L’intervention russe en Syrie a son musée

Avis aux amateurs de musées militaires : il va falloir vous armer d’un solide sens critique pour visiter celui que FOB a eu l’occasion de découvrir en Russie. Ce musée inédit, consacré à l’intervention russe en Syrie, semble avoir été davantage mis sur pied dans le but de justifier la poursuite d’un interventionnisme pour le moins contesté que pour la simple transmission d’un savoir.

 

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Officiellement lancée le 30 septembre 2015, cette intervention en Syrie est la première action militaire de la Russie hors des frontières de l’ex-URSS depuis la guerre d’Afghanistan. Depuis le début de l’opération, les forces russes ont réalisé près de 90 000 frappes, indiquait le chef de l’Etat-major russe Sergueï Roudskoï le 25 août dernier.

 

Discrètement inauguré la semaine dernière en marge du salon Army-2017 organisé au Patriot Park de Kubinka (ouest de Moscou), ce musée est installé dans un hangar à l’écart de l’exposition principale, dans une zone principalement dédiée à l’histoire de l’armée russe.

 

Derrière une muséologie savamment étudiée se cachent premièrement quelques scènes « naïves » propres à rappeler le caractère humanitaire, voire civilisateur, de l’intervention russe. À peine entré, le visiteur est donc directement immergé dans des scènes d’hôpital de campagne et de distribution d’aide alimentaire au profit de la population syrienne, à grand renfort d’instrumentalisation de la veuve et de l’orphelin.

 

Reconstiution d'un poste médical russe

Reconstitution d’un poste médical russe

 

L’action russe, quant à elle, ne se résume qu’aux bombardements aériens et navals et occulte entièrement des opérations offensives menées au sol pourtant avérées. Ne subsistent de cet écrémage que les missions de déminage menées notamment à Palmyre, le démantèlement d’une usine chimique artisanale, la collecte de renseignements par drone aérien, et la police militaire.

 

Exit toute mention aux actions offensives, seules restent, entre autres, les missions de déminage

Exit toute mention aux actions offensives, seules restent, entre autres, les missions de déminage

 

Impossible pour le visiteur de ne pas appréhender correctement le message sous-jacent de la séquence suivante, tant la scénographie adoptée y est explicite : des rebelles/terroristes en guenilles, sous-équipés, visage caché par un keffieh, font tout simplement face aux troupes syriennes, équipées d’un char T-55, d’un véhicule blindé BMP-1, et, bien entendu, d’autres systèmes russes.

 

Véritable expo dans l’expo, cette « salle des trophées » présente également un éventail hétéroclite d’armements saisis aux diverses factions « terroristes », principalement à Alep, Homs et Hama. Autant de lieux renforçant l’ambiguïté du discours russe, ces villes ayant avant tout été de solides bastions rebelles luttant contre le régime syrien.

 

Outre un grand nombre de petites armes capturées par les forces russes, dont un vénérable Browning M1911, l’ingéniosité des rebelles/terroristes a permis la création d’un éventail d’obusiers, mortiers et canons sur la seule base des matériaux à leur disposition. On retrouve entre autres des lance-roquettes faits de tuyaux d’égouts et un impressionnant mortier de 305 mm, surnommé « Hell Cannon », capable de tirer des munitions faites de bonbonnes de gaz. Sans oublier ce fameux fusil anti-matériel de calibre 23 mm constitué au départ d’une barre de torsion percée artisanalement.

 

Le fameux fusil anti-matériel de calibre 23 mm "fait main"

Le fameux fusil anti-matériel de calibre 23 mm « fait main »

 

Le musée s’achève enfin par une exposition de tableaux, photographies et dessins d’enfants qui, tout en étant de qualité, ne répondent qu’à un seul objectif : participer à la grande machine étatique de propagande destinée à la population russe.

 

Alors, intéressé ? Ce musée, à priori gratuit et probablement destiné à grandir, n’est situé qu’à une heure de route de Moscou. Et pour celles et ceux qui n’en auraient pas l’occasion, voici quelques images.

 

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Un « canon » de 120 mm fabriqué par les rebelles/terroriste

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Une maquette de la base aérienne de Hmeimim, lieu de départ des avions russes

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Quelques-unes des petites armes saisies et rapatriées en Russie

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Un camion logistique utilisé par les organisations terroristes œuvrant en Syrie

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Un BMP-1 des forces armées syriennes

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Un mini-drone tactique de l’armée russe

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Exposition permanente de photos, tableaux et dessins d’enfants sur l’intervention russe

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