Quid du programme sécuritaire de Merkel?

Et de quatre ! Sans grande surprise, la Chancelière allemande Angela Merkel a pour la quatrième fois consécutive mené l’alliance des chrétiens démocrates du CSU/CDU à la victoire avec 33% des suffrages. Si l’électrochoc du retour au Bundestag de l’extrême-droite par l’entremise de l’Afd ne doit pas être passé sous silence, le rôle de FOB n’est pas de fournir un commentaire politique mais bien de s’attarder sur le programme sécuritaire défendu par Merkel.

 

Quel avenir pour les promesses de campagne d'Angela Merkel? (Crédit photo: Bundesregierung/Kugler)

Quel avenir pour les promesses de campagne d’Angela Merkel? (Crédit photo: Bundesregierung/Kugler)

 

Prospérité et sécurité pour tous, tels sont les maîtres mots du programme défendu par le CDU. Un manifeste d’environ 70 pages qui ne contient pas moins de 58 occurrences du mot « Sicherheit » (sécurité). Fortement ébranlée par les attentats en 2016, l’Allemagne doit maintenant renforcer la sécurité aux niveaux fédéral et régional. Près de 15 000 policiers et « agents de sécurité » supplémentaires devraient être donc engagés afin d’améliorer la surveillance « dans les rues, sur les places, dans les trains, les gares et les aéroports ».

Ne pouvant ni légalement, ni culturellement recourir à la Bundeswehr pour ce type de mission, Berlin a logiquement opté pour un gonflement des effectifs de police, qui sont passés de 38 000 en 2014 à 41 500 en 2017.

 

« Après 25 années de réductions, la Bundeswehr se développe à nouveau. Elle reçoit plus de personnel, plus de matériel moderne, et des moyens financiers suffisants », expliquent Merkel et le CDU dans leur manifeste. Outre un plan d’investissement en matériel doté d’un budget de 30Md€, le CDU promet l’engagement de 18 000 militaires supplémentaires d’ici 2024. L’accent sera également porté sur l’acquisition de nouvelles compétences, telle la cybersécurité. « Nous allons investir dans du personne hautement qualifié et du matériel de pointe », promet Merkel, désireuse de créer un nouveau centre de recherche en matière de cybersécurité au sein de l’université de la Bundeswehr, à Munich. « La Bundeswehr a besoin […] de développer des capacités cybernétiques offensives au sein de son spectre de capacités », ajoute le manifeste.

 

Plus surprenant est le volet financier du programme de Merkel. Après avoir qualifié de « tout à fait irréaliste » le palier de 2% du PIB investis dans la défense requis par l’OTAN, Berlin pourrait désormais faire volte-face et suivre la ligne activement défendue par son actuelle ministre de la Défense, Ursula von der Leyen. Rappelons que pour respecter cet engagement, l’Allemagne devra pratiquement doubler son budget actuel pour atteindre 65Md€ en 2024. Un objectif d’autant plus inatteignable que les investissements prévus à l’origine pour la Bundeswehr ont été revu à la baisse pour 2018 (comme nous vous l’expliquions ici). D’où la rhétorique imprécise de Merkel, qui annonce vouloir « augmenter progressivement les dépenses pour la défense vers 2% de PIB d’ici 2024 », sans explicitement promettre d’atteindre ledit palier.

 

Logiquement attachés à un paysage politique stable dans un monde qui ne l’est pas, les Allemands ont donc choisi la continuité en pariant timidement sur l’alliance au pouvoir, laquelle attend désormais la reconduction de Merkel au pouvoir par le Bundestag pour lancer différents chantiers.

 

S’il n’est pas particulièrement ambitieux, reste à savoir comment le programme de Merkel résistera à l’arrivée de l’extrême droite, au divorce annoncé avec Martin Schulz, président du parti social-démocrate et donc, à l’élaboration d’une nouvelle alliance solide avec les adversaires d’hier. La tâche sera d’autant plus ardue que l’exemple français nous a prouvé que, mêem en disposant d’une majorité écrasante, aucune promesse électorale n’est à l’abri des caprices du pouvoir.