Scorpion et innovation au menu du GICAT

Exercices parfois périlleux, exigeants mais néanmoins nécessaires, les auditions de la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale sont autant d’occasions choisies par les « auditionnés » pour défendre certains dossiers qui leur sont chers. Ce fut récemment le cas de Stéphane Mayer, président du GICAT et PDG de Nexter, venu le 26 juillet faire le point sur quelques défis à venir, dont le programme Scorpion et l’innovation.

 

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Dans un contexte post-électoral miné par les déclarations budgétaires du gouvernement Philippe, Stéphane Mayer, qui fête par la même occasion son premier anniversaire à la tête du GICAT, a premièrement tenu à rappeler la bonne santé du secteur terrestre. Avec 6.3Md€ de chiffre d’affaires en 2016, dont 40% à l’exportation (2.6Md€), les industriels français enregistrent une croissance de 9% par rapport à 2015.

 

Soutenu par la présentation officielle du premier prototype d’EBMR Griffon, le programme Scorpion se porte bien, rassure Mayer. Certes, son calendrier « est aujourd’hui tendu […] mais il est respecté », précise Mayer. Une poignée de prototypes sont actuellement testés par les militaires français, en prévision de la livraison des trois premiers véhicules de série pour fin 2018. Si l’étalement des livraisons est prévu sur 15 ans entre 2018 et 2033, l’armée de Terre a souhaité profiter d’un calendrier plus rapide pour, entre autres, disposer plus rapidement d’un parc homogène et réduire les coûts de MCO, rappelle Mayer. En cas d’accélération et/ou de contrats exports, les partenaires industriels sont en mesures de doubler les cadences pour parvenir au rythme de 220 Griffon et « une cinquantaine » de Jaguar produits à l’année. Restera à régler l’épineuse question budgétaire « parce que si on livre les mêmes quantités sur une période plus courte, chaque année ça coûte plus cher »…

 

Côté innovation, Mayer insiste sur la nécessité d’augmenter le financement accordé aux études amont du secteur terrestre. Car la part du terrestre « jugée par les industriels comme minoritaire » ne capte qu’à peine 10% des 720M€ octroyés annuellement. « C’est insuffisant eu égard à l’importance aux équipements de l’armée de Terre et aux enjeux […] sur les programmes à venir », déplore Mayer. Ce dernier soutient logiquement l’objectif de porter à 1Md€ le budget des études amont, qui permettrait au budget annuel terrestre de dépasser les 100M€. Et le président du GICAT de suggérer de « commencer à investir maintenant sous forme de R&D partagée entre industriels et études amont étatiques dans un ordre de grandeur de 15 à 20M€ par an » et ce, dés la prochaine LPM.

 

D’après Mayer, appuyer davantage la R&D permettrait aux partenaires industriels de « commencer à explorer les briques technologiques nécessaires à nos programmes futurs à l’horizon des années 2030 », explique Mayer, et notamment les deux programmes franco-allemands que sont le char du futur, ou « Main Ground Combat System », et le système d’artillerie du futur, ou « Common Indirect Fire System ». Deux projets attendus avec impatience par KNDS car il s’agit d’un « enjeu existentiel » pour le groupe franco-allemand, explique Mayer.

 

Leur concrétisation obligera néanmoins Paris et Berlin à faire converger leurs besoins respectifs, ce qui n’est pas le cas actuellement. Ces programmes reposent en effet sur « un équilibre instable […] et au cas où les Français oublieraient de pousser fort pour obtenir un maximum de choses pour conserver l’équilibre des choses, on peut être sûrs que les partenaires allemands, eux, le feront ». La France devra donc « mettre une certaine pression pour qu’il n’y ait pas deux listes au Père Noël dans les deux armées ».

 

Les programmes MGCS et CIFS nécessiteront en outre une vision industrielle commune, qui, dans le cas franco-allemand diverge également. En effet, si la France « a l’habitude de choisir des partenaires stratégiques et de parler ensemble de l’avenir », l’Allemagne poursuit davantage « une logique de concurrence ». Il faudra, enfin, faciliter les flux d’exportation car « pour transmettre ses plans au sein d’un groupe européen, un ingénieur doit actuellement demander une autorisation d’exportation », explique Mayer.