Système D : les Biélorusses créent le drone lance-roquette

Dans une vidéo consacrée à l’entrainement des forces armées biélorusses, la télévision nationale a révélé le déploiement d’une machine quelque peu originale, voire troublante. Dénichée par le site Defenceblog et analysée par un journaliste américain de Popular Mechanics, cette innovation qui nous vient de l’Est peut faire sourire au premier abord mais elle pourrait bien donner vie à une génération de drones tueurs de chars.

 

Le lance-roquette sur drone quadricopter, le système D à la Biélorusse (Crédits : Voyen TV / Youtube)

Le lance-roquette sur drone quadricopter, le système D à la Biélorusse (Crédits : Voyen TV / Youtube)

 

Loin de nous l’idée de comparer les militaires biélorusses aux soldats de l’État islamique, mais il faut bien avouer que certaines armées qui ne peuvent baser leur puissance sur leur supériorité technologique, ou tout simplement numérique, usent d’ingéniosité pour rester les plus dangereuses possible avec les moyens du bord.

 

Après les « petites » bombes larguées depuis un drone lors d’opérations de l’État islamique, ou quelques inventions de bricoleurs et d’armuriers qui ont intégré une mitrailleuse sur un drone, nous voilà devant la dernière application militaire sur un drone commercial : le lance-roquette.

 

À la mi-mai, lors d’un entrainement à Losvido dirigé par le chef adjoint de l’état-major général des forces armées, le général Pavel Muraveiko, des officiers Biélorusses ont pu découvrir un quadricopter surmonté d’un lance-roquette de type RPG-26 Aglen (il faut se diriger ici pour la vidéo, précisément de la minute 6.25 à 6.38). La roquette tirée par le RPG-26 a été développée par l’URSS dans les années 1980 pour percer jusqu’à 440mm de blindage ou un mètre de béton armé à une portée de 250 mètres.

 

Bien que selon Popular Mechanics, les capacités du RPG-26 seraient insuffisantes pour détruire un char Abrams M1 de front ou de percer son blindage de flanc, la manœuvrabilité d’un drone permet au tireur de le positionner de manière à viser le haut ou l’arrière du tank, là où couche de blindage est la plus mince. Encore faudrait-il s’assurer de la stabilité réelle du tube au moment du tir, alors qu’il est porté par un drone de faible poids en vol stationnaire. « Tirer la roquette est une chose. Viser correctement en est une autre. Le drone semble manquer d’un système de visée utile et la vidéo ne prend même pas la peine de montrer la portée de la roquette. » souligne ainsi Kyle Mizokami pour Popular Mechanics.

 

La technologie est probablement loin d’être au point, mais l’on imagine aisément son application sur un champ de bataille : si une armée ou un groupe terroriste pouvait se doter d’un stock suffisant de lance-roquettes et de drones commerciaux (et du savoir-faire nécessaire à l’effectivité du système), il lui suffirait alors de lancer à distance une horde de mini-drones d’attaque (le drone aérien biélorusse ne doit pas dépasser le mètre, quand le drone de combat américain en fait huit) pour harceler l’ennemi faiblement protégé et détruire des véhicules légers (selon Popular Mechanics, le PRG-26 peut être dangereux pour les véhicules américains de type Bradley ou Stryker). Et puis, même si un char lourd peut compter sur son blindage et sa défense active pour se protéger, imaginons une attaque simultanée de – disons – cinq drones et ce char n’est plus.

 

Pour Mizokami, l’avenir pourrait être bien sombre pour les tankistes de l’OTAN si jamais des ingénieurs parvenaient à tripler la charge utile d’un drone commercial ou à s’affranchir du tube traditionnel pour faire partir la roquette. Dès lors, ils seraient susceptibles de monter le RPG-29 à la place du RPG-26, soit une roquette de 105mm capable de mettre un M1 Abrams hors de combat à la place d’une roquette de 72,5mm. En fait, « ils pourraient créer un tueur de chars crédible, capable de charger rapidement l’armure ennemie, puis de tirer des tirs paralysants contre leurs points faibles. » nous dit Mizokami.

 

Il est certain que, du petit drone armé évoluant en grand nombre au missile hypersonique, la guerre du « futur » risque de faire… très mal.