Renaissance d’une filière petit calibre

Ce moment je n’osais à peine l’espérer il y a encore quelques mois.” C’est avec ces mots que le ministre de la défense français, Jean-Yves Le Drian, déclarait le 17 mars à Pont-de-Buis-lès-Quimerch (Bretagne) la recréation en France d’une filière de munitions de petits calibre de guerre (5,56 mm 7,62 mm et 9 mm). « C’est la réimplantation d’une filière abandonné à la fin des années 1990 simultanément a l’arrêt de la production du FAMAS, » dit-il.

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La filière sera le fruit d’un accord industriel signé entre « trois sociétés françaises exceptionnels », expliquait Le Drian, en soulignant au passage que « nous avons fait du Made in France dans l’action, pas uniquement dans les discours ». Les trois sociétés sont le « leader mondial des poudres, le leader mondial des fabricants de machines outils pour produire les munitions et (…) Thales ».

Les munitions seront fabriquées dans une nouvelle chaine d’assemblage à Pont-de-Buis-lès-Quimerch par Nobelsport (filiale du groupe Sofisport), leader de munitions de chasse et de tir avec 30% du marché mondial, et Thales TDA Armements qui s’occupera de la conception en apportant la technologie pour la fabrication des étuis et des projectiles de munitions. Le géant de l’électronique équipe déjà l’armée australienne en fusils d’assaut et munitions. Le troisième partenaire, Manurhin, spécialisé dans les machines outils « exportées à 100% dans 60 pays différents », fournira les machines de cartoucherie.

NobelSport et Thales devraient financer l’investissement de moins de 100M€ puis l’amortir sur les prix des munitions (0.30 à 0.40 € l’unité d’après notre confrère de La Tribune).

Le site devrait produire d’ici trois ans 100 million de munitions par an, dont 90% ne serviront que pour l’entraînement par les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice et des Finances. Mais les partenaires visent aussi le marché export. Pour réussir, ils devront garantir aux ministères « le prix et la qualité des munitions aux mêmes niveaux que leurs concurrents ains que les délais de livraison. Sinon on n’achètera pas ».

Comme quoi, le rapport du 16 décembre 2105 par la commission de la défense nationale et des forces armées qui s’inquiétait de « l‘absence de moyen industriel de production de munitions de petit calibre en France » et de la « situation de totale dépendance » de la France sur un « approvisionnement venant exclusivement de l’étranger » a donné suite remarquablement rapidement à ce que Le Drian a déclaré être un « acte de souveraineté nationale par la recréation de cette filière ».

L’aventure a, en réalité commencé « il y a presque un an jour pour jour » quand Le Drian était venu « voir des poudres [et puis] il me semblait que le chemin qui sépare la mission de chasse à la mission militaire n’est peut être pas franchement infranchissable. Et de ce constat est né une longue et dense phase d’élaboration d’un projet de réimplantation en France d’une industrie de munitions de guerre de petit calibre… »