Portrait d’un bataillon belge

Occultées ces derniers jours par la crise des migrants, les opérations de lutte contre le terrorisme se poursuivent en Belgique. L’occasion pour FOB de rencontrer le bataillon 12ème de Ligne Prince Léopold/13ème de Ligne (ou 12/13Li), l’une des unités de l’armée belge parmi les plus sollicitées, tant sur le territoire national pour l’opération Vigilant Guardian qu’en opération extérieure au sein de l’European Training Mission au Mali.

 

Les homme du 12/13Li en patrouille au coeur de Bruxelles (Crédit: Marc Ganser / 12/13Li)

Les homme du 12/13Li en patrouille au coeur de Bruxelles (Crédit: Marc Ganser / 12/13Li)

 

Le lieutenant-colonel Manuel Monin, actuel chef de corps du 12/13Li

Le lieutenant-colonel Manuel Monin, actuel chef de corps du 12/13Li

Basé à Spa, au sud de la Belgique, et créé au lendemain de la révolution belge de 1831, le 12/13Li reste à ce jour la plus ancienne unité active de l’armée belge. Intégré depuis 2011 à la Brigade légère, le 12/13Li avec ses 550 « Lignards » a été de toutes les opérations récentes, du Rwanda au Kosovo en passant par l’Afghanistan et le Mali. Sa mission principale consiste à participer à toute opération terrestre avec un délai très court. Fort de sa devise, « À l’Avant-Garde », le 12/13Li est jumelé au 1er régiment de Tirailleurs de l’armée de Terre française, dont la devise fait logiquement écho à celle des Lignards : « Premier toujours premier ». Diplômé de la 144e promotion polytechnique de l’Ecole Royale Militaire belge, le lieutenant-colonel Manuel Monin est devenu le 75e chef de corps du 12/13Li le 5 juin 2015. Il a aimablement accepté de répondre à nos questions.

 

Quel rôle le 12/13 joue –t-il dans la lutte contre le terrorisme en Belgique et quelle est son expérience dans ce domaine ?

 

Tout comme les autres unités de manœuvre de la composante terre, le 12/13Li est massivement déployé sur le territoire national. Nous participons actuellement au rôle avec environ 200 hommes répartis sur les sites de Liège, Verviers, Charleroi et Bruxelles.

 

Le soldat d’infanterie reste par essence polyvalent. Vu l’expérience anti-terroriste acquise au cours des déploiements successifs, et particulièrement en Afghanistan, nos soldats sont devenus des vecteurs très performants.

 

© Marc Ganser - LtBn12-13Li - IPR 151128-128

Près de 200 hommes du 12/13Li sont encore déployés dans quatre villes belges (Crédit: Marc Ganser / 12-13Li)

 

Quelle est la spécificité des soldats du 12/13 ? Existe-il un échange d’expérience franco-belge dans ce domaine ?

 

La spécificité du fantassin du 12/13Li se trouve dans son aspect léger-blindé. Nous sommes très rapidement déployables par avion/hélicoptère (Air Mobile), par moyens amphibies ou avec notre propre véhicule, le DINGO. Notre légèreté constitue notre force par rapport aux unités équipées du 8×8 Piranha tandis que le blindage de notre MPPV campe notre force par rapport aux unités para-commandos.

 

Nous sommes jumelés avec le 1er Régiment de Tirailleur (RT) d’Epinal. Chaque année nos sous-unités s’entraînent de façon conjointe. Notre peloton d’éclairage va par exemple renforcer le 1RT lors de sa rotation au CENTAC en février 201616. L’année prochaine une Compagnie du 12/13Li sera intégrée à un EU Battle Group français pour la rotation du premier semestre 2017.

 

Avez-vous eu à ajuster vos procédures existantes ?

 

Lors des événements de novembre 2015, le 12/13Li a mobilisé 350 militaires en moins de 24 heures et cela sans ordre d’avertissement. Ceci démontre la grande disponibilité de notre personnel et le fait que les procédures fonctionnent.

 

Mais il est vrai que le régime actuel impose de faire des choix. De la priorité d’aujourd’hui fixée par nos responsables politiques découle le fait que notre entraînement fonctionnel en effet se réduit.

 

© Marc Ganser - LtBn12-13Li - IPR 151128-97

350 hommes du 12/13Li ont été mobilisés en 24h pour l’opération « Vigilant Guardian » (Crédit: Marc Ganser / 12-13Li)

 

Comment se déroule la cohabitation entre militaires et policiers ?

 

La coopération reste globalement excellente. La plus-value d’un travail commun lors d’une crise a été très bien assimilée, tant par les « kakis » que par les « bleus ». Le fait que la mission désormais soit plus routinière, que la menace soit plus diffuse, commence cependant à faire naître quelques doutes, surtout dans la tête des militaires. Les statuts des personnels très différents l’un de l’autre font naitre quelques incompréhensions quand on exécute la même mission très longtemps. La tâche du leadership devient alors d’expliquer que tout doit être placé sur la balance si l’on veut effectuer des comparaisons.

 

Suite et fin de cette interview demain…