Un nouveau consortium en lice pour le projet européen MUGS

Attention, simple image d'illustration, mais dans laquelle on reconnaît quelques uns des sociétés impliquées: John Cockeill Defense, Arquus et Shark Robotics (Crédit: GTD International/John Cockerill Defense)

Attention, simple image d’illustration, mais dans laquelle on reconnaît quelques uns des sociétés impliquées: John Cockeill Defense, Arquus et Shark Robotics (Crédit: GTD International/John Cockerill Defense)

 

Un consortium coordonné par le Belge John Cockerill Defense a soumis une offre dans le cadre du programme européen « Multipurpose unmanned ground system » (MUGS). Et parmi les 24 partenaires issus de neuf pays, on retrouve quelques-uns des fleurons de la BITD française.

 

Baptisé TURMA, pour « Teaming – Unmanned – Robotic – Manned – Architecture », ce groupement tentera de décrocher un financement européen de 30,6M€ octroyé au travers du dispositif PEDID*. Ces fonds doivent contribuer à l’émergence d’un système autonome terrestre sur base de concepts opérationnels communs et d’une harmonisation des besoins. Selon les clauses de l’appel d’offres, le projet retenu devra fournir une solution pouvant être déployée en coordination avec les véhicules militaires pilotés. Les plateformes automatisées assisteront les militaires lors de missions spécifiques (protection de convois, patrouille en environnement urbain, etc.) ou les remplaceront lorsque le risque s’avèrera trop important (MEDEVAC, EOD en environnement contaminé, etc.). Un premier prototype est attendu pour 2021.

 

Du côté de TURMA, l’objectif consiste donc « à développer une architecture modulable et des réseaux permettant l’utilisation de systèmes en mode habité, en mode non‐habité (télé‐opéré), d’y intégrer des fonctionnalités autonomes et d’aides à l’utilisation, » nous explique John Cockerill Defense. Concrètement, TURMA constituera un portefeuille flexible de briques physiques et numériques que l’utilisateur installera sur des véhicules blindés « en service ou en cours de développement » afin de les transformer en plateformes autonomes capables d’agir en essaim. « Nous ajoutons à cette approche un volet éthique important et dans l’approche des solutions développées et dans leurs résultats notamment lorsqu’ils adressent les outils d’aide à la décision qui seront intégrés dans TURMA, » souligne John Cockerill Defense.

 

En tant que maître d’orchestre, l’ex-CMI Defence sera responsable de la définition de l’architecture de TURMA, de l’intégration de l’ensemble des sous-systèmes, de la conception des interfaces, de l’interface opérateurs et de l’évaluation des performances opérationnelles. John Cockerill Defense, fort de son expérience d’intégrateur de tourelles, abordera par ailleurs la question du développement des adaptateurs pour les effecteurs. Une part de charge à laquelle s’ajoute la création d’outils de simulation par la filiale française Agueris. Hormis le leadership belge, ce consortium rassemble une dizaine de laboratoires, start-ups, PME, ETI et groupes français, chacun apportant son expertise dans l’un ou plusieurs des segments du programme.

 

Attention, simple image d'illustration, mais dans laquelle on reconnaît quelques uns des sociétés impliquées: John Cockeill Defense, Arquus et Shark Robotics (Crédit: John Cockerill Defense)

(Crédit photo: John Cockerill Defense)

 

Parmi les acteurs français impliqués, on retrouve logiquement Arquus et la PME charentaise Shark Robotics pour les plateformes. Le premier « prend principalement en charge la mise à disposition de plateformes véhicules et la responsabilité de leurs opérations en modes télé‐opérés et de l’intégration de fonctionnalités autonomes, » explique John Cockerill Defense. Depuis deux ans, le groupe versaillais travaille sur fonds propres pour proposer des technologies de robotisation autour de deux grands axes: la téléopération de véhicule et la formation de convois autonomes. Pour fédérer ses recherches, Arquus s’est doté très récemment d’un laboratoire d’innovation, le Robot.Lab. Shark Robotics sera quant à lui chargé de fournir « une plateforme robotisée et d’y intégrer les éléments de navigation ». Il devrait en toute logique s’agir de la mule Barakuda, présentée en avril au salon SOFINS et invitée surprise du dernier défilé militaire du 14 juillet à Paris.

 

John Cockerill Defense s’est aussi attaché les services de deux laboratoires de recherche renommés: l’Institut franco-allemand de recherche de Saint-Louis et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Celui-ci adressera les aspects liés à la résilience et à la robustesse des outils de communication, de même que de gestion de l’énergie et de perception de l’environnement. Pour ce dernier point, le CEA pourra capitaliser sur l’expérience acquise grâce au partenariat établi avec SARP Veolia, qui a permis l’industrialisation en septembre 2018 du drone d’inspection autonome PREDIRE.

 

Le développement des « yeux et oreilles » des futurs systèmes autonomes est confié à Magellium. Créée en 2003, cette ETI toulousaine s’est spécialisée dans la géo-information et le traitement d’image. Le segment C2 est délégué à l’institut de recherche semi-privé VEDECOM, qui « apporte ses expertises pour le développement (…) du teaming entre systèmes habités et non‐habités, les actions de réflexe, leurs interactions », sous la supervision du bureau d’ingénierie GTD International. Précurseur de la filière drone française, ECA Group apportera les fonctionnalités de planification et d’interaction entre systèmes non habités.

 

Enfin, on ne présente plus Internest, jeune pousse multi-primée créatrice d’un système de positionnement robuste et précis pour les voilures tournantes, automatisées ou non. Soutenu par Airbus (rien que ça), Internest a déjà été approché par certains acteurs majeurs de l’écosystème français, tels que Nexter et Naval Group. Bref, la crème de la crème réunie au profit du projet européen. Et s’il est trop tôt pour crier victoire et confirmer la pertinence du modèle prôné par le PEDID, ces initiatives ont au moins le mérite de forcer la création d’un embryon de coopérations entre des industries nationales encore trop hermétiques.

 

 

*Programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense ou European Defence Industrial Development Program (EDIDP) en anglais