Opération Sentinelle : l’armée dans les rues (Partie 2 : Sentinelle se met en place)

Après un premier article consacré à Vigipirate et au pré-Sentinelle, nous abordons aujourd’hui le vif du sujet.

 

Si l’opération qui débute en janvier 2015 ne porte pas encore officiellement le nom qu’elle a aujourd’hui, il apparait très vite que ce qui se passe est sans commune mesure avec ce qui avait cours auparavant. Là où Vigipirate rassemblait en temps normal entre 1 200 et 1 500 soldats, les ordres donnés par le ministère de la Défense impliquent dorénavant le déploiement de plus de 10 000 hommes sur le territoire national. Ces soldats sont chargés de la protection de près de 700 lieux dits « sensibles » (dont 230 en Île-de-France) : lieux de culte, écoles de confession juive ou musulmane, organes de presse, lieux à forte fréquentation. Sur les 10 000 que le plan prévoit, 6 000 doivent être en place rien qu’en Île-de-France. Ce dispositif est mis petit-à-petit en place. Le 12 janvier, 3 200 militaires sont déjà en position dans la région de Paris.

Sentinelle_008

La tour Eiffel, un des lieux les plus visités de France, est sous surveillance constante.

Pour encadrer cette opération nouvelle pour l’armée, une structure de commandement est mise en place. Les préfets de zone de défense reçoivent l’autorité sur les troupes déployés dans leur zone. Ce sont eux qui décident des sites à protéger. Un dialogue de commandement permanent s’installe entre le préfet et l’officier général de la zone de défense en question car c’est à ce dernier que revient la responsabilité des troupes engagées (Pour l’Île-de-France : le gouverneur militaire de Paris). Cet échange continu entre le préfet et son collègue militaire se retrouve à tous les niveaux de la hiérarchie, depuis les cabinets ministériels (Intérieur et Défense) jusqu’aux patrouilles sur le terrain (militaires et forces de sécurité intérieure) en passant par le dialogue entre états-majors (de police et de zone de défense) et celui entre commandant de compagnie et commissaire.

Sentinelle_004

Les alentours de la tour Eiffel sont inspectés par une patrouille de légionnaires.

Le 29 avril, à l’issue d’un conseil de défense, le président François Hollande annonce que dorénavant, ce ne seront plus que 7 000 militaires qui seront déployés en France (dont 4 000 en Île-de-France) de façon durable dans le cadre de l’opération qui prend désormais officiellement (elle le portait déjà depuis longtemps) le nom de Sentinelle. Cette refonte de l’opération a plusieurs objectifs. Le but premier est évidemment de rendre plus durable ce dispositif. En effet, avec plus de 10 000 hommes déployés sur Sentinelle, on atteint des chiffres comparables avec le nombre de soldats en OPEX. Cette OPINT s’introduit dans un cycle de vie des armées déjà fort chargé. Toutes les unités de l’armée de Terre sont susceptibles d’être déployées dans le cadre de Sentinelle (la BFST jouissant d’un statut évidemment particulier). Comme toute opération, Sentinelle est précédée d’une mise en condition opérationnelle, moins longue que celles des OPEX mais tout aussi importante. Cette MCO est axée autour de la cohésion des unités, sur les techniques de combat (patrouille, combat rapproché, tir à courte distance) et sur l’acclimatation.

Sentinelle_005

Un soldat français sécurise une école juive à Paris, le 12 janvier 2014. (©REUTERS)

Cette réorganisation permet également au dispositif d’être plus réactif. En effet, avec la réduction des effectifs, une nouvelle tactique est mise en place. Les militaires ne vont plus protéger des lieux mais bien des personnes et au lieu de gardes statiques, des patrouilles mobiles seront préférées. Ce type d’action offre une plus grande visibilité aux soldats, ce qui permet d’accroitre le sentiment de sécurité de la population en plus d’accroitre de fait la sécurité des soldats. Des soldats en patrouille ont un comportement moins prédictible que des gardes statiques. Cela permet enfin d’offrir une certaine discrétion aux sites protégés. En effet, plusieurs synagogues font reposer leur sécurité sur la discrétion. Or la présence de soldats devant un bâtiment pourrait faire de celui-ci une cible… Les patrouilles mobiles permettent de faire en sorte que les soldats se trouvent là où il faut quand il faut, c’est-à-dire, dans l’exemple d’un lieu de culte, lorsqu’un office a lieu dans celui-ci.

 

(À suivre…)