Non, KMW n’est pas à vendre

Non, KMW n’est pas à vendre, a indiqué Stéphane Mayer, PDG de Nexter et coprésident de KNDS, le 15 mai en audition de la Commission défense de l’Assemblée nationale. L’occasion choisie par celui-ci pour effectuer une franche mise au point concernant notamment le « cas Rheinmetall » et la structure industrielle du programme franco-allemand Main Ground Combat System (MGCS).

 

(Crédit photo: KNDS)

(Crédit photo: KNDS)

 

Inséparable KNDS

 

« Bien plus qu’un char », le MGCS sera un système de combat terrestre complet « qui répondra, grâce à une série impressionnante d’innovations, aux besoins de la supériorité terrestre dès son entrée en service, prévue pour 2035 », rappelle Mayer. Hormis les clients français et allemand, ce char du futur sera naturellement proposé à l’export, à commencer par les partenaires européens. Aujourd’hui, les flottes combinées de Leopard et de Leclerc représentent 43 % des chars en service sur le continent européen. « C’est donc un minimum que MGCS fasse 43 % », estime Mayer. Un objectif ambitieux qui, dans un second temps, pourrait être élargi aux pays équipés de plateformes américaines ou russes. Dans sa globalité, le marché européen du MGCS est estimé à 100Md€. Il constitue dès lors un enjeu économique majeur pour KNDS, formé des deux maîtres d’oeuvres à l’origine des chars Leclerc et Leopard, et Rheinmetall.

 

En conséquence, ce programme stratégique a été dès l’origine – faut-il encore le rappeler ? – au coeur de l’argumentaire avancé par Rheinmetall pour justifier son projet d’acquisition de KMW. Le groupe rhénan invoque en effet l’importance d’une consolidation industrielle pour assurer la bonne conduite du programme et la compétitivité de l’industrie. Une solution qui, bien que jugée « pertinente » et « bénéfique » par Mayer, menacerait dans ce cas précis le principe d’équilibre inhérent à la structure adoptée par KNDS* dès sa création, en 2015.

 

De fait, cette prise de contrôle accoucherait d’un changement de posture dans lequel la France se retrouverait en position minoritaire face à un grand groupe allemand. Or, le gouvernement français, de part la sauvegarde de son autonomie stratégique et la valeur du patrimoine qu’il détient au travers de Nexter, n’y verrait aucun intérêt. « La France n’a donc pas l’intention de devenir minoritaire à côté de Rheinmetall », un point de vue exprimé encore récemment par la ministre des Armées. « Du point de vue de KNDS – et je m’exprime aussi en tant que coprésident de KNDS –, sa filiale allemande, KMW, n’est pas à vendre. Nous n’allons pas nous couper une de nos deux jambes pour continuer à avancer dans des conditions étonnantes », insiste le PDG de Nexter.

 

Le gouvernement français semble pour autant ne fermer aucune porte. Paris a d’ores et déjà fait des propositions concrètes qui permettraient de respecter les principes d’une direction commune et d’un pouvoir équilibré entre l’actionnaire français et son ou ses homologues allemands, s’il devait y en avoir plusieurs. Cependant, « cette proposition n’a pas permis d’avancer ou de trouver un accord », déclare Mayer.

 

La participation souhaitée par Rheinmetall est d’autant moins à l’ordre du jour que KNDS se trouve dans une excellente situation financière. Le groupe a réalisé un nouveau de record de prises de commandes en 2018, à 3,5Md€ contre 3,4Md€ en 2017. De même, le carnet de commandes s’élève, à la fin de l’année 2018, à près de 7,8Md€ pour un chiffre d’affaires de 2,3Md€. Ces chiffres se révèlent « supérieurs aux objectifs qui nous avaient été fixés », se félicite Mayer.

 

Qui pour diriger MGCS ?

 

Toujours est-il que l’appétit de Rheinmetall pour KMW ne favorise en rien la bonne conduite des discussions préliminaires au programme MGCS. Les questions du maître d’oeuvre et de la répartition des tâches suscitent toujours « de nombreux débats à l’heure actuelle », confirme-t-on du côté de Nexter. Ce fameux « qui fait quoi » repose sur un accord gouvernemental délimitant précisément les parts, soit 50% pour la France et 50% pour l’Allemagne, qui disposera de la maîtrise d’oeuvre du programme. Cependant, si Nexter s’impose naturellement comme l’acteur unique côté français, l’Allemagne a choisi de soumettre deux candidats au poste de maître d’oeuvre, ce qui nécessite un délicat travail de convergence. « Ce choix est accepté par la France, mais complique et retarde le programme », commente Mayer.

 

Qui, de Rheinmetall ou de KMW, récupérera le leadership ? Indispensable au succès de ce programme, cette compétence doit revenir à KMW, martèle Mayer. Selon ce dernier, MGCS « est essentiel à KNDS, à son succès et sa stratégie. KNDS a été créé dans cette idée, et nous devons tous œuvrer pour faire démarrer ce programme et obtenir pour KNDS une part à la hauteur de ses compétences de systémier européen du terrestre ».

 

« La question est sensible. Il n’est pas forcément besoin d’en décider tout de suite, mais il faudra, le moment venu, trouver une solution », explique-t-il. Adouber KMW, donc finalement KNDS, impliquera effectivement de trouver un terrain d’entente avec le troisième industriel. C’est pourquoi il a été demandé aux trois intéressés de proposer des solutions en matière de répartition des tâches et des responsabilités. KNDS a d’ores et déjà « fait des propositions que j’estime raisonnables (…) intégrant Rheinmetall et prenant en compte la volonté du gouvernement allemand et celle de Nexter ».

 

« Au moment où nous nous parlons, de nombreuses réunions se sont déjà tenues. Des progrès ont été réalisés, néanmoins, la convergence complète est toujours en cours entre les trois sociétés », rajoute Mayer. Pour l’heure, les deux groupes industriels se penchent essentiellement « sur l’architecture générale du système et des questions comme l’analyse de la valeur, les briques technologiques ». D’autres réunions sont prévues « très prochainement » avec pour objectif de lancer la première phase de R&T de MGCS « dans six mois à peu près, voire un peu plus tard selon les thèmes et les sujets », annonce Mayer.

 

 

 

*Pour rappel, KNDS est détenu à parts égales par le gouvernement français et par des actionnaires privés allemands. Ce groupe, codirigé par deux coprésidents, détient 100% de ses filiales opérationnelles, que sont Nexter et KMW. Autrement dit, la France détient théoriquement une partie du capital de KMW, donc un droit de regard pour tout sujet afférent à l’actionnariat.