SEAir donnera des ailes à l’ETRACO

L'AirShark 765 conçu en coopération avec Sillinger (Crédit: SEAir)

L’AirShark 765 conçu en coopération avec Sillinger (Crédit: SEAir)

 

Une fois n’est pas coutume, FOB quitte provisoirement la verte pour le grand bleu, cette fois à l’occasion du salon Pacific organisé cette semaine à Sydney. Parmi la cinquantaine d’exposants français, nous y retrouvons la start-up bretonne SEAir, dont la technologie de foil rétractable est à présent l’objet d’une expérimentation menée à Lorient en coopération avec les commandos marine de la FORFUSCO.

 

Signé en juillet avec la DGA par l’entremise de l’Agence de l’innovation de défense (AID), ce contrat d’une durée d’un an comprend l’intégration et l’expérimentation du foil de SEAir sur une Embarcation de transport rapide pour commandos (ETRACO). L’officialisation de ce projet, baptisé e-Flyco, coïncide avec le lancement ce vendredi du FUSCOL@B, nous explique Richard Forest, cofondateur et PDG de SEAir. À l’instar d’autres initiatives lancées récemment au sein des Armées, ce nouvel outil facilitera la centralisation de l’innovation de rupture de même que son évaluation, son prototypage et son éventuelle adoption par les militaires de la FORFUSCO. C’est notamment le cas du dispositif proposé par SEAir.

 

En récupérant le principe du foil auparavant réservé aux voiliers de course, le foil développé par SEAir permet à une embarcation semi-rigide à moteur de « voler » à une dizaine de centimètres de la surface. En d’autres termes, la vitesse de déplacement du bateau génère sur le ou les foils une portance hydrodynamique qui soulève le bateau en partie ou en totalité hors de l’eau. À la fois turbo et amortisseur, cette aile profilée réduit drastiquement la gîte, le roulis et la traînée, avec pour conséquence la possibilité d’augmenter sensiblement la vitesse tout en diminuant de 20% la consommation moyenne en carburant. Mais d’après SEAir, l’intérêt principal reste le gain de stabilité, qui contribue à diminuer la traumatologie du personnel embarqué en réduisant l’accumulation de chocs sur le dos et les genoux. « Ce type de technologie permet de ménager le soldat à long terme, mais aussi de l’aider à arriver ‘plus frais’ sur zone lors d’une mission opérationnelle, » note Forest.

 

Pour la quinzaine d’employés de SEAir, l’un des défis du projet e-Flyco consiste maintenant à affiner le système présenté au salon SOFINS en avril dernier au camp de Souge (Bordeaux). « Dans le cadre de l’armée française, il s’agira surtout d’éviter d’avoir des éléments qui dépassent de la coque. À l’origine, même quand ils sont rétractés, les foils viennent quand même se positionner légèrement en dessous des flotteurs, » apprend-on. SEAir revoit donc actuellement sa copie pour que l’intégration sur ETRACO ne nécessite aucune modification de la forme de la coque. « Nous réalisons nous-même l’étude nécessaire pour créer une pièce spéciale dédiée au moyen d’un nouveau moule, » précise Forest.

 

SEAir en représentation au salon Pacific 2019 organisé à Sidney, Australie

SEAir en représentation au salon Pacific 2019 organisé à Sidney, Australie

 

Ce choix nécessitera par ailleurs de passer d’une embarcation monomoteur AirShark 765, développée en partenariat avec Sillinger, à  la configuration bimoteur de l’ETRACO. « Nous avions déjà entamé les démarches dans le cadre d’un projet civil, l’intérêt des commandos marine va maintenant nous permettre de pousser le sujet jusqu’au bout, » ajoute Forest. La principale différence réside dans le nombre de foils et leur positionnement sur la coque et le moteur. Sur l’AirShark 765, l’une des ailes est « greffée sur l’embase du moteur », ce qui donne un total de trois points d’appui. L’ETRACO en nécessitera quant à lui deux à l’avant et deux à l’arrière « pour ne plus être solidaire des moteurs ». Trois mois après la notification, le programme poursuit pour l’instant la phase d’étude. « Nous acquérons des immenses volumes de données en faisant naviguer le bateau tel qu’il est aujourd’hui pour mieux comprendre son comportement et aller modéliser celui-ci dans notre simulateur, » détaille le PDG de SEAir. Une fois les phases d’étude puis d’intégration achevées, l’ETRACO modifié devrait débuter les essais en mer au printemps 2020. « À l’issue de cette expérimentation, les commandos marine auront les éléments permettant de définir un cahier des charges pour l’utilisation, ou non, des foils de ce type, donc rétractables, sur les embarcations futures utilisées dans les 10 prochaines années, » établit-on du côté de l’Innovation Defense Lab.

 

Lancé en 2016, SEAir a depuis lors largement attiré l’attention au-delà des frontières de l’Hexagone. « Nous avons exposé en juin dernier à Southampton [Royaume-Uni] lors de Seawork. Le ministère de la Défense britannique a essayé le bateau et a posé des capteurs à bord. L’armée suédoise est revenue à nouveau la semaine dernière à Lorient pour recommencer une série de tests. Nous avons aussi reçu plusieurs fournisseurs de l’US Navy, dont l’un est venu essayer le système. Et nous devrions bientôt les revoir aux Defense Industry Days organisés à la mi-octobre par l’ambassade de France à Washington, » se félicite SEAir.

 

Forte de ces perspectives prometteuses, la start-up bretonne entrevoit d’ores et déjà le potentiel amené par les drones de surface (USV). Le segment haut fait en effet encore face à deux écueils majeurs que sont la stabilité et l’autonomie. Outre une réduction des chocs bénéfique aux opérations nécessitant un niveau élevé de précision, la légère surélévation de la plateforme permettrait, selon Richard Forest, d’améliorer les liaisons de données en diminuant l’impact de la houle. De même, « l’économie d’énergie augmenterait considérablement le rayon d’action de l’USV ».  Si SEAir n’a pour l’heure pas matérialisé un quelconque rapprochement avec un droniste, « beaucoup de gens nous tournent autour, » confirme Forest.