7 mm au canon M230LF de 30 mm. Elle intègre en outre un pod de deux missiles anti-char installé sur la droite de tourelle, permettant à l’équipage d’engager des cibles blindées au delà de la vue directe. Enfin, la CPWS Gen. 2 est équipé des « dernières capacités en terme d’optique et de détection/protection », ajoute John Cockerill. Un premier exemplaire complet devrait être dévoilé d’ici la fin de l’année 2019.