MMP : une révolution opérationnelle

Le sujet ci-dessous a été rédigé à partir de l’article de Jacques Doumic,  et Vincent Guibout,  paru dans le magazine des ingénieurs de l’armement n° 109 (http://www.caia.net/page/517/la-revue)

Le Milan, d’une portée de 2000 m, a pleinement satisfait pendant de nombreuses années sur des caractéristiques simples : efficacité antichar et guidage en alignement, le tireur positionnant sa ligne de mire sur la cible jusqu’à l’impact. Avantage économique : intelligence dans le poste de tir, munition rustique et d’un prix modéré. Le contexte opérationnel évoluant, le MMP [missile moyenne portée] est né, avec l’ambition de sauter d’un coup plusieurs générations : portée de 4000 m, charges polyvalentes, tir en espace confiné, mais surtout guidage.

L’intégration du MMP sur un petit blindé (PVP) (Crédit photo : © L Guichardon MBDA)

L’intégration du MMP sur un petit blindé (PVP) (Crédit photo: © L Guichardon MBDA)

Pour sortir de la contrainte « homme dans la boucle en permanence » et proposer une capacité « tir et oubli », permettant au fantassin de se dégager immédiatement après le tir, le MMP dispose d’un autodirecteur bi-mode (visible et infrarouge) aux capacités d’accrochage inégalées, même en zone désertique où la cible et son environnement sont pratiquement à la même température. Au-delà du « tir et oubli », qui ne permet d’engager que les cibles que l’on voit, il fallait également pouvoir contrôler le missile jusqu’à son impact. Grâce à la capacité de « retour image » (une fibre optique renvoie en temps réel, tout au long du vol, les images vues par l’autodirecteur), le tireur peut changer de cible s’il en découvre une de plus haute valeur (véhicule de commandement, par exemple), préciser son point de frappe (fenêtre par laquelle entrer dans un bâtiment), ou à l’inverse détourner le missile vers une zone sans danger en cas de risque de dommages collatéraux. On parle alors de missile avec « homme au-dessus de la boucle », dont la performance opérationnelle repose sur les choix en termes de courbure de la trajectoire, de vitesse du missile, de champ de l’autodirecteur et d’ergonomie du poste de tir. Dans ce domaine, la coopération avec la STAT a été d’une valeur inestimable !

A toutes les étapes, le recours à la simulation a été massif : battle lab pour confirmer les besoins clefs, puis les moyens de simulation numérique au cœur des développements MBDA, et aujourd’hui pour que le combattant se familiarise avec son système d’arme, acquière les gestes réflexes et conserve des compétences opérationnelles au meilleur niveau pour un coût contrôlé. Le résultat est là : les capacités opérationnelles de l’infanterie vont se trouver démultipliées.

L’un des multiples simulateurs qui ont été développés et dont l’un a notamment servi aux militaires pour spécifier l’armement et, en particulier, la fonction TAVD (Tir Au-delà de la Vue Directe) , qui est nouvelle pour un équipement de fantassin (Crédit photo: © L Guichardon MBDA)

L’un des multiples simulateurs qui ont été développés et dont l’un a notamment servi aux militaires pour spécifier l’armement et, en particulier, la fonction TAVD (Tir Au-delà de la Vue Directe) , qui est nouvelle pour un équipement de fantassin (Crédit photo: © L Guichardon MBDA)

Au-delà, les travaux d’intégration au Jaguar sont déjà lancés, et le MMP va maintenant commencer sa carrière à l’export, que l’on peut espérer aussi pleine de succès que celle des précédents missiles du combat terrestre de MBDA. Les technologies innovantes développées pour le MMP seront réutilisées, faisant naître une famille de produits autour du MMP : portée accrue, insertion dans un réseau, plateformes aériennes…

Le MMP aura été développé en un temps record, grâce au volontarisme de MBDA et au soutien très fort de la direction de programme DGA : conception initiée en 2010, essais de mise au point en 2011 et de la chaîne létale en 2013-2014, premiers tirs en vol à l’été 2014. La qualification du missile par la DGA est en cours et les premières livraisons auront lieu en 2017.

Le général Beaudouin, Directeur de la STAT, déclarait le 17/02/2016 devant la représentation nationale : « Le missile moyenne portée de MBDA ne sera mis en service qu’en 2018 mais nous le connaissons parfaitement parce que nous avons participé à la définition de ses interfaces homme-machine. Nous avons vraiment un partenariat – il faut bien l’entendre de cette façon – entre l’industriel retenu, la DGA et les armées ».