Un premier treuil 100% Made in France

Brique après brique, l’industrie de défense française s’affranchit des solutions étrangères, à commencer par celles soumises à la réglementation américaine ITAR. La dernière édition du Bourget aura ainsi vu émerger deux exemples de technologies qui, bien qu’à échelle modeste, permettront de consolider l’autonomie stratégique de la France. Focus, pour ce premier volet, sur le treuil d’hélicoptère Alpha développé par le Français REEL et soutenu par le ministère des Armées.

 

Le treuil Alpha d'HELISAR présenté la semaine dernière au Bourget

Le treuil Alpha d’HELISAR présenté la semaine dernière au salon du Bourget

 

« À l’heure actuelle, près de 4 à 5000 treuils sont en service à l’échelle de la planète, dont l’extrême majorité provient de deux ou trois industriels américains », note David Figoureux, à l’origine du projet et aujourd’hui responsable Business Line chez REEL. Une position monopolistique parfaitement illustrée par le HIL Guépard alors exposé à une dizaine de mètres du stand de REEL, et lui-même équipé d’un treuil fourni par le maître incontesté de ce marché de niche, l’Américain Goodrich. Cette domination américaine pose un souci évident. « Bien qu’à usage dual, ces systèmes sont issus de développements essentiellement militaires et restent donc soumis à la règlementation ITAR », souligne Figoureux.

 

L’aventure du treuil Alpha démarre dès lors en 2012 avec la fondation d’HELISAR. Durant trois ans, Figoureux mature l’idée, cherche des financements et construit des partenariats. Le tournant s’opère à la fin de l’année 2015, date à laquelle la marque HELISAR est absorbée par REEL. Cette intégration permet au projet Alpha de profiter des fonds et du support administratif du groupe lyonnais. La phase de développement proprement dite s’amorce dès 2016, avec la constitution d’un cahier des charges et la construction d’une maquette permettant la validation du concept. Séduite, la DGA embarque en cours de route et octroie une subvention RAPID. Depuis lors, la vingtaine de personnes associée au programme profite d’une proximité constante avec les opérateurs pour orienter le développement du produit dans la direction idoine.

 

Non content d’être le premier système du genre 100% « Made in France », ce treuil annonce aussi une double rupture technologique. En adoptant une architecture modulaire, ce système devient multimission et permet à l’utilisateur de « conserver un système conforme à une réglementation en constante évolution sans nécessairement devoir remplacer une gamme complète de treuils ». Les seuils techniques minimaux tendent en effet à se durcir, notamment concernant les systèmes de protection anti-surcharge, nécessitant de coûteuses mises à jour.

 

Plus qu'un "simple" treuil, le système Alpha est un assemblage de modules interchangeables en fonction des performances de l'appareil (Crédit: HELISAR/REEL)

Plus qu’un « simple » treuil, le système Alpha est un assemblage de modules interchangeables en fonction des performances de l’appareil (Crédit: HELISAR/REEL)

 

« Actuellement, chaque treuil doit être adapté en fonction des performances de la classe d’hélicoptère sur lequel il est installé », ajoute Figoureux. Grâce à sa modularité, le système Alpha est mécaniquement indépendant de l’appareil et pourra s’adapter de lui-même en se basant sur six modules interchangeables. Modules structurelle, électronique, de levage, crochet, ou encore poignée de commande: la flexibilité sera, à terme, maximale pour permettre au client de « construire » ou d’adapter son treuil en fonction de l’appareil grâce à une connectique standardisée. Cet appairage entre l’appareil et le treuil est géré par le module électronique, qui va « réguler les différences entre les différentes plateformes ». L’ensemble pèse de 35 kg à 55 kg suivant la configuration.

 

Hormis la modularité, le treuil Alpha présente la particularité d’être doté d’un câble constitué de matières textiles qui « allègent le filin et apportent une sécurité opérationnelle accrue pour les opérateurs puisqu’il est entouré d’une gaine protectrice conçue pour diminuer le risque de blessure ». L’ajout d’une gaine protectrice permet en outre d’isoler le câble textile des éléments extérieurs abrasifs, tels que les salins ou les rochers.

 

L’éventail de missions du treuil Alpha s’avère en toute logique des plus larges, du secours en mer et en montagne, en passant, pourquoi pas, par les opérations spéciales. « Rien n’empêche d’imaginer l’extraction d’opérateurs déployés au sol au travers de ce treuil », conçoit Figoureux. Un scénario d’autant plus séduisant que la capacité maximale de levage du système pourrait prochainement être portée à 360 kg, contre 270 kg à l’heure actuelle.

 

« Nous sommes aujourd’hui dans la phase de développement d’un prototype qui va servir à qualifier le treuil opérationnellement avec les utilisateurs pour lui permettre d’être adapté aux besoins de toutes les forces », explique Figoureux. Ce premier exemplaire entamera prochainement une phase de validation et de certification, notamment civile auprès de l’AESA. Près de 90% des tests seront réalisés au sol, les évaluations en vol étant à charge de l’éventuel client et/ou de la DGA. La certification est attendue pour 2021 et permettra à REEL de s’attaquer à certains développements en cours, à commencer par le HIL Guépard, dont les premières livraisons sont attendues pour 2026.