Macron, l’Europe et la défense

avec Nathan Gain

« Au début de la prochaine décennie l’Europe devra […] être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir ». Le chef de l’état français, Emmanuel Macron, ne pouvait être plus clair sur sa vision de l’Europe de la Défense dans un discours de 90 minutes prononcé hier à l’Université de La Sorbonne à Paris.

Emmanuel Macron a fait un discours de 90 minutes dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne et a passé près d'une heure après à répondre aux questions (posées en majorité par des jeunes femmes!) de l'auditoire

Emmanuel Macron a fait un discours de 90 minutes dans le Grand Amphithéâtre de La Sorbonne et a ensuite passé près d’une heure à répondre aux questions (posées en majorité par des jeunes femmes!) de l’auditoire

À l’instar de la Chancelière allemande Angela Merkel, Macron reste convaincu que la construction de la défense européenne doit tenir compte du « désengagement progressif et inéluctable des Etats-Unis , et un phénomène terroriste durable qui a pour projet assumé de fracturer nos sociétés libres ». Pour le chef de l’état français, l’objectif pour l’Europe, c’est donc d’avoir une capacité d’action autonome, « en complément de l’OTAN » et il s’est félicité des « progrès historiques intervenus ces derniers mois » dans ce domaine.

Il a cité notamment le fait qu’en « juin dernier, nous avons posé les bases de cette Europe de la Défense ; une coopération structurée permanente, permettant de prendre des engagements accrus, d’avancer ensemble et de mieux nous coordonner ; mais aussi un Fonds européen de défense afin de financer nos capacités et notre recherche. »

Mais Macron trouve qu’il « faut aller plus loin » car « ce qui manque le plus à (…) cette Europe de la Défense, c’est une culture stratégique commune. » Il regrettait « notre incapacité à agir ensemble de façon convaincante [qui] met en cause notre crédibilité en tant qu’Européens. » Conscient du fait que les Européens n’ont « pas les mêmes cultures, parlementaires, historiques, politiques ni les mêmes sensibilités, » et que cela ne changera pas « en un jour », Macron propose néanmoins de commencer la construction de cette culture en commun avec une idée très concrète : « accueillir dans nos armées nationales – et j’ouvre cette initiative dans les armées françaises – des militaires venant de tous les pays européens volontaires pour participer, le plus en amont possible, à nos travaux d’anticipation, de renseignement, de planification et de soutien aux opérations ».

Le président français veut aussi étendre cette culture commune aux services de renseignement pour mieux lutter contre le terrorisme. Il appelle de ses voeux à « la création d’une Académie européenne du renseignement pour renforcer les liens entre nos pays, par des actions de formation et d’échanges ».

Critiquant dans des termes à peine voilés la décision du gouvernement du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, Macron souligne que « tous les défis qui nous attendent – du réchauffement climatique, à la transition numérique, en passant par les migrations, le terrorisme, tout cela, ce sont des défis mondiaux face auxquels une nation qui se rétrécit sur elle-même ne peut faire qu’à peu près et peu de chose ».

Regrettant que « nous avons voulu installer l’idée que l’Europe était devenue une bureaucratie impuissante » et que « nous avons, partout en Europe, expliqué que quand la contrainte était là, elle était européenne », ou que « que quand l’impuissance était à la porte, ce n’était pas nous mais Bruxelles ! » le président français a fait remarquer « que Bruxelles, c’est nous, toujours, à chaque instant ! » Et il a prévenue que « nous ne pouvons pas davantage choisir la voie du repli national, qui serait un naufrage collectif ».