Très (trop) ambitieuse, l’Australie veut devenir la dixième puissance exportatrice d’armement d’ici 2028

Les responsables du ministère de la défense australien sont sceptiques vis-à-vis du plan du gouvernement visant à faire entrer l’Australie dans le top 10 des pays exportateurs d’armement dès 2028.

 

Christopher Pyne, ministre australien de l'industrie de défense

Christopher Pyne, ministre australien de l’industrie de défense

 

Le Premier ministre Malcolm Turnbull a lancé le 28 janvier 2018 un ambitieux plan visant à faire de l’Australie l’un des 10 principaux exportateurs de défense en dix ans, mais celui-ci a rapidement été dénoncé comme étant un « conte de fées » irréalisable. L’Australie est actuellement classée 20ème, avec une part de 0,3% du marché mondial alors qu’elle doit dépenser 34,6Mds$ australiens (22,1 Mds€) pour sa défense en 2018, soit le 12ème plus gros budget mondial.

 

« Nous prévoyons qu’au cours des neuf prochaines années, grâce aux investissements de ce gouvernement, nous deviendrons parmi les 10 premiers exportateurs de défense dans le monde » avait déclaré à l’époque le ministre de l’industrie de défense, Christopher Pyne. Turnbull avait lui déclaré que le plan stimulerait les compétences industrielles, créerait des « emplois de haute technologie et de pointe »(« des dizaines de milliers ») et aiderait à tirer parti des investissements de l’Australie dans la défense domestique. Il s’agit d’établir un fonds de 3,8 Mds$ australiens (2,42Mds€) pour accorder des prêts aux industriels de défense du pays qui doivent les aider à accéder aux marchés étrangers et donc augmenter leurs exportations. Dans ce sens, il est également prévu de créer au sein du ministère de la défense, une division spéciale vouée aux exportations. En plus de débloquer 2,42Mds€, le gouvernement consacrera 50M€ sur quatre ans à un programme de subventions destiné aux petites et moyennes entreprises exportatrices.

 

Si les industriels ont très bien accueilli le plan, qui devrait aider à leur développement, et de fil en aiguille, faire progresser l’armement des forces armées australiennes, les experts de défense du pays ont eux affirmé que la base industrielle de défense australienne était « trop petite » et quelle ne pourra jamais, dès lors, rivaliser « avec les grands producteurs de défense comme les Etats-Unis, la Russie et la Chine ».

 

Le site australien The New Daily s’est procuré des documents émanant du ministère de la défense et ceux-ci révèleraient une attitude beaucoup plus prudente que celle du Premier Ministre quant à la probabilité d’atteindre l’ambitieux objectif : « de toute évidence, le marché d’exportation de la défense internationale est très compétitif et des facteurs externes peuvent nous empêcher d’atteindre cet objectif ». Ces documents concèderaient que l’objectif de ce plan ne serait plus tant d’atteindre l’objectif du top 10, mais au moins de suivre la voie classique des bases industrielles de défense : développer le savoir-faire pour équiper les armées, puis faire progresser les exportations grâce au savoir-faire acquis et aux impulsions données par le gouvernement, afin de soutenir l’effort de défense.

 

Matt Ramage, secrétaire adjoint à l’industrie de défense, qui prend en exemple l’industrie de défense israélienne, dixième plus grande exportatrice mondiale, a déclaré dans un courriel interne : « nous devrions au moins tripler ou quadrupler les performances actuelles en matière d’exportation de défense ».

 

Au sein de l’industrie locale, la filiale du français Thalès est un exemple à suivre, puisque ses produits sont les plus exportés par l’Australie. Chris Jenkins, PDG de Thales Australia, avait assisté à la conférence de presse de Turnbull du 28 janvier et l’avait remercié pour son « soutien sans précédent« . Comme le rappelait à l’époque le site SBS News, le véhicule Bushmaster, déployé en Irak et Afghanistan par les forces australiennes est déjà une réussite à l’international puisqu’il a été commandé par la Jamaïque, le Japon, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Le site soulignait également que le véhicule plus léger du même industriel, le Hawkei, avait été désigné par la Defence Export Strategy du gouvernement Turnbull comme un des produits phares de l’avenir des exportations d’armement.

 

Actuellement, la seule société d’origine australienne classée dans le top 100 des sociétés productrices d’armes selon SIPRI est Austal, 75ème, qui fournit principalement des navires à la marine américaine. Cependant, environ 93% des ventes de la société sont dues à sa filiale américaine, par conséquent, presque aucune production ou création d’emplois ne se fait en Australie.

 

Pour que le pays figure parmi les dix premiers exportateurs, il lui faudra en dépasser d’autres, comme la Corée du Sud ou les Pays-Bas, ce qui impliquerait d’augmenter ses volumes totaux de 500% en dix ans! Surtout, sur un marché international à la concurrence exacerbée, l’Australie ne bénéficie, ni de l’avantage compétitif de la Corée du Sud, ni de l’expérience israélienne, ni même du label combat proven (hormis pour le Bushmaster de Thalès), gage de qualité très recherché par les clients.

 

L’ancien secrétaire à la défense, Paul Barratt, a déclaré que tout effort visant à stimuler activement les exportations et à rechercher des clients se traduirait par des ventes d’armes « inacceptables » qui risqueraient de placer des armes entre de mauvaises mains.

 

Selon la nouvelle stratégie du gouvernement, les marchés prioritaires pour les armes australiennes sont les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, le Moyen-Orient et la région Indo-Pacifique.